Papercuts, le webzine qui tranche

'Psychotiko' est LA dernière bonne nouvelle du rock intelligent et - cocorico -hexagonale. Encensé par votre webzine préféré, nous nous devions d'interviewer nos lascars. Voyez plutôt :



1)Votre dernier album fusionne un nombre impressionnant de genres. Comment s'est passé l'enregistrement des compos de l'album? Ça doit être le bordel !?

A part un ou deux morceaux qui se sont construits quasiment en studio, nous sommes arrivés à l'enregistrement avec les compositions déjà finies et structurées, du coup non ça n'a pas été trop le bordel ! Par contre lors des séances de composition on peut effectivement se retrouver avec des collages d'idées assez douteuses (comme de mixer un thème de tarantelle des Pouilles sur du bikutsi camerounais...), mais en général on s'en rend vite compte ! Nous avons toujours composé avec des collages d'idées de chacun, un texte, une rythmique originale, un thème là-dessus... On assemble tout ça en boeufant et on tourne différentes structures, rythmiques, à l'endroit et à l'envers jusqu'à ce que ça nous semble logique (on a une logique spéciale Sourit ). C'est un processus assez long parfois, on peut mettre deux ans à trouver la formule sur certains titres. Et à d'autres moments ça va se construire tout simplement en une répétition.


2)Où puisez-vous vos inspirations, qu'elles soient musicales ou autres? (littérature, ciné, philosophie de vie...)

Chacun des membres a sa propre culture, qui fait l'originalité du groupe. Etienne (chant) vient plutôt du blues, Pierre (violon, mandoline) du rock, Guillaume (clarinette) de la musique bretonne, Jonathan (contrebasse) du folk et du jazz, Rowen (batterie) du reggae et des musiques électroniques... Mais tout le monde écoute vraiment tous les styles de musique et on est capables de s'enthousiasmer sur un groupe de country comme sur un gros dubstep des familles. Ce qui se traduit en musique par un répertoire assez éclectique. On a tous été marqués par les films de Tony Gatlif et de Kusturica évidemment, Tarantino aussi avec ses bandes-sons de fou...
Niveau philosophie de vie on est assez Wittgenstein comme mecs.


3)Quel impact ont eu vos différentes tournées en Europe sur la musique d'Electric Bazar Cie et sur la vie du groupe d'une manière générale?

Ces tournées ont été induites par le fait que nous nous intéressions tous aux musiques d'Europe de l'Est à l'époque où nous jouions dans la rue, avec une formule acoustique. C'était léger à faire voyager, un p'tit camion et hop ! On partait sur les routes de l'est à l'aventure (Pologne et Rep. Tchèque surtout), on jouait partout d'où on ne se faisait pas jeter et on a rencontré plein de monde. On a aussi pu se rendre compte que ce que nous jouions en pensant nous approcher du son des tziganes s'apparentait pour eux plus à du punk ou à un truc d'extra-terrestre qu'à de la musique traditionnelle.
On est tombés amoureux de ces pays et ça nous pousse à creuser la musique de là-bas, voire de plus loin (Turquie, Macédoine...), que l'on incorpore à nos influences plus américaines (rockab', psycho, etc...).


4)Alors que certains déplorent une mondialisation rampante qui annihilerait les particularismes locaux, il semble que les musiques dites "traditionnelles" européennes soient paradoxalement particulièrement vivaces et que jamais auparavant on ne s'était essayé à autant de fusions de styles et d'échanges culturels. En tant que voyageurs et apôtres du pluralisme musical quel est vôtre ressenti à ce sujet?

Internet a facilité grandement l'accès à des répertoires et interprètes de musiques traditionnelles (de l'est et d'ailleurs) qu'on ne pouvait trouver auparavant que sur place.
Il y eu quelques groupes pionniers comme les Pires ou les Rageous Gratoons qui ont touché beaucoup de monde et ont pu sensibiliser les à la beauté et la richesse de ces musiques, qui font de ce fait maintenant un partie intégrante de notre propre culture. De nombreux musiciens, de France ou d'ailleurs, sont depuis partis étudier ces musiques sur place et les ramener dans leurs valises.
Le cinéma a été un vecteur important aussi (toujours Gatlif et Kusturica par exemple). On a vu arriver des tarafs ou des fanfares (Haïdouks, Koçani, Ciocarlia...) tourner en France. En tant que bretons nous avons été particulièrement exposés à ces groupes qui tournaient pas mal par ici car le public est avide de musiques traditionnelles, car la culture de la musique bretonne est très vivace et beaucoup d'échanges musicaux se font régulièrement.
Une fois que tous ces sons sont devenus connus, on a vu plein de groupes les mélanger à leur culture personnelle.
La mondialisation induit une sorte de "rétrécissement" de la planète, de ce fait les échanges de culture se font plus aisés.


5)Le label Irfan promeut une certaine forme d'authenticité et d'intégrité artistique. Comment s'est passée la signature chez eux et en quoi les choses ont-elles changées?

Nous avons rencontré les Ogres de Barback (fondateurs du label) à plusieurs reprises sur les routes et nous nous sommes bien entendus. On a toujours adhéré à l'idée d'un fonctionnement autonome, en autoproduction, afin de garder toute la main sur nos albums. Les Ogres fonctionnent de la même façon mais à une autre échelle, ils ont créé leur label qui englobe la distribution. Lors de la sortie de notre premier album, c'est tout naturellement que nous les avons sollicités pour la distrib. Ils ont accepté et c'est important pour nous car la crédibilité d'Irfan nous permet d'être présents chez tous les disquaires.
Psychotiko, notre quatrième album, vient de sortir et nous continuons à travailler ensemble. C'est un des rares labels qui continue à distribuer des groupes comme nous qui ne sont pas des gros vendeurs de disques et ça c'est beau. Lorsque nous avons choisi de sortir notre Live en format atypique sérigraphié, série limitée, ça s'est fait aussi alors que c'est pénible à placer dans les bacs !!!


6)Pouvez vous nous parler de votre projet de spectacle avec l'asso Run Ar Puns ?

C'etait en fait une résidence qui nous a permis de travailler sur l'adaptation à la scène du dernier album. Deux semaines intenses et productives, une rencontre avec l'équipe qui est vraiment incroyable quant à l'accueil et au professionnalisme, suivi de deux concerts.


7) Vous écoutez quoi ces tps-ci? Un coup de coeur?

Alors la playlist du camion : Kirika (groupe de rebetiko turc), Fantazio (ha-haaaa), Farmer's Market, gros coup de foudre pour Secret Chiefs 3 en concert l'année dernière, Orville Brody and goodfellas (Country from Rennes), Rev. Beat-man, Dead Brothers, Messer Chups... Y'en a tellement !


8)Quels sont vos projets actuels et futurs ?

Continuer à tourner au maximum malgré le contexte culturel qui est bien malade, et aussi remonter pour la seconde fois un projet qui nous tient à coeur : on a créé un collectif avec un trio parisien, Gallina La Lupa, une équipe de déco (Les Oeils, Rennes) et le chap des Machin à Coudre. Ca s'appelle "les Actifs Toxiques" et on a bossé une dizaine de jours tous ensemble pour monter un spectacle de 4 ou 5 heures avec différents entresorts, concours de valse-musette, camion Rock'n'roll, turbofolk, concerts... Une multitude de sons et d'ambiances ramassés sous le chapiteau décoré et autour. Un de nos grand souvenirs ! Alors on repart vite fait sur l'idée de remettre ça à la fin de l'été avec d'autres rencontres... On est là-dessus en ce moment !
Ensuite quand on aura repris nos esprits après le rush de la sortie de l'album on va s'atteler à monter des tournées à l'étranger qui ressemblent à quelque chose. En tout cas on va continuer à bouffer du bitume par les deux bouts !

[Yann Ma]

www.myspace.com/

Electric Bazar Cie - Un savant bordel

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