Papercuts, le webzine qui tranche
Le rendez-vous est pris à La mercerie, bar en face du Nouveau Casino où
le groupe se produit le soir même. Un endroit qui ressemble à un
mélange de déco orientale et de déco (si j'ose dire) bétonnée de squat.
La rencontre du kitch et du trash qui colle bien à l'univers de nos
sympathiques teutons.
Je discute un peu avec l'attachée de presse, très lucide sur le
milieu musical, qui me dit que l'album est sorti depuis deux mois et
qu'on est déjà « hors promo » pour tous les magazines, avec un air
totalement froid et blasé, tirant suggestivement sur sa cigarette..(
heu.. fin de la parenthèse ! ). Je branche mon micro - hey, ho, let's
go : Thomas (chant) et Mathias (guitare) sont prêts à me répondre dans
un parfait anglais.
C'est la deuxième fois que je vous croise. La dernière fois c'était
six mois avant la sortie de « They think they are the Robocop Kraus
»(2005), votre précédent album. A l'époque, vous me disiez que votre
tourneur faisait ça pour la gloire et que vous le payiez en pain
d'épice (le fameux pain d'épice de Nuremberg) car il disait le faire
pour l'amour de l'art. C'est toujours le cas ?
T-Oui !! (rires).
M- Il ne se nourrit plus que de pain d'épices maintenant ! Il est très riche !
T- Il a monté un commerce de pain d'épice ( rire)
Bizarre,cette pochette, on dirait une pochette du groupe « Of Montreal »
M- Ah non, pas du tout.
T- On déteste Of Montreal ! ( les menteurs : j'ai vu le groupe sur leur page myspace durant une période ! )
T- Disons qu'on adore le graphiste qui a réalisé notre pochette. On
voulait effectivement un côté psychédélique. Et on voulait quelque
chose de différent, le précédent album était un collage de photos. On
avait jamais encore fait de pochettes peintes.
Ca annonce un peu une couleur expérimentale, cette pochette.
T- En fait on a enregistré ce disque après une période de
flottement et de remise en question pour le groupe. On voulait avancer,
ne pas se répéter.
Difficile de coller une étiquette à ce disque. J'ai pensé à un retour de la brit-pop, genre Blur.
M- On déteste Blur, on déteste Pulp
T- Et surtout on hait Oasis !!
Deux membres du groupe sont d'ailleurs partis entre les deux
enregistrements. Ils ont aussi rejoint les Jesus Freaks (groupe rock
allemand qui pense avoir découvert Jesus. Leur premier bassiste les
avait lâchés quelques semaines après le début du groupe) ?
T- Non, ils bossent sur des projets à eux !!
Il y a deux producteurs pour ce disque, un allemand (Tobias Levin)
et un americain (Adam Lasus) qui a produit le dernier Clap Your Hands
Say Yeah. Le précédent opus était produit par le producteur des Hives.
C'est important pour vous le choix du producteur ?
T- Bien sûr, mais Adam a aussi produit Yo La Tengo, qu'on adore encore plus !
On voulait un type qui ait une oreille « américaine », qui avait un certain background musical.
C'est un album qui coupe complètement les ponts avec la scène post-punk
à laquelle vous étiez assimilés. Il s'appelle bien 'Blunders and
Mistakes ' (ça veut dire « Bévues et Erreurs ») ….
(ils se mettent déjà à éclater de rire)
Et j'ai lu des chroniques disant que le titre était bien trouvé !
M-…Et elles sont bonnes, les chroniques ?
Hummm, pas forcément. Les critiques sont globalement positives,
mais j'ai l'impression qu'il y a toujours un titre ou deux qui
dérangent sur l'album. Mais je pense que les chroniqueurs ne
connaissaient pas les albums précédents.
On dirait que ce titre vous dédouane d'un certain nombre de choses.
Comme celui d'avoir des influences pas toujours « musicalement »
correctes. Par exemple, on sent a fond l'influence des claviers de
Genesis sur « Gibraltar ».
(Eclat de rire pouffage, etc..)
T- Ahh oui, il faut le dire à notre clavier ! Il est fan de Genesis
, t'es tombé pile poil ! Il faut lui dire il serait super fier, tu sais
!
Tu trouves ça pas bien Genesis toi ?
Ben, disons que ce groupe n'a pas la faveur des critiques.(Je
réponds laconiquement, car difficile de trouver un groupe comme Genesis
au tel potentiel de déclencher un pugilat à l'intérieur même de leur «
noyau » de fans ! )
T- Hé dis-ui que tu trouves que les claviers font « Deep Purple » : ça va le mettre en rogne !
..ou Emerson Lake and Palmer !
J' ai vu aussi que vous adoriez Ariel Pink.
T- Ouais, exactement le genre de truc qu'on a envie de faire. Il a
pas peur d'enregistrer ses trucs à l'arrache avec du souffle, de la
saturation : c'est un génie !
Oui, on dirait qu'il règle lui-même l'équalisation des titres pendant les morceaux !
T- On recherche ce son un peu crade. C'est ce qu'on a essayé de faire avec cet album
(là je sursaute de surprise) Vous plaisantez ? Je trouve que le son de
cet album sonne très « produit », avec un gros son limite milieu des
années 80.
T- Pourtant on l'a enregistré dans des conditions live, impossible
de couper ou d'éditer les titres après l'enregistrement. On n'a pas
forcément beaucoup réfléchi avant l'enregistrement mais on a beaucoup
répété avec le groupe. Et voila le résultat : il a ses qualités et ses
défauts mais on ne voulait pas d'un truc trop froid et calculé mais
plus d'un truc spontané.
M- Qu'est ce qui te fait penser qu'il est produit ?
Ca doit être la grosse réverb sur ta voix et sur la batterie tout
au long de l'album. Et puis le morceau « Ease the pain » qui sonne
comme du Prince.
M- Mais Prince, ça n'est pas une mauvaise influence. Il y a beaucoup de groupes qui s'inspirent de Prince, non ?
T-On a pas trop réfléchi à la cohérence de l'album. Ce sont les chansons qui ont finalement donné la couleur de l'album.
C'est amusant de voir que vous semblez écouter des musiques très
expérimentales, ça ne se ressent pas tellement à l'écoute de l'album.
Je pense qu'il n'est pas forcément meilleur que les précédents, mais en
l'écoutant, je me suis définitivement dit que les Robocop Kraus étaient
là pour longtemps.
T- Ohh merci !!
En sortant du bar, Thomas réagit devant une caravane garée à côté du nouveau casino :
T- La première fois que je suis venu jouer en France, j'ai dormi
dans un truc comme ça ! c'était à l'âge pré-internet , je me souviens
même avoir écrit à un gars pour booker un concert « Bonjour je suis
Thomas Lang… », posté la lettre et tout !!
Pour finir Thomas me remercie en me disant que je suis un bon
journaliste qui pose des bonnes questions. Ultime trait d'humour de la
part de ce groupe iconoclaste ?
L'album « Blunders and Mistakes » est donc sorti depuis deux mois
mais la date limite pour l'écouter n'est absolument pas dépassée bien
au contraire. Plongez-vous dans la carrière de ce groupe : vous irez de
surprise en surprise !
Robocop Kraus / « Blunders and mistakes” / Lado / PIAS.
[Ludochem]









