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Dani Levy

Mon Führer

[Jour2fête Distribution - 2008]

Notation : 4.5

« Le rire sur la douleur peut aussi être salvateur »

Histoire : Adolf Hitler, 1944, déprime. Il n'a plus confiance en la victoire, ni en lui. Goebbels s'inquiète et décide d'embaucher un juif, prof de théâtre reconnu avant d'être en camp. Sa mission sera d'aider le führer à retrouver la fougue de sa jeunesse pour un grand discours de rassemblement, grâce à des exercices de relaxation et de freudisme. Grosse comédie pas trop dramatique qui ose là où peu s'aventurent. Un film très réussi sur un thème délicat, en ne tombant pas dans l'excès. « Mon Führer » est drôle, subtil, très bien filmé, plein d'imagination déformante et jouit, en plus, d'un très bon casting.

Les acteurs : feu Ulrich Mühe, récemment mis en haut de l'affiche par le bouche-à-oreille et sa performance dans « La vie des autres », joue le rôle du prof. A l'instar des autres rôles, son personnage n'est pas caricaturellement comique (comme Himmler bras dans le plâtre en position du salut ou Goebbels en tombeur-poil-sur-la-langue), ce qui fait balance et rend cette comédie plus tangible. Posé, cherchant à sauver sa peau et celle de sa famille, il devient progressivement, avec son statut privilégié, le psychanalyste adoré d'Hitler. Celui-ci est un vieux bonhomme, tout douteux de la vie, portant un jogging jaune, et promenant son berger allemand. Même si la physionomie de l'acteur Helge Schneider n'est pas identique, ses expressions et son détournement naturel s'applaudissent.

Malgré les confessions intimes sur son enfance, inspirées de l'analyse d'Alice Miller, Hitler n'est ni excusé, ni condamné. Le film n'explique pas le pourquoi du comment, il prend juste prétexte pour idéer des situations absurdes et insolites. L'épisode tranquillou du bain, l'anecdote sur le pigeon tué à la fronde ou la demi-partie de la « célèbre » moustache rasée… Le spectateur en oublie l'horrible par le rire.

Oublier ? Pas tout à fait, le lieu étant une espèce de huis clos retranché, nous n'en voyons que rarement l'extérieur (représenté quand même sous forme de rappels brefs, mais nécessaires). Ici le but n'est pas de porter à l'écran un énième document culpabilisant faisant froid dans le dos ou désirant le devoir de mémoire, mais plutôt de soulager en se déviant volontairement un peu de l'Histoire. Hormis quelques images d'archives sur le discours de Berlin ou la réelle existence d'un coach de théâtre, tout dans ce film n'est pas Histoire. Mais on s'en fout, on est là pour rigoler (et ça démarre d'ailleurs au quart de tour) et pour participer à cette intimité loufoque de QG. L'humour est si subtil et ponctuel qu'il n'en devient pas gratuitement dégradant ou provocation. Le film ressemble davantage à un Chaplin jouant avec un gros ballon monde ou accentuant le ton d'un discours, en moins politisé.

Même si le sujet, au premier abord, paraît « tabou », ce film a le mérite de faire passer un bon moment et de ne pas jouer la carte de la simplicité. Au contraire, les acteurs sont vraiment très bons, les dialogues, les situations autant drôles que bien pensées, une suite d'événements qui ne lassent pas et une très belle fin. C'est un excellent film non-prise de tête que je vous encourage sincèrement à aller voir pour vous rendre compte. Car, c'est sûr, « Mon führer » sera bientôt culte.

[Anne A.]

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Dani Levy - Mon Führer

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