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Interviews

Libon | Chez Libon, tout est bon !
[2008]

Libon

Chez Libon tout est bon, pourrait-on maladroitement dire. Et pourtant on ne serait pas si éloignés de la réalité. Révélé grace à son travail pour Spirou et Fluide Glacial, aime croquer les petits travers avec son personnage Hector Kanon. Comique de situation ou absurdité des raisonnements, on peut se reconnaitre dans ce personnage. C'est grave docteur ? Elements de réponse avec le dessinateur/scenariste...

 

Papercuts : Il est très difficile de trouver des infos sur toi sur Internet ! Alors pourrais-tu te présenter ?
Libon : C'est vrai que les infos sur moi sont pas nombreuses, et pas très très exactes, mais je vois que tu parles de wikipedia après, j'y reviens. Alors je m'appelle Ivan (libon c'est un surnom qui me vient d'une petite nièce qui n'arrivait pas a dire « Ivan » et c'est resté...), et j'ai 35 ans. J'ai fait des études d'Art, puis de graphisme, pour finir dans les jeux vidéos. A vrai dire, il n'y a pas grand chose de palpitant à rajouter, j'ai pas de groupe de rock, tout ça.

P : Comment es-tu venu à la BD ?
L : C'est un peu un concours de circonstances: je m'ennuyais un peu au boulot, j'avais envie de raconter des histoires à moi. Je dessinais un peu, et puis j'ai été pas mal poussé aux fesses par tout un tas de chouettes gens (au Psikopat et chez Tchô, notamment) et j'ai commencé comme ça. J'ai cumulé mes deux boulots en même temps pendant un temps et finalement j'ai gardé que la bd.

P : Comment est né Hector Kanon ? Parle nous un peu de lui en somme !
L : Hector, c'est un type extrêmement sûr de lui, il ne se pose jamais de questions et il est persuadé qu'il vaut mieux que les gens qui l'entourent. A l'origine je voulais faire une bd très méchante, créer un personnage super antipathique et lui en mettre plein la tête, comme ça, gratuitement. Quand j'ai commencé à écrire les histoires, je me suis aperçu qu'un personnage vraiment négatif c'était pas très drôle. Par exemple, j'aurai eu du mal à faire des trucs rigolos avec un type raciste sans me retrouver dans un rôle de donneur de leçon, je sais pas faire ça. Du coup il est insupportable mais un peu léger, il vit avec des idées toutes faites et ses aventures tournent autour d'idées toutes faites. Je ne suis pas très au courant des dernières tendances, mais ça me sert pour mes histoires, Hector est à coté de la plaque comme je le serais à sa place.


P : En ce qui concerne la création de tes histoires et personnages, est-ce que tu t’inspires de ton vécu, de tes observations, des deux ou de tout autre chose ?
L : Ça m'arrive de m'inspirer de ce que je vois, mais le plus souvent je cherche des situations les plus tordues possibles et j'essaie de leur trouver une place dans le vrai monde, donner l'impression que c'est naturel, que ça doit se passer comme ça. Gary Larson fait ça très bien: il pourra dessiner un cafard géant qui sonne chez des gens, ce qui sera drôle ça ne sera pas le cafard géant, ce sera la façon dont il place la scène chez des gens normaux. J'aime beaucoup l'humour absurde, mais pas trop quand c'est gratuit, quand le lecteur est laissé en dehors et qu'il n'a qu'a se contenter de l'incongruité de la situation. Par exemple, un type qui se promène et qui croise une grenouille violette qui chante du Brel, c'est pas rigolo (c'est un exemple très bête, hein). Si c'est replacé dans un contexte particulier, si le lecteur fini par trouver la scène naturelle, si il s'attend à voir une grenouille violette à un moment ou à un autre, c'est mieux. C'est ce que j'aime bien faire quand j'écris des histoire: triturer le vrai monde réel pour trouver une place a la grenouille violette, et c'est le monde réel qui devient intéressant, pas la grenouille.
Que ça soit dans Hector Kanon ou Jacques, c'est le décalage entre le héros et son univers qui me fait rigoler, j'essaie de mettre le plus de distance possible entre les deux et trouver des ponts après.


P : Quel est ton point de vue sur la blogosphere ? C’est un sujet que tu dois connaître puisque le tien est ouvert depuis février 2005…
L : J'aurai du mal à donner un avis super intéressant, d'une part parce que j'en ai une vision très réduite -je ne suis pas un lecteur acharné de blogs, j'en lis quelques uns- et d'autre part parce qu'on y trouve le meilleur comme le pire... Cela dit, avec Capucine, on est pas non plus un exemple, on a jamais vraiment exploité le « potentiel du medium », notre blog a toujours été un joyeux foutoir pas très sérieux.
Non ba voilà, les blogs c'est bien. Je savais que je dirais pas un truc génial.


P : Pourquoi vouloir partager ton blog avec ta compagne Capucine qui est aussi dessinatrice ?
L : C'est elle qui a lancé le truc. Si je me souviens bien, elle a ouvert un compte chez un hébergeur de blogs gratuits pour pouvoir commenter chez une amie, et s'est retrouvée malgré elle avec un blog. C'est parti comme ça, on a commencé à poster des dessins et on s'est pris au jeu. On a commencé à bloguer à deux parce que c'était plus rigolo, en discutant on trouvait des bêtises à raconter et chacun rajoutait une couche de bêtise. On s'est jamais trop posé de questions sur ce qu'on devait faire, il n'y pas de « ligne éditoriale ». Quand on en a eu marre de raconter notre vie, on a commencé une bd à deux, où on se partage le scénario et le dessin, mais ça reste irrégulier: on a pas toujours le temps ni la motivation de se mettre au boulot à 22 heures.

P : Ta fiche « wikipedia » te qualifie de « figure incontournable du jeu video français »… Peux-tu nous en dire plus ?
L : Il y a un an ou deux j'ai participé a une animation dans un journal. Chacun des auteurs avait une petite biographie dans l'édition de ce jour là, et je crois que le journaliste qui a écrit la mienne s'est un peu emballé... Je suis passé d' « obscur animateur sur game boy » à « figure incontournable du jeu vidéo » et je retrouve l'info assez régulièrement. C'est bien sur absolument faux mais ça me fait marrer, j'ai pas été rectifier...
Il faudrait mettre « figure absolument contournable du jeu video », ça serait plus juste !

P : Quelles sont tes références ? As-tu des auteurs dont tu te sens proche ?
L : Les deux auteurs auxquels je pense en premier sont Gotlib et Goscinny. J'ai copié des dessins de Gotlib pendant des années sur mes cahiers, je retrouve encore des traces dans ce que je fais maintenant. Je parlais de Gary Larson plus haut. Goossens aussi.
Bon et une quantité phénoménale de gens dont j'admire le travail et qu'il serait trop long de tous citer ici, comme on dit à la télé.


P : Quels sont tes projets pour 2008 et les années à venir ?
L : Pour l'instant je continue comme ça, après je verrai !

[Eric H.]

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