Papercuts, le webzine qui tranche
Charles Peterson: Ce nom ne vous dit peut etre rien et pourtant derrière son appareil photo cet homme a créé toute l'imagerie de la scène grunge de Seattle. De part son style caractéristique (très punk dans l'esprit) et sa connaissance du milieu (il a commencé à photographier le grunge bien avant son explosion), Charles Peterson a forgé l'étendard d'une nouvelle génération.
Il est impossible de comptabiliser combien de pochettes de disques sont signées Charles Peterson.. Kurt Cobain se vautrant sur la batterie de Chad Channig (Bleach) c'est lui, Screaming Life de Soudgarden, c'est lui. Pearl Jam, c'est lui. Green River, c'est encore lui…
Derrière tout ceci se cache un homme plutôt discret, sincère et accessible. D'ailleurs tous ceux qui l'ont approché un jour de près ou de loin vous le diront, Charles Peterson est l'anti thèse de la rock star. C'est cette sincerité qui se retranscrit dans ses photos sans artifices, du noir et blanc pur et profond. Il était temps pour nous de rendre hommage à l'un des photographes les plus doués de sa génération et de le laisser parler de son travail passé et actuel.
Comment es-tu arrivé dans la scene rock/punk/grunge?
Ca a réellement commencé au collège (à partir de 15 ans – j'en ai quarante et un aujourd'hui). J'allais à des concerts punk comme Gang of Four, Dead Kennedys, UK Subs, etc, dans le centre de Seattle alors que j'habitais la banlieue. A 18 ans, j'ai bougé à la ville pour aller au lycée et c'est à cette époque que j'ai rencontré Mark Arm (musicien reconnu de la scène de Seattle, a joué avec Mark Lanegan et Green River par exemple – ndlr), Bruce Pavitt (co-fondateur de Sub Pop, ndlr), Kim Thayil (guitariste de Soundgarden – ndlr), etc. Ils montaient des groupes et je prenais les photos. Nous étions aussi DJs à la station radio du campus. Cette scène était assez petite mais très active.
Tes photos sont devenues l'image de la scène rock de Seattle. Ton travail est connu mondialement, mais quelles sont tes activités désormais ?
Pour l'instant, je photographie des chaussures essentiellement ! J'ai fait une grande campagne de pub pour Dr Martens l'année dernière (drmartens.com) qu'ils m'ont laissé faire dans mon style en photographiant des gens de tous les jours faire des choses surprenantes, le tout en noir et blanc 35 mm. Depuis, je leur ai shooté des extraits du catalogue mais tout en noir et blanc naturel.
Je rentre aussi tout juste de mon cinquième voyage au Vietnam. Je projette de faire un livre de toutes les photos que j'ai faites là bas. J'ai aussi photographié des breakdancers que je projette de compiler en livre pour bientôt.
Tu as l'air très interessé par les pays asiatiques. Qu'y trouves-tu de si special ?
Je pense que d'une part c'est vraiment différent des Etats Unis, mais je m'y sens bien. C'est un pays rempli de spiritualité mais aussi très choatique, c'est ce qui le rend intéressant. Et la nourriture est fabuleuse!
Je suis aussi allé au Maroc, il y a quelques années mais je ne m'y sentais pas très bien. C'est splendide bien sûr, mais je me sentais complétement étranger. En tant que photographe, c'est important de retourner souvent au même endroit – Si je n'étais allé qu'à une demi-douzaine de concert, je n'aurais jamais eu les mêmes photos que celles que j'ai faites.
Au Vietnam, il y a des possibilités de photos partout, il y a toujours des choses qui se passent à n'importe quel endroit.
J'espère aller en Inde un jour, je suis sûr que c'est dans le même style là-bas.
Qui reverais-tu de photographier? Quelquechose ou quelqu'un que tu n'as jamais shooté et dont tu rêves?
Pj Harvey!! Seule et en gros plan. Ha! Yeah, en fait, elle est fabuleuse. Je rêve également d'un projet qui serait une vue d'ensemble de la musique du monde, de tous styles musicaux – de la pop à la musique traditionnelle, fait dans le style de “Touch Me I'm Sick”. J'espère que la combinaison de Touch Me et du livre sur le Vietnam m'aideront à mener à terme ce projet. Cela impliquerait beaucoup de voyages et de recherche mais ça pourrait être fabuleux. Du funk des favelas brésiliennes aux chanteurs Qawwali Pakistanais. Le tout en noir et blanc ‘hardcore'. L'esprit punk…
De toutes les photos que tu as prises, quelles sont tes préférées ?
