Alexandre Jardin | L’île des Gauchers
[Folio - 1995]
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Le scénario de ce livre de l’auteur récompensé pour son premier roman (« Bille en tête ») et par le prix Fémina en 1988 (« Le Zèbre ») est d’une simplicité déconcertante : Lord Cigogne, emprisonné dans ses prout-proutisme ‘typically british’, n’arrive pas à aimer sa femme comme il le devrait. Après avoir bataillé comme un malade pour la conquérir, il a su devenir un amant mais pas un mari amoureux… Jusqu’à ce jour où il apprend l’existence d’une île – l’île des Gauchers justement – où une micro-société basée sur l’Amour a été montée par des colons… gauchers.
Comme vous l’aurez certainement compris, la deuxième lecture concerne cette dualité et cet amalgame entre « Amant » et « Amoureux », entre l’amour charnel et l’amour avec le grand A qu’on a l’habitude de lui accorder. Le tout aussi au sein d’un couple et ça fait de la nuance. Comment réussir à aimer sa femme et à renouveler son couple ? Non ce ne sont pas les conseils d’un obscur guide de la vie à deux mais bien le roman d’Alexandre Jardin dont nous parlons aujourd’hui. L’auteur expose donc ses théories de la vie amoureuse au sein d’une île imaginaire et rayée des cartes. Ce genre de schéma n’est pas nouveau puisque Jardin lui-même l’a repris du ‘Zèbre’ et dans les ‘Coloriés’. Autant dire que niveau scénario, il ne se complique pas la vie.
Malgré tout, ‘L’île des Gauchers’ est un roman qui se lit bien malgré une écriture des plus irrégulières. On passe des passages des plus littéraires sur l’Amour que porte Lord Cigogne à sa femme à des paragraphes d’envie de ‘culbuter’ des plus familiers. De même, l’écrivain se permet l’utilisation de la première personne du singulier de façon plutôt maladroite à la fin du roman pour justifier on ne sait trop quoi. En tout cas, l’effet de conclusion hâtive est bien réussi, même s’il n’était certainement pas volontaire.
De même, l’auteur se veut de référencer au maximum l’île pour donner
une certaine crédibilité au roman, mais juxtapose les données à des
informations purement abracadabrantes : Lord Cigogne petit-fils de
Tarzan, Jules Renard, découvreur de l’île, Hadrien Debussy, descendant
du compositeur contant fleurette à plusieurs reprises à la femme du
Lord, … et on en passe.
Et tant qu’on y est, Alexandre Jardin a la prétention de se faire
figurer aux côtés d’écrivains tels que Dostoevski, Stendhal et Balzac
avec son livre ‘Le Zèbre’, dans la bibliothèque Blick où le
protagoniste a passé sept ans à étudier la littérature. L’auteur
récidivera plus loin dans le roman en faisant intervenir le zubial,
drôle d’animal qui est aussi le titre d’un autre de ses livres. Bref,
on s’interroge un peu sur les desseins mercantile de M. Jardin, car
même si la description est quelque peu ironique, on ne perçoit ces
passages que comme coups de pub maladroits et fautes de goût évidentