Papercuts, le webzine qui tranche
Les Toulousains d'Expérience font parler d'eux depuis déjà pas mal detemps et nous reviennent à chaque fois avec un album sur le fil durasoir.
Déluge sonore et mots acérés taillent encore ici la part belle à l'inventivité.
Il est temps de revenir sur leur dernier opus 'Nous (en) sommes encore là' pour un brève interview.
Expérience expérimente son quatrième album et en est toujours là… Lamême rage du début, le même regard vindicatif sur un monde et sesdérives. Qu'est ce qui vous donne encore aujourd'hui l'envie d'empêcherles consciences de tourner en rond ?
Je ne sais pas si nous « empêchons les consciences de tourner enrond » (je ne crois pas !) mais cette envie est un besoin, comme onpeut avoir besoin de s'arrêter au milieu d'une rue commerçantearchi-bondée un samedi après-midi pour hurler pendant un quart-d'heure.
Expérience c'est tout sauf grand public. D'où vous vient cetteenvie de marcher en dehors des sentiers balisés par l'industrie dudisque ?
Ce n'est pas une envie, c'est ce que l'on sait faire et ce que l'onaime faire, aucun calcul aucun. Ça peut paraître bizarre, mais c'estcomme ça. Il y a des pays où nous sommes « grand public », pas ici.
Une petite et unique question sur Diabologum… Ce groupe a été etest encore pour grand nombre d'admirateurs de la scène indépendantefrançaise, une sorte d'icône, voire d'exemple. Ce n'est pas parfois unpeu dur à porter comme héritage ?
Je connais bien pire comme héritage d'ex-membre à porter. J'en suistrès fier même si tout cela est très loin, mon présent c'est EXP.
Expérience porte bien son nom, dans le sens où vous y expérimentezbeaucoup sur le plan musical. C'est pour vous un besoin primaire oubien il s'agit d'une sorte de laboratoire dans lequel se construit enpermanence le disque à venir ?
C'est une envie de s'amuser avec la musique, d'aller toujours voirun peu ailleurs si on y est. Encore une fois, c'est notre personnalité,il n'y a pas de calcul, juste l'idée de faire toujours la même chansonsur le même squelette nous ennuie, et c'est aussi contre l'ennui quenous nous battons.
Vous montrez souvent du doigt l'ensemble des biens penseurs et desintellectuels de tous poils. Expérience se veut-il politique ou toutsimplement l'œil acéré d'une société qui ne se remet pas suffisammenten question ?
Nous ne sommes pas des donneurs de leçon, nous ne sommes pas ungroupe engagé comme on peut l'imaginer, bien qu'aujourd'hui faire ceque l'on fait est déjà un engagement à part entière. Nous sommes ungroupe d'expression directe, nous essayons d'être le plus honnêtepossible, y compris dans nos doutes.
Expérience vous le vivez comme un débat d'idées ou bien une constatation amère sur un présent sans possibilités de retour ?
Plutôt de la résistance avec une sorte de discussion avec notrepublic, à la fois sur des sujets politiques comme sur des sujets plusintimes.
‘La république invisible' est un morceau incontournable, selon moi,de l'album, un peu déçus des républiques contemporaines, non ?
Affirmer cela serait un euphémisme.
Vous faites une très belle référence à Van Gogh dans ce disque. Sice sont les autres qui sont tristes. Pourrait-on en connaître la cause? Ou du moins un début de réponse.
On nous accuse souvent de faire de la musique « triste » mais nousnous amusons beaucoup en fait. Plus globalement, ça s'adresse à ceuxqui accusent les gens comme nous de batailler dans le vide, c'est unemanière très élégante de dire « va te faire mettre ». Tu ne trouves pasles gens en France tristes dans leur majorité ?
On le sait bien, Expérience ne parle pas pour ne rien dire. Quellessont vos principales sources d'inspiration ou modèles ? Nous aussi nousvoulons des héros, mais lesquels ?
Pas des hommes politiques, malheureusement, plutôt des artistes,qui cultivent un discours, une manière de faire, de penser, qui leurest propre (et qu'on accuse aussi souvent d'être tristes) . Je neciterais pas de noms, ça ferait un peu prétentieux.
Moi quand j'écoute vos textes, j'ai parfois l'impression deretrouver un peu de Guy Debord et de sa « Société du spectacle »Filiation assumée ou pur hasard intellectuel ?
C'est un de nos multiples grands chocs Artistiques.
Même si on se doute un peu de la réponse… Expérience, groupe de scène ou pantouflards de studios ?
À ton avis ?
Et la jeunesse dans tout ça ? C'était mieux avant ?
Non, ce n'est pas mieux non plus, c'est même pire, on fait aller.J'ai l'impression d'être de moins en moins con en vieillissant…
La scène rock pour vous en France, elle en est où ?
Partout. Il y a de plus en plus de bons groupes et on en parle pasassez. Ce sont plutôt des gens hybrides. Il y en a quelques-uns dansnotre TOP FRIEND myspace.
Et sur le plan international ! Que nous conseilleriez-vous à écouter d'urgence ?
SINGER / MAKE BELIEVE / YEA BIG & KID STATIC / KILL THE VULTURES
Qu'est ce qu'on peut vous souhaiter de mieux pour l'avenir ?
Continuer.
Et pour l'avenir de cette société dont nous faisons partie ?
De s'arrêter.
Vous êtes encore et toujours sur les salles de concert. Je vousremercie donc du temps accordé et je vous laisse aller prêcher la bonneparole. Encore merci et bonne route…
Merci à toi, Amen.
Merci à eux et que la route leur soit bonne...
[Seba]