Oh mec, quelle question! La photo que j'apporterai sur une île déserte serait un mélange de la photo du public de Pearl Jam prise à un concert à Barcelone (malheureusement évincée de Touch Me) parce qu'elle est l'apogée de comment j'ai toujours voulu photographié le public, et une photo d'ombres chinoises sur la plage de Sihanoukville au Cambodge, au couché de soleil, parce qu”elle est superbe et je me sens en paix avec le monde quand je la regarde. Mais bien sûr ce n'est pas une question facile pour moi ou n'importe quel autre photographe.
Est-ce difficile de vivre comme photographe aux Etats-Unis?
Je pense voir ce que tu veux dire par cette question et la réponse est oui, et de plus en plus. Etant un « photographe de la rue », les gens sont de plus en plus paranoiaques et méfiants, et la photographie n'est pas vraiment vue comme un art contrairement à la France par exemple.
Et le numérique, à mon avis, a dégradé les relations avec la magie et l'art de la photographie – et c'est le même problème partout dans le monde.
Qui t'a influencé?
Cartier Bresson, Gary Winogrand, Robert Frank, Sebastio Salgado, Lee Miller, Werner Bischoff, Jim Marshall. Essentiellement le style Magnum (agence d'images fondé par Henri Cartier Bresson reconnue mondialement – ndlr) et les photographes dans le style.
Ton avis face à la photo numérique?
Je pense que ça rend les jeunes photographes paresseux et souvent non spontanés.
Je déteste que quelqu'un me prenne en photo et interrompe le processus/ déroulement en regardant l'écran au lieu d'avoir “le cliché après le cliché”, c'est à dire prendre la photo pour capturer le moment et trier après.
Bien sûr, le numérique a sa place dans le photojournalisme car tout doit aller très vite. Mais je déteste ce que ça donne, peu importe la résolution. Je déteste également l'idée d'effacement – il y a une quantité de photos abstraites ou ratées que j'ai pu prendre qui aurait finies dans la corbeille pour des raisons de place (principalement) au lieu de les coucher sur negatif ou sur bande d'essai pour etre deterrées quelques années plus tard dans un nouveau sens. Le noir et blanc a beauoup de possiblités et peut etre modifié lors du tirage. Le numérique se rapproche des “shooting slides”, ce que tu prends est ce que tu as.
Quels conseils pourrais tu donner a un jeune photographe ?
Mon conseil est de shooter et de shooter encore et encore. Les vrais photographes réalisent que le film est toujours la plus petite partie du processus. Et aussi d'apprendre le tirage. Même si tu projettes de le faire par ordinateur (même moi je scanne de plus en plus aujourd'hui), si tu connais ce qui peut être fait traditionnellement, tu peux le transfigurer au digital.
Ton opinion sur la scene independante et rock actuelle ?
Hummm. Je pense que tous les styles de musique peuvent etre interessants. Des fois, je trouve la scene rock très etroite d'esprit (et on peut dire la meme chose de la scene hip hop, de la scene drum & bass, etc). La scene de Seattle est devenue beaucoup comme ca. J'ai toujours été surpris en allant voir mes amis en Angleterre de voir qu'ils pouvaient danser sur de la house puis aller voir Jesus Lizrad le lendemain puis du folk bulgare encore apres. A Seattle, si ca n'etait pas du rock, c'était nul. Les pensées conservatrices arrivent de plusieurs façons et souvent par ceux qui pensent être les moins conservateurs! Le fait de voyager a elargit mes horizons. Je fais aussi beaucoup de yoga et j'étudie le bouddhisme. Ca m'apprend que rien n'est permanent, tout change constamment. Pourquoi rester buté sur une chose ? “le mieux c'est le garage rock.” “Non, c'este le two step drum and bass”. “Non j'écoute seulement de la trance new age.” C'est stupide il y a de la formidable musique de passionnés dans chaque style, et malgré tout, quelques fois le silence est la meilleure chose!
Mille mercis à M. Charles Peterson de nous avoir accordé un peu de son temps pour répondre à nos questions.
[Eric H.] Envoyez un message









