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Terrence Malick

Les Moissons du Ciel

[Paramount Pictures - 1978]

Notation : 4.5

Sortie salles en France : 16 juin 2010 (1ère sortie : 1er juin 1979)



Dans une atmosphère sombre, urbaine, enclavée, l'incipit des 'Moissons du Ciel' voit Bill, ouvrier dans une fonderie, porter un coup fatal à l'encontre de son contremaître. Obligé de fuir cet enfer en compagnie de sa sœur Linda et de sa petite amie Abby, ces vagabonds éternels se mettent en quête d'un Eden perdu : en l'occurrence, un vaste domaine au moment des moissons. Le contraste est saisissant : grands espaces, nature dévorante, lumière irradiant chaque plan – d'un point de vue formel, le film atteint des sommets que seuls Kubrick, voire Cimino dans ses grands jours, ont su tutoyer. La ressortie, 31 ans après, du second film de Terrence Malick nous rappelle que le Texan s'inscrit bel et bien dans la lignée des plus grands formalistes de l'histoire du cinéma.

Bill (Richard Gere en pré-prettywomanisation) ayant fait passer Abby (Brooke Adams) pour sa sœur, un triangle amoureux intenable ne tarde pas à se mettre en place entre eux et le propriétaire terrien (Sam Shepard aux faux-airs de Jim Carrey). Face à ce canevas classique et familier, Malick choisit la forme la plus singulière : l'ellipse. Contourner tout pathos et tout jugement moral, inscrire ses personnages dans une cosmogonie les dépassant, voilà bien tout le sacerdoce que s'assigne le plus mystérieux des cinéastes en activité (avec quatre films en quarante ans, pour autant de chefs-d'œuvre, le mythe a eu le temps de se forger).

Si cet art de l'ellipse et de la concision prive le film d'une dimension élégiaque dont regorgent 'La ligne rouge' (1998) et plus encore 'Le nouveau monde' (2005), Terrence Malick irrigue son récit de références bibliques (le titre – 'Days of Heaven' en VO –, l'invasion de sauterelles…), doublées d'une appréhension de la nature comme être, gouvernée par la naissance et la mort. Ne pas être comparé à Yann Arthus Bertrand ou Roland Emmerich tout en plaçant la nature au centre, Malick le doit à son aptitude à littéralement transcender son propos, à ce lyrisme touché par la grâce. Bien au-delà d'un formalisme éblouissant, 'Les Moissons du Ciel' – en sondant les arcanes de la passion et du désir – subjugue en esquissant la solitude de l'homme, enfermant les personnages dans le cadre, les réduisant à de simples silhouettes dessinées sur un ciel crépusculaire, annonçant une fin prochaine aussi lumineuse que violente. L'eschatologie selon Malick : un raffinement évanescent, une fulgurance mélancolique, une éphémère sensation d'absolu.

[Thomas]

www.solaris-distribution.com/les-moissons-du-ciel

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Terrence Malick - Les Moissons du Ciel

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