Bertrand Guillot | Au coeur de l'écriture d'un premier roman...
[2007]
Interview au ‘Petit Cluny’, boulevard Saint Michel, Paris
- Avez-vous toujours eu envie d’écrire ?
Oui, mais pendant longtemps, je n’ai pas osé par peur de la lecture de
mes écrits par les gens. Jusqu’à 23 ans, quelques chroniques, comme ça,
impersonnelles, sans vraiment de style, ni de spécialité. Puis en me
lançant vraiment un jour dans l’écriture de nouvelles, j’ai trouvé ça
pas si nul au final. J’ai commencé des romans, jamais finis pour cause
d’héroïne qui lasse ou autres. Je faisais lire ça aux potes pour les
faire rigoler. J’ai envoyé tout de même certaines nouvelles aux
éditeurs, mais toujours des retours négatifs de leur part. Puis, j’ai
eu l’idée d’Hors-jeu…
- Comment est donc née l’idée de votre premier roman ?
Quand t’écris, y’a des moments où tu te mets en ‘mode écrivain’, en
prenant mentalement des notes de tout ce qui se passe, les actions etc.
Pour ‘hors-jeu’, quand on a participé avec un pote au casting du jeu tv
‘la cible’, j’ai pris ce calepin en ayant dans l’esprit qu’il allait se
passer des choses intéressantes. Et effectivement, au retour, j’ai
gratté pendant 2 jours…
- L’avez-vous écrit non-stop ? la nuit aussi ?
Non. Pas la nuit, car je dors. Quand tu commences à écrire quelque
chose de très long, à un moment, tu le modifies et le résultat de ce
qui s’est passé n’est plus tout à fait le même qu’au départ. La romance
a commencé, et petit à petit, de cet amusement du casting a été écrit
la deuxième partie du roman de ‘Hors jeu’. Manquait juste de
l’envelopper dans une histoire plus vaste. Mon idée : intégrer le thème
Dominants/dominés. Ça m’a pris un an pour travailler le personnage de
Jean-Victor Assalti et ses péripéties, mais pas à temps plein, avec
plus ou moins d’assiduité. A l’époque, je travaillais dans une
entreprise.
- Comment s’est passé la transition travail/non-écrivain à non-travail/écrivain ?
Je travaillais les idées, les notes sur mes carnets. A un moment,
mon rythme de production de mots s’est accéléré et j’ai lâché mon
travail, avec dans la tête que même si ce roman n’était pas publié, je
pourrais en faire un autre. Pas de regret, je me suis juste lancé dans
une nouvelle aventure qui me plaît et qui était latente depuis le début
dans mon esprit. Ce n’est pas évident de vivre de la littérature. En
combinant des piges alimentaires et mon écriture perso, ça va. Devenir
écrivain professionnel ne m’intéresse pas. Les soirées mondaines, être
entouré de starlettes et paillettes, faire présence dans les bars du
moment, et surtout avoir un bureau, une table de travail dédiée à
l’écriture, ça ne me donne pas envie. Non, je ne recherche pas ce
statut d’écrivain, juste l’envie d’être un raconteur d’histoires. C’est
important d’avoir un pied dans la ‘vraie’ réalité quand tu écris.
- Quand avez-vous franchi le pas de l’envoi à votre éditeur, le Dilettante ?
Au début, pas l’envie. Puis, comme il était là devant moi, allez
pourquoi pas. J’ai donc envoyé mon manuscrit à 4 maisons d’édition que
j’aime beaucoup. Le premier envoi fut pour le Dilettante, car leur
lettre de refus de mes nouvelles était originale, constructive et
m’avait énormément plu. Je reçois l’appel du gérant deux semaines
après. Dominique Gaultier désire changer plusieurs choses, mais le
manuscrit est pris. Comme c’est une petite boîte d’édition, leur
programme était déjà bouclé. Il faudra donc attendre un peu pour la
publication de ‘Hors Jeu’.
- le retravail d’écriture ne fait-il pas mal au cœur ?
Avec Dominique Gaultier, nous avons réfléchi ensemble. L’objectif :
le rythme de lecture. Pour avoir un effet soutenu de lecture, il
fallait enlever des choses. Très radical, quand j’enlevais un
paragraphe ou certaines phrases, lui enlevait deux chapitres.
Les remarques se faisaient par téléphone. Les directives étaient
claires. Sa vision allait avec la mienne, on s’est donc entendu dessus
facilement. Mon manuscrit initial n’était pas comme un bébé chéri et
imprenable, auquel il était impossible de toucher. Non, il s’y connaît
et c’était nécessaire. J’ai donc retravaillé, puis renvoyé le
manuscrit. Puis, nouvelle rencontre dans son bureau pour les détails.
Ensuite, s’ensuit le travail de secrétariat d’édition, où j’ai une
faible part. Ils gèrent tout ce qui est la mise en page, les
relectures…L’important n’est pas le retravail, mais qu’au final, le
bouquin se lise bien et que les réflexions autour de l’histoire restent
là.
- Comment s’est passé l’écriture ?
La fameuse patte d’un écrivain met du temps à s’acquérir. Les
influences, les tâtonnements…Au début de l’écriture de ‘Hors jeu’, je
ne l’avais pas encore. Une certaine censure me bloquait au début par
peur de ressemblance, de comparaisons faciles avec d’autres auteurs...
Mon style s’est finalement mis en place au fur et à mesure que
l’écriture avançait. Sinon au niveau des idées, quand ça ne vient pas,
je ne force pas. Les passages, qui se lisent le mieux, sont ceux écrits
d’une seule traite, quand l’idée est enfin venue. Quand ça a mûri ou
après plusieurs échecs, ça vient d’un coup sans prévenir et ça explose…
- Comme un big bang ?
