Papercuts, le webzine qui tranche
Sortie salles en France : 12 mai 2010
Il est possible de s'amuser devant un drame raté, un film d'action
ringard, un trip expérimental fumeux, voire devant une bande de
Schtroumpfs géants communiquant leur amour de la nature avec leur
trompe. Mais comment prendre du plaisir devant une comédie qui ne
propose que les oripeaux de l'humour ?
Dans 'Crazy Night', un couple vivote tranquillement dans la banlieue
new-yorkaise en mangeant des patates au saumon au restaurant (humour,
chacun prend toujours le même plat), en imaginant les conversations des
couples l'entourant (humour, vie par procuration), puis se retrouve pris
dans un engrenage suite à un quiproquo (humour, « j'suis pas Tom Cruise
»). Idée de départ sympa, matinée d'hommages plus ou moins affichés à
quelques grands classiques – on pense pèle mêle à 'La mort aux
trousses', aux 'Affranchis', ou à 'After Hours'. Las, après un démarrage
laborieux, de laborieuses courses poursuites viennent compléter des
dialogues non moins laborieux avant d'aboutir à un dénouement lui aussi –
ô surprise – laborieux. Cette cohérence est d'ailleurs la principale
réussite du film.
Face à pareil désastre, on ne cherchera même pas à déceler les clichés
véhiculés par le film : le couple comme valeur-refuge, la luxure comme
ultime hérésie, la virilité comme mode de reconquête de la femme, etc.
'Crazy Night', en pur produit « familial », s'évertue à ne surtout pas
heurter la sensibilité du moindre spectateur - un comble pour une
comédie produite en 2010, à l'ère des frères Farrelly, de 'Austin
Powers' ou de 'OSS 117'. Les méchants – qui incarnent en général
l'élément transgressif et perturbateur au sein du récit – sont ici
quasiment absents et personnifiés par deux flics corrompus passant leur
temps à tirer n'importe où et n'importe comment. Même Ray Liotta, en
mafieux notoire, ne suffit pas à élever le niveau. Reste Mark Wahlberg
en espion bodybuildé qui a égaré sa chemise, malheureusement trop peu
exploité.
On regrette d'autant un tel échec que le bêtisier dans le générique de
fin laisse entrevoir tout le potentiel comique qui émane de Steve Carell
et Tina Fey, potentiel absolument subsumé par un scénario à
l'encéphalogramme plat. Pour peu, on serait prompt à défendre le
prochain film de Michaël Youn plutôt que ce nanar d'un autre temps. Non
mais là, c'est nous qui plaisantons.
[Thomas]









