Papercuts, le webzine qui tranche

Werner Herzog

Fitzcarraldo

[Werner Herzog Filmproduktion - 1982]

Notation : 5

De silence et de lyrisme. Un grand film nous contant l'absurdité et l'arrogance du pouvoir. Et la démesure d'un rêve. Le tout emporté par un Klaus Kinski exalté.

Dix ans après 'Aguirre, la colère de Dieu', Herzog remet en scène son acteur fétiche sur les rives de l'Amazone. Une autre période à illustrer. Un autre fou splendide voulant outrepasser les limites du monde réel. Kinski incarne ici un idéaliste passionné de chant lyrique. Son but : créer son opéra à Iquitos, petite ville esquissée en pleine jungle et orchestrée par les magnats du caoutchouc. Nous sommes à l'orée du XXe siècle, au Pérou.

Pour mener à bien son projet et gagner l'argent nécessaire, il fait l'acquisition d'une parcelle de terre encore inexploitée, délaissée en raison de l'hostilité des Jivaros et de son accès empêché par les rapides du Pongo das Mortes. Il devra hisser son bateau au dessus d'une colline, entre deux fleuves, avant de revenir à son point de départ.

Et voilà Kinski, éblouissant. Amoureux et sensuel dans les bras de Claudia Cardinale, tout de naïveté et d'émerveillement, blessé par la cupidité des hommes. Il est presque effrayant, tant les émotions dépassent le jeu d'acteur, tant chacun de ses gestes, de ses élans, est porté par une force peu commune. On veut tout savoir de lui, médusé par sa présence.

Herzog met en scène deux mondes opposés, celui de l'homme blanc, bruyant et présomptueux, face au silence de l'Indien. Un silence empreint de grandeur et de mystère. Entre les deux, la musique d'Enrique Caruso qui saura ouvrir un chemin, lancer une bien étrange collaboration dont la finalité varie selon les protagonistes.

Inspiré d'un fait réel et de la fascination d'Herzog pour le transport des mégalithes lors d'une balade en Bretagne, ce film a lui-même constitué une aventure.

Le tournage a été des plus périlleux. Des blessés mais aussi les fameuses colères de Kinski, qui a inspiré tant de haine aux Indiens qu'un des chefs aurait proposé un assassinat pur et simple au réalisateur. L'histoire avait commencé autrement, avec Jason Robards dans le rôle titre, secondé par Mick Jagger. La maladie du premier et les obligations de tournée du second ont cependant provoqué un changement de casting après un an de tournage.

Ajoutez à cela une période de sécheresse exceptionnelle, abandonnant quelque temps le bateau sur un banc de sable, puis des pluies torrentielles, un membre de l'équipe qui s'ampute lui-même d'un pied à la tronçonneuse afin d'éviter au venin d'un serpent de lui coûter la vie. Herzog blessé à la main, exigeant une rapide opération pour ne pas perdre de temps, et qui se passera d'anesthésie. Tout le monde à cran, et quelques prostituées dont la présence a été conseillée par un prêtre pour préserver l'équilibre mental des hommes obligés de rester si longtemps dans la jungle…

Au final, l'intensité. Des émotions, de l'attente, du charisme des acteurs.

[Clémence]

www.centrepompidou.fr/Pompidou/Manifs.nsf/0/FD2DE4209950E7A9C125749800441BC3?OpenDocument&sessionM=2.4.1&L=1&form=ActualiteCategorie

Werner Herzog - Fitzcarraldo

Archives

Zalem - ΣτίγμαDaniel Durchholz & Gary Graff - Neil Young, Long May You Run, l'histoire illustréeIdem - Good Side Of The RainSlash & Anthony Bozza - Slash, l'autobiographieGeneral Elektriks - Parker StreetIdem + Picore + Aucan - Divan du Monde49 Swimming Pools - The Violent Life And Death Of Tim Lester ZimboThe Last Morning Soundtrack - A Distance, A LackDear Reader - Idealistic AnimalsConstance - Once, Twice
Image Artiste Titre de l’œuvre Label/Editeur/Producteur Année Note Rubrique Chroniqueur Option

2012 - Papercuts.fr

Design by ReeKo - Developed by GrEgOoOo

Papercuting your favorites since 2006

Les chroniques