Papercuts, le webzine qui tranche
S'attachant depuis toujours à dépeindre avec un réalisme sans
concession la lower class britannique, Ken Loach (Le vent se lève, My
name is Joe, Sweet Sixteen, etc.) s'attaque dans son dernier opus aux
revers inavouables du miracle économique anglo-saxon. C'est à travers
le regard des exploiteurs de centaines de milliers d'ouvriers
clandestins débarqués à Londres que le réalisateur nous invite au
spectacle édifiant de l'hypocrisie contemporaine.
Angie, pétulante trentenaire et mère célibataire dévouée, bien décidée à avoir elle aussi sa part du gâteau, décide après un ultime licenciement de monter avec l'aide de Rose, sa colocataire, sa propre boîte d'agence de recrutement dans l'arrière cour d'un pub. A la frontière d'une illégalité vécue comme temporaire, les deux femmes, par ce qu'elles sont elles aussi des victimes de l'économie, et au nom de la compétitivité toute puissante, se font négrières. Les héroïnes se retrouvent alors confrontées à la violence redoutable d'un monde sur lequel l'état rechigne à légiférer, coincées entre les entreprises anglaises qui refusent de payer et les ouvriers immigrés mécontents. Tout en demies teintes et en retenue, Ken Loach nous fait suivre la logique interne d'un système basé sur le déni et l'acceptation tacite.
Esclavagiste light, le désir égoïste d'Angie (Kierston Wareing) est perpétuellement contrebalancé par une générosité romanesque, qui l'empêche de sombrer dans un extrême, ce qui aurait empêché le spectateur de ressentir toute empathie. Interprété avec classe et brio, le personnage central est loin du modèle télévisuel ou hollywoodien type. Complexe, actuelle et mystérieuse, Angie pourrait bien être la version trash de Carrie (héroïne de la série made in US « Sex and the City »).
Loin des documentaires tapageurs d'un Michael Moore ou d'un Pierre Carles, Ken Loach nous propose une fresque sociale d'une noirceur et d'une pugnacité rares. L'œuvre se révèle dure et marquante bien au-delà de ce que l'on attendait, et c'est sous son acception la plus néolibérale qu'il faut donc entendre le titre. De l'ethos des négriers.
Angie, pétulante trentenaire et mère célibataire dévouée, bien décidée à avoir elle aussi sa part du gâteau, décide après un ultime licenciement de monter avec l'aide de Rose, sa colocataire, sa propre boîte d'agence de recrutement dans l'arrière cour d'un pub. A la frontière d'une illégalité vécue comme temporaire, les deux femmes, par ce qu'elles sont elles aussi des victimes de l'économie, et au nom de la compétitivité toute puissante, se font négrières. Les héroïnes se retrouvent alors confrontées à la violence redoutable d'un monde sur lequel l'état rechigne à légiférer, coincées entre les entreprises anglaises qui refusent de payer et les ouvriers immigrés mécontents. Tout en demies teintes et en retenue, Ken Loach nous fait suivre la logique interne d'un système basé sur le déni et l'acceptation tacite.
Esclavagiste light, le désir égoïste d'Angie (Kierston Wareing) est perpétuellement contrebalancé par une générosité romanesque, qui l'empêche de sombrer dans un extrême, ce qui aurait empêché le spectateur de ressentir toute empathie. Interprété avec classe et brio, le personnage central est loin du modèle télévisuel ou hollywoodien type. Complexe, actuelle et mystérieuse, Angie pourrait bien être la version trash de Carrie (héroïne de la série made in US « Sex and the City »).
Loin des documentaires tapageurs d'un Michael Moore ou d'un Pierre Carles, Ken Loach nous propose une fresque sociale d'une noirceur et d'une pugnacité rares. L'œuvre se révèle dure et marquante bien au-delà de ce que l'on attendait, et c'est sous son acception la plus néolibérale qu'il faut donc entendre le titre. De l'ethos des négriers.
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