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Noah Baumbach

Greenberg

[Scott Rudin Productions - 2009]

Notation : 2.5

Sortie salles en France : 28 avril 2010

En créant le festival du film indépendant de Sundance en 1985, Robert Redford, en grand ponte du marketing, avait visé juste : produire du film bio comme on produit des pommes protégées de la mauvaise lie pour bobos en mal de légitimité artistique. Ce cinéma, qui n'a souvent d'indépendant que son affranchissement de toute aspérité, a l'avantage de s'offrir facilement au spectateur (de 'Little Miss Sunshine' à 'Sideways', les exemples sont légions) sans pour autant jouer le jeu de la surenchère. Conscient du risque, Noah Baumbach s'inscrit plus dans la lignée d'une Kelly Reichardt (réalisatrice de 'Old Joy') que d'un Jason Reitman ('Juno', 'Thank you for smoking',…). Des films un peu poseurs, s'assumant comme tels, mais prompts à prendre le temps, à effleurer des subtilités que l'efficacité « indépendante » a parfois du mal à percer.

Dans 'Greenberg', un quadra new-yorkais, dépressif, misanthrope et égocentrique, débarque à Los Angeles dans la maison de son frère parti en voyage au Viêt Nam avec sa petite famille (une bande d'hystériques ne pensant qu'à la niche de leur chien asthénique). La principale réussite du film est de ne pas se livrer à un simple démantèlement, jouissif mais éculé, de cette « dictature de la réussite sociale ». Si la recherche du bonheur semble se concrétiser par une belle maison bien rangée avec piscine, des voyages à travers le monde (pour l'ouverture sur les autres), un peu de drogues (pour rester jeune et cool) et une réussite sociale qui se chiffre en dollars, Roger Greenberg (Ben Stiller, assez convaincant) ne s'érige à aucun moment contre ce modèle dont il est pourtant exclu. Mieux, son entêtement à se maintenir à l'écart fait de lui un personnage difficile à cerner, proche de celui incarné par Chiara Mastroianni dans le dernier film de Christophe Honoré ('Non ma flle, tu n'iras pas danser'). En refusant d'en faire un héros romantique pêchant par excès de sensibilité, le réalisateur touche quelque chose d'assez juste et, force de subtilité, s'éloigne des clichés sur les personnages de désaxés. Greenberg subit plus qu'il ne choisit – bien qu'il proclame l'inverse –, son orgueil le privant de toute remise en cause et de la moindre dynamique. Pathétique, il l'est jusqu'à vivre dans un passé sublimé, refusant le fossé générationnel le séparant de cette jeunesse encore en mouvement bercée par « Mozart et Dan Zane », là où lui n'est plus qu'une entité amorphe.

Le film échoue pourtant à rendre parfaitement tangible ce décalage entre rêves et acceptation du quotidien. Loin de la grâce élégiaque d'un Wes Anderson, Baumbach (co-scénariste de 'La vie aquatique' et de 'Fantastic Mister Fox') affronte la réalité sans la distance qui traverse les films de son camarade texan, mais assèche en retour son propos par un paradoxal excès de subtilité. « Hurt people hurt people » lance Florence (lumineuse Greta Gerwig) à Roger. Le spectateur, lui, sort de la salle ni blessé, ni réellement touché par ce personnage synthétisant pourtant nos névroses les plus refoulées.

[Thomas]

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Noah Baumbach - Greenberg

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