John Hillcoat | The Proposition
[Autonomous / Jackie O Productions - 2005]


Sortie salles en France : 16 décembre 2009
Attention, film culte : John Hillcoat signe avec 'The Proposition' une genèse brutale, un western de haute facture, à l'opposé du sombre épilogue post apocalyptique de 'The Road'.
John Hillcoat plante son décor dans un univers moite et violent : l'Australie du XIX° siècle, peuplée d'anciens forçats patibulaires, d'hommes de garnisons imbibés, de colons burinés, de hors la loi hirsutes et d'aborigènes poussés dans leurs derniers retranchements. Sous les nuées de mouches et le soleil de plomb, le capitaine Stanley, sujet de sa Royale Majesté, brillamment interprété par Ray Winstone ('Indiana Jones'; 'Les Infiltrés'), s'est fixé pour mission quasi divine de « civiliser ce pays », ce qui implique de réduire au silence les petites frappes telles que les trois frères Burns, coupables de vol, meurtre et viol. Attrapés dès la première scène, les deux plus jeunes se voient proposer un marché : en échange de la vie du benjamin et de son pardon, le second des trois frères (Guy Pearce ; 'Vorace', 'The Road') devra rejoindre son ainé (l'effrayant Danny Huston ; 'Wolverine', 'Marie Antoinette') et l'abattre.
Notons également la présence, qui bien qu'anecdotique n'en demeure pas moins plaisante, de John Hurt, en tueur de prime romanesque, et celle, toujours aussi juste et parfaite, d'Emily Watson dans le rôle de la femme du capitaine. Outre ce casting grand luxe, John Hillcoat, pour sa seconde collaboration avec Nick Cave (l'essai dark rock 'Nick Cave & the Bad Seeds : Babe, I'm on Fire') parvient à maintenir le spectateur sous une pression constante. La caméra est encore une fois à la hauteur du jeu des acteurs : l'ambiance crasse et poisseuse de ces contrées éculées, où seule la loi du plus fort semble prévaloir, est terriblement oppressante, tout comme cette luminosité sèche et brûlante, sous laquelle se débattent nos « gueules castées ». De même pour la bande son, composée par Nick Cave (tout comme celles de 'Sin Nombre', 'L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford', etc. le sieur n'en étant plus à son coup d'essai), toute en nuances et chuchotements, renforce le dramatique de l'action, sans jamais verser dans l'épique. Monsieur maîtrise aussi bien sa partition que le screen-play.
Bien qu'étant à ranger dans une catégorie bien distincte, 'The Proposition' surclasse en intensité et en profondeur le dernier né de Hillcoat. On regrettera alors que 'The Proposition' ne nous soit parvenu que cette année (sortie US : 2005) tant il aurait été intéressant de regarder 'The Road' à la lumière du western.
[Antoine]