Suzie Templeton | Pierre et le Loup
[BreakThru Films - 2006]


Le fameux conte musical pour les enfants de Sergueï Prokofiev, composé et écrit en 1936, est ici décliné par la jeune réalisatrice britannique Suzie Templeton sous forme d’un court-métrage d’animation sans le récital verbal, les images et la musique remplaçant ce rôle. Une merveille ! Nous connaissons tous le début de la musique, voire l’histoire, mais cette mise en mouvement original mérite réellement votre attention.
Reprenant la technique du stop-motion (utilisée notamment pour Wallace et Gromit) – note pour les initiés : vous pouvez sauter ce paragraphe – technique qui consiste à photographier chaque position immobile de personnages créés en 3D via une caméra spéciale, puis de les bouger articulation par articulation, puis re-photo, et ainsi de suite pour une sensation visuelle finale de mouvement lors de la mise bout à bout ! Magique, fastidieux et impressionnant. D’autant plus qu’il peut y avoir une réelle recherche esthétique.
Dans un décor de Russie moderne et de forêt onirique, ce court-métrage d’une trentaine de minutes possède un scénario légèrement adapté (la fin ou l’oiseau et le ballon) et une partie musicale réduite par rapport à l’original. Mais grâce à ce « Pierre et le loup », un sentiment d’attente latent et inconscient est désormais assouvi !
Des ingéniosités de mise en scène et une très grande richesse dans les décors, et dans les différents cadres de caméras. Les personnages de pâte à modeler, silicone, tissus, poils, armatures métalliques à roulements et autres prennent vie et ont de ces expressions pleines d’émotions, mimiques minutieuses et mouvements naturels ! Un envol ! Ou plutôt un plongeon dans l’enfance pour les adultes (et inversement pour les enfants). Les jeux de regard entre Pierre et ce loup, la détermination, le courage et la poésie ambiante, les personnages très expressifs à la limite du réalisme, on craque forcément ! Peut-être une histoire un peu plus noire que dans d’autres versions, mais non dénuée d’humour (des barres de rire avec la grande envolée de l’oiseau ou aux apparitions du chat).
Le dévédé disponible actuellement chez Arthaus propose de nombreux bonus intéressants : les secrets de fabrication, montage du décor titanesque, fabrication des figurines, commentaires de la réalisatrice et du manipulateur principal (Adam Wyrwas), les difficultés et l’exigence. Bref, des bonus riches, constructifs et complémentaires. Le mieux (à mon avis) serait de se prendre un bout de soirée, de voir le film une fois, regarder tous les bonus et de remater « Pierre et le loup ». Et là, ça implose de partout en nous !!! (Comme un ‘X-men 3’ ou un ‘V pour Vendetta’, je prescrirais 1 visionnage/jour. Ordonnance à entête Papercuts pour qui veut)
La musique, interprétée ici par le Philharmonica Orchestra dirigé par Mark Stephenson, passerait (presque) au second plan. Elle s’intègre au film plutôt que l’inverse. En fait, on ne sait plus quoi regarder ou entendre : la version symphonique de S. Prokofiev ou l’adaptation animée de S. Templeton. Au final, les deux se mêlent et c’est tant mieux !
Donc ce « Pierre et le loup » comme une réelle prouesse technique, ce fait de décor, de mouvements et de scénario, pour les amateurs de films d’animation. Ou ce « Pierre et le loup » comme un conte obligatoire qui continue de vivre et de renaître sous de nouvelles formes. Une version parmi d’autres, oui, mais celle-ci comme un chef d’œuvre. Je la conseille à tous et c’est idéal comme cadeau !
[Anne A.]