Dany Boon | Bienvenue chez les ch'tis
[Pathé Distribution - 2008]


Il est des phénomènes culturels qui resteront pour moi à jamais incompréhensibles.
Bienvenue chez les Ch’tis en est un exemple parfait : voilà une comédie
franchouillarde, au rythme anémique, au scénario proche du néant, à
l’humour très limité, et qui fait pourtant un carton dans les salles de
cinéma, au point de détrôner l’indéboulonnable Grande vadrouille !
Les médias se sont fait à ce point des gorges chaudes de ce film
(comme s’il était une merveille d’inventivité…) qu’il n’est peut-être
pas besoin de rappeler l’histoire (enfin… l’histoire… c'est vite dit…
tout dépend de la définition que l’on adopte du terme « histoire »…).
Ceci dit, cela ne coûte rien de le faire, puisque cette « histoire
» tient en quelques mots : un postier du sud est muté dans le Nord, il
croit que cela va être un cauchemar, et il découvre qu’en réalité, non
seulement, le Nord, c'est génial, mais qu’en plus le Nord permet de
rabibocher son couple qui battait de l’aile. Bien, le début semble
excellent ! Alors vivement la suite ! La suite ? Ah tiens, il n’y a pas
de suite, le film est terminé !
Flûte alors, la grève des scénaristes d’Hollywood touche maintenant la France… et l’on n’était même pas au courant !
La question qui se pose est alors de savoir comment Dany Boon va pouvoir rattraper une telle absence de scénario ?
La réponse est simple : il faut essayer d'aligner des gags pendant
1h45… Dany Boon est spécialiste puisque, rappelez-vous, c'est un
humoriste ! Si ! Si !
Alors des « gags », il y en a (si l’on accepte une définition très
extensive de la notion de « gag »), mais pas suffisamment, ou en tout
cas pas suffisamment drôles, pour rattraper l’indigence manifeste du
film.
Pour être tout à fait honnête, il faut avouer que certaines scènes sont
assez drôles, mais elles sont peu nombreuses, et sont quasiment toutes
concentrées au début du film, lorsque Philippe Abrams, le fameux
postier, apprend qu’il est muté dans le Nord… La scène avec Michel
Galabru restera sans doute un modèle du genre, mais c'est en réalité le
seul vrai moment de cinéma du film, et il ne dure que quelques minutes.
Car dès l’arrivée à Bergues, le spectateur sombre dans une sorte
de 4e dimension, celle, que pour ma part j’apprécie peu, où se
retrouvent tous les films qui ne se revendiquent que « drôles », mais
qui ne parviennent à nous arracher péniblement, que quelques légers
sourires de temps en temps…
Mais les problèmes ne s’arrêtent pas là… Le film est censé «
glorifier » ou en tout cas « réhabiliter » la région
Nord-Pas-de-Calais… Etait-il pour autant nécessaire que, à l'exception
du jour de l’arrivée à Bergues, tout le monde se promène sans cesse en
bras de chemises sous un soleil éclatant ? Etait-il nécessaire de
verser dans l’angélisme en ne présentant que des gens du Nord
sympathiques, ouverts, et accueillants ? Etait-il nécessaire, pour
contrer un cliché qui a la vie dure, de sombrer dans le cliché inverse
? N’aurait-il pas été plus pertinent de montrer un visage plus crédible
de cette région ? Dany Boon était-il obligé d’être aussi caricatural
que les détracteurs de cette région ?
Car qui peut croire que le Nord ressemble à ce qui est montré dans
le film ? Qui peut croire que le Nord est une région où l’on se promène
constamment en chemise, en ne rencontrant que des gens charmants ?
Est-il utile d’en rajouter… Ce film ne présente aucun intérêt d’un
point de vue cinématographique, est idéologiquement caricatural,
dégouline de bons sentiments (mais pourquoi Dany Boon n’a-t-il pas
inséré dans son scénario un sale type qui aurait donné un peu de
profondeur, et de crédibilité, à l’ensemble ?), et, pour couronner le
tout, n’est vraiment pas très drôle.
Et je préfère ne pas vous parler de ce qui constitue la conséquence
la plus malheureuse du film, à savoir l'apparition soudaine dans les
médias d'une identité "Ch'ti", d'un régionalisme à outrance qui
interdit désormais de critiquer le Nord, au seul prétexte finalement
que Dany Boon a décrété que le Nord était une région merveilleuse.
Plutôt que d'épiloguer longuement, j'en donnerai pour seul exemple
la phrase prononcée par un dirigeant du football français suite à une
banderole injurieuse envers les habitants du Nord : « Nous sommes tous
des Ch’tis »…
Le ridicule ne tue pas, heureusement… Il fait rire… Mais il fait rire jaune…
[Nepenthes]