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Interviews

Arca | Des têtes
[2007]

Arca C’est dans un petit traiteur chinois non loin de Bastille quej’entame ma conversation avec Joan Cambon, moitié du projet Arca,auteur d’un remarquable Album « On ne distinguait plus les têtes »,faisant se développer des paysages sonores fantomatiques etmélancoliques. Difficile, voire impossible de faire l’ impasse sur legrand absent de cette interview : Sylvain Chauveau ( seconde moitié duprojet et pour lequel Joan a réalisé tous les albums solo).


Comment as-tu rencontré Sylvain Chauveau ?

J.C. - En fait, on s’est connu sur un festival ou il jouait avec sonpremier groupe « Watermelon club ». Je m’occupais de sonoriser lesgroupes. Ensuite, Sylvain a pensé a moi quand il a voulu enregistrerson album.

Au niveau des compos, y a-t-il une formule préétablie ?

J.C. - On travaille vraiment en équipe. Ca part souvent d’unetexture sonore, d’un son samplé, de guitare ou autre, on leretravaille. On essaye de faire perdre le pied à l’auditeur, qu’ il nesache plus ce qui est électronique, ce qui est acoustique.

Le projet Arca est distinct du travail de Sylvain ?

J.C. - Oui, vraiment. Arca est le seul travail ou je m’investis avecun intérêt artistique et créatif. Pour les disques solo de Sylvain, j’ai juste un rôle de réalisateur et d’ingénieur du son. C’est trèstechnique.

Tu te reconnais dans l’étiquette postrock ?

J.C. - On essaye de faire quelque chose de personnel, mais on peut nous rapprocher des groupes classés postrock, c’est sur.

L album est assez concis. Ce n’est pas évident d installer une ambiance tout en etant concis. Non ?

J.C. - On essaye de faire quelque chose d’ abordable, sur un formatassez court, en général. On ne veut pas faire quelque chose d’élitiste.

Le fait que sylvain tourne beaucoup en solo , notamment auxU.S.A, ne fait-il pas passer Arca pour un projet de second ordre pourlui ?

J.C. - Sylvain tient beaucoup à ce projet. Il s’est limité surd’autres projets pour se concentrer sur Arca. Après la publication dupremier album d’Arca, Sylvain a quitté Toulouse, cela nous a forcémentéloigné physiquement et mis le projet Arca tributaire des périodes ouil serait a Toulouse. Depuis, on se bloque des semaines pour travaillersur le projet.

Deux albums étaient sortis sur le label des Disques du Soleil et de l’ Acier. Et là, vous changez de label. Pourquoi ?

J.C. - Nous avions pris la decision Sylvain et moi de ne pas poursuivre avec DSA.

Le label avait des difficultés ?

J.C. - Tous les labels ont des difficultés, indépendants ou majors.La véritable raison, c’ est plutot un problème de confiance et decommunication avec le dirigeant. On a alors fait des envois àdifférents labels et le label Ici d’ ailleurs nous a repondu troisjours après. On savait aussi ou on mettait les pieds puisque Micro:mega( autre projet de Sylvain Chauveau) était déjà signé chez eux.

L album des reprises de Depeche Mode, c etait la premiere fois que sylvain chantait ?

J.C. - … La première fois depuis longtemps !! En fait, il chantaitdéjà sur son tout premier groupe (Watermelon club) . C’est vrai qu’ audébut d’ Arca, on voulait qu’il y ait une presence humaine et celle-cise manifestait par l’incorporation de voix , de dialogues de films ouenregistrés à la television. Mais j’ adorais la voix de Sylvain et jelui ai toujours dit que s’il souhaitait chanter dans Arca, la porteserait toujours ouverte. Suite à son projet de reprises de DepecheMode, il s’est vraiment senti l’envie de chanter. En travaillant lesnouveaux morceaux, il a commencé a trouver des lignes melodiques surcertains titres.

Cela « humanise » davantage votre musique.. Et cela ressemble davantage a des chansons.

J.C. - Effectivement, mais on a évité le côté couplet- refrain.

Entre les deux albums, j’ai l’impression que Sylvain a pas mal progressé niveau chant.

J.C. - En tout cas il a beaucoup travaillé. Sans doute a-t-il gagnéde l’assurance a force de jouer et de pratiquer le chant en studio eten live.

Maintenant que vous vous exprimez via le chant, essayez vous de faire passer des messages ?

J.C. - Pas tant que ca. On a abordé le chant comme l’ utilisationdes voix sur les albums précedents. On a d’abord trouvé la métrique, etc’est Felicia, l’amie de Sylvain qui a écrit des textes en anglais. Ondonne un peu de sens dans les titres mais c’est la musicalité quiimporte surtout. Pour Sylvain, cela amène quelque chose de pluspersonnel et pour moi, cela apporte un élement musical nouveau.

En fait le coté pop ressort ici davantage, mais iléetait présent sur les albums précedents.

J.C. - Je suis content de pouvoir faire se rencontrer le travail surles textures sonores utilisés sur des musiques plutôt experimentales etl’univers de la chanson pop.

Arca signifie Malle en portugais …

J.C. - Oui , c’est une référence au poète Fernando Pessoa. Iln’avait jamais rien publié de son vivant mais avait enfermé tout sestextes dans une malle. C’ etait cette symbolique là que je trouvaisbelle et forte … Arca, c’ est un peu ma malle ou je mets tout ce que jefais en musique.

Parfois, en art, on découvre des choses magnifiques desannées après la mort de leurs auteurs. Et aujourd’hui on a un peu lasensation qu’avec les moyens de communications modernes, on est presqueinformé en temps réel quel va être le bon disque à posséder, l’artistequi marquera…Et pourtant l’ expérience nous montre qu’il faut restermodeste en musique, qu’on est pas omniscient. Un bon paquet d artistesqui étaient ignorés des medias a l’époque de la sortie de leurs disquessont aujourd’hui cultes.

J.C. - Oui. On a de plus en plus d’informations mais en même tempstellement trop !! Je pense que malheuresement, ce phénomène va aller ens’amplifiant et que des œuvres risquent malheureusement d’être oubliéesavant qu elles aient pu atteindre le statut de « cultes ».

Arca « On ne distinguait plus les têtes » ( Ici d’ ailleurs / differ-ant)

 


[Ludochem]

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