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Sortie en France : le 24 septembre 2008
Guy Maddin n'est pas un cinéaste ordinaire : il arrive à se renouveler, à émouvoir et étonner à chaque sortie d'un de ses films ; et ‘Des trous dans la tête' ne déroge pas à la règle. Jouant sur plusieurs genres, il entraîne le spectateur dans un tourbillon d'émotions.
A travers un montage quasi-épileptique, l'histoire met en avant les thèmes propres à la période de l'enfance : ses joies, ses peurs, ses découvertes, les premiers amours, les rêves, les jeux, l'imaginaire, la curiosité, l'homosexualité… Il est question de cette phase de l'adolescence, où on avance petit à petit vers l'âge d'adulte, en se construisant à partir de son passé, ses souvenirs mais aussi ses expériences.
L'histoire plonge le spectateur au sein d'une famille qu'un psychanalyste se ferait un plaisir à analyser : une mère possessive (voire despotique) qui refuse de voir ses enfants grandir, un père absent, une fille en proie aux premiers émois charnels et un petit garçon qui peine à trouver sa place au milieu de toutes ces fortes personnalités. Le frère et la sœur tentent de vivre leur vie d'enfants et d'insouciance mais la voix omniprésente de leur mère les ramènent très vite à la réalité, une réalité sombre comme le souligne le bruitage utilisé pour rendre ce son qui apparaît plus comme des grognements de monstre que comme une voix maternelle. La mère agit en maîtresse de l'île telle un Big Brother agissant depuis son mirador, le sommet du phare où habite la famille…
L'ambiance, entre rêve et cauchemar, distillée par Guy Maddin, tel un Murnau sous acide, emprunte beaucoup à l'esthétique de l'expressionisme allemand : l'utilisation du noir et blanc, le maquillage des personnages (notamment Wendy), le côté "noir" de l'histoire, la fumée blanche qui sert de raccord entre les séquences… Le réalisateur va même jusqu'à pousser le clin d'œil en insérant, dans la première partie du film, un interlude destiné à expliquer le fonctionnement de l'aérophone (invention du père de famille) au spectateur à l'instar des messages informatifs que l'on pouvait voir dans les salles obscures au moment des débuts du cinéma.
A travers ‘Des trous dans la tête', Guy Maddin signe donc un film qui emporte le spectateur dans un bouillon de sentiments et d'émotions, que l'on retrouve très peu au cinéma. La peur, le suspense et le rire se succèdent en ne laissant aucun moment de répit au spectateur qui est comme happé par les images à l'instar d'un Malcolm McDowell à la toute fin d''Orange Mécanique'. Les images restent en mémoire ainsi que les mots répétés, martelés par la voix de la narratrice (Isabella Rossellini) : passé, secret…
Par ailleurs, il faut préciser que le film a été présenté dans plusieurs festivals comme un spectacle à part entière, une sorte de Gesamtkunstwerk, une œuvre d'art total. En effet, le film muet est projeté sur un écran alors que sur la scène bruiteurs et narratrice font vivre le film en direct et que dans la fosse un orchestre exécute la musique composée pour le film. Ainsi, si ‘Des trous dans la tête' va connaître en France une sortie classique dans les salles de cinéma avec une bande son inscrite directement sur la pellicule, il est prévu que le spectacle soit présenté à Paris. Le film, "tout seul" si on peut dire, étant déjà un grand manifeste de cinéma, on peut présager que la représentation sera un moment d'une encore plus grande intensité, et donc à na rater sous aucun prétexte.
[Rosine]









