François Ozon | Ricky [Eurowide Film Production - 2008]
Sortie DVD en France : 9 septembre 2009
'Ricky' de François Ozon : un film qui vous transporte de surprises en surprises…
Tout d’abord : l’affiche. En effet, au départ, l’affiche donne l'impression d'une énième chronique gnangnan sur l’arrivée d’un bébé dans une jolie et gentille famille. Une transposition en France d' 'Allo maman ici bébé' ? Au secours !
Mais il ne faut pas se laisser avoir par l’affiche surtout dans la mesure où, pour ma part, le nom d'Ozon évoque des réminiscences de bons moments cinématographiques, comme la vision de 'Sitcom'. 'Ricky' se regarde alors en gommant les quelques réticences et a priori qui ont pu apparaître au moment de la vision de l’affiche ou de la bande-annonce. A noter qu’en fin de chronique, vous trouverez le teaser qui, à mon humble avis, rend beaucoup plus "service" au film que ne le fait la bande-annonce.
Le film débute alors sur une chronique sociale noire au possible : Katie et sa fille vivent dans la banlieue morose de Paris, dans un immeuble qu’on peut facilement qualifier d’insalubre et le travail de la mère est aussi monotone que peut l’être leur vie. Avec cette introduction dans la vie des personnages principaux, Ozon inscrit son histoire dans un quotidien et lui donne du relief et de la crédibilité, accentuée par la belle interprétation d’Alexandra Lamy (Katie) et Sergi Lopez (Paco).
L’arrivée de Paco dans la vie des deux protagonistes féminines est un bouleversement : un bonheur salvateur pour la mère mais un danger grandissant pour la vie de famille aux yeux de la petite fille. Par la suite, la naissance du bébé, Ricky, révélera encore plus ce sentiment de jalousie chez la jeune fille. Le film est ainsi une chronique du problème de toute famille recomposée quant à la place de chacun au sein de celle-ci. Dans le film, que la famille soit composée de trois ou quatre personnes, elle se retrouve toujours à former des duos, comme pour retrouver celui initial du début du film. Les rôles s’échangent, les duos se font et se défont : la fille qui prend de plus en plus la place de la mère, le père qui partira pour mieux revenir ensuite…
Mais, par-dessus tout, l’autre surprise qui fait l’originalité du film de François Ozon, c’est l’utilisation très personnelle d’ellipses temporelles qu’il a voulu insérer dans son récit pour volontairement "troubler le spectateur". On peut dire qu’il réussit là dans son dessein : le début du film qui est en fait le milieu de l’histoire diégétique, le saut de 9 mois entre l’acte sexuel et la naissance de l’enfant… Par ailleurs, la dernière surprise du film est sa deuxième partie – peu après la naissance de Ricky, véritable pivot narratif du film – qui permet à François Ozon de basculer de la chronique sociale à une histoire fantastique. Un peu à la manière de la construction des films de David Lynch, Ozon crée cette impression d’"inquiétante étrangeté" qui, à partir d’objets et de situations du quotidien, instaure un certain malaise. Ici le malaise du spectateur, en plus d’être relié à l’histoire fantastique qui lui est narrée, est convoqué par les ellipses évoquées ci-dessus mais également par les réactions étranges de chacun des personnages notamment celui de la mère dont le caractère est assez lunatique et infantile.
Ainsi, grâce à une mise en scène assez appréciable, Ozon met en avant ce moment compliqué de la recomposition d’une famille : l’arrivée d’un beau-père, la naissance d’un nouvel enfant, voire sa mort selon les interprétations que l’on pourra donner aux différentes séquences du film. On retiendra la scène onirique au sein de laquelle Alexandra Lamy "plonge" à petits pas dans un lac. Les nombreuses interprétations symboliques que peuvent avoir cette séquence se retrouvent, ici aussi, étroitement liées à la psychanalyse et à l’interprétation des rêves par Freud : l’eau comme liquide amniotique, l’eau comme un élément permettant de se laver de ses pêchés, l’eau comme synonyme de mélancolie…
En bref, 'Ricky' n’est pas le film de la décennie mais il permet à François Ozon de continuer à donner un soupçon de fraîcheur et un brin de folie à un cinéma français contemporain qui s’enlise de plus en plus dans des codes et des thèmes cinématographiques navrants. Le cinéaste rend donc bien hommage à son nom qui sonne comme un slogan !
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