Euh…oui, peut-être…mais sur du papier.
- Le passage du casino est très prenant. Fait-il partie de ce déclic spontané ?
En effet. J’aime beaucoup ce passage. Pendant 2 mois, j’y ai été
bloqué. Je ne suis jamais rentré dans un casino. Je cherchais à y
aller, mais accompagné. L’occasion s’est enfin présentée un jour, je me
suis alors renseigné dessus. En voyant certaines images, ça a été la
révélation. Tout de suite, le passage s’est entièrement formé dans ma
tête. J’avais le chapitre, mais là, les images et l’atmosphère en plus.
Il faut dire aussi, que pendant 2 ans, j’ai bossé avec un type
passionné par les jeux d’argent. J’ai compris, grâce à lui, comment la
perte de gains pouvait ressembler facilement à des pulsions sexuelles
sous forme animale. Une sorte d’ivresse bestiale sexuellement amplifiée
! Avec son histoire et ces nouvelles images, après 2 mois de blocage,
tout est sorti d’un coup. Forcément, inconsciemment, peut-être un brin
de ‘24 heures de la vie d’une femme’ de Zweig dans l’air également…
- 24 août 2007 : la sortie. Etiez-vous stressé ?
J’ai été très angoissé avant la signature du contrat, car on ne
peut pas se permettre d’y croire. Pour la sortie, je pensais que ça
allait être stressant, mais non. Ayant en tête, qu’à partir d’un
moment, ça ne dépend plus de toi, ça roule, c’est dans le circuit,
alors pourquoi s’angoisser ! C’est vrai que la veille, je n’ai pas
beaucoup dormi, mais à cause de mon entourage. Depuis 9 mois, je
connaissais la date du 24 août 2007, j’ai eu le temps de me faire tous
les scénarios possibles. En discutant avec d’autres écrivains,
finalement, dans le constat, la sortie d’un livre n’est pas
grand-chose, en plus, le 24 août, peut-être que l’ouvrage ne sera même
pas sorti des cartons ! Mais mes proches, angoissés par la sortie, ont
fini par me contaminer.
- Qu’en pense votre maman ? Est-elle fière ?
Oui, ma maman est fière, ou plutôt contente…En fait, à vrai dire,
je ne sais pas du tout. Il y’a une scène où j’ai pensé à elle et où
j’ai fait attention : celle où Jean-Victor déjeune avec ses parents.
Passage important dans l’histoire, car il présente Jean-Victor comme
n’étant pas né dans la classe des Dominants. Ça lui pose un doute sur
son statut, donc une situation qu’il cherche à éviter ou à fuir.
Forcément, la distinction entre le héros et l’écrivain est parfois
fine. Alors pour ses parents, j’ai pris l’exact opposé des miens.
- Quelle est cette histoire du prix de Flore ?
Chaque année, le lauréat de ce prix raconte la soirée (par exemple
: Ravalec, Houellebecq, Despentes…) sous forme de nouvelles qui m’ont
toujours plu. Ça se veut le prix rock’n’roll de la littérature, pour le
côté indépendant et insolent, mais la soirée est son antithèse avec le
bar final et tout le tintouin. Pour contrebalancer ce côté, j’ai écrit
pour le fun, cette soirée comme si je gagnais le prix de flore 2006
(nous sommes en 2004) avec la part rock’n’roll jusqu’au bout, métro,
bar à bières, rock en live…Une blague écrite très vite. Je l’ai
terminée une semaine avant le vrai prix de flore. Pour la déconne, avec
les potes, on en a tiré 500 exemplaires, avec une vraie couverture, une
vraie maquette, vrai bandeau rouge 2006. Bref, un beau canular, même si
à sa distribution lors de la vraie soirée, j’étais mort de trac.
Certains ont adoré le concept (comme Beigbeder), d’autres clairement
non. Puis, ça a eu un certain retentissement. Des gens en ont parlé, on
m’a contacté pour connaître le pourquoi du comment. J’ai ouvert une
page web pour le publier en chapitre, la nouvelle s’y prêtant bien. Le
site est maintenant fermé, nous sommes en 2007, l’histoire est donc
finie.
Coïncidence ? J’ai rendu le manuscrit définitif le soir de la remise du prix de flore 2006.
En tous cas, grâce à cette nouvelle, outre le fait d’être un canular
sympathique, j’ai enfin écrit comme j’en avais envie, ça venait tout
seul…bref, une aventure qui m’a beaucoup apporté.
- Préparez-vous un nouveau roman ?
Déjà l’idée. Déjà toute la trame. Mais il n’y aura pas d’exclue
pour Papercuts, malgré l’insistance de la question (ndlr : au moins 6
fois !!!). Ce sera par contre, plus court que ‘hors jeu’. Sinon quand
je serai grand, j’aimerais bien écrire plein d’autres livres, des
chansons, des one man shows…tout est en projet plus ou moins déjà
étudié. Il y a aussi le site ‘strictement confidentiel’ où j’écris des
papiers.
Puis s’ensuivent ou s’entremêlent des conversations sur Manowar (et
leur Warrior Prayer), les miroirs dans les toilettes, du racontage de
vie, des merci ou autre…
Le blog de l'auteur :
http://secondflore.hautetfort.com/
Site du Dilettante :
http://www.ledilettante.com/
La Faune on the Flore :
http://20six.fr/prixdeflore2006/cat/151255/0/La_faune_on_the_Flore_point_de_depart_
Site de Strictement Confidentiel :
http://strictement-confidentiel.com/
[Anne A.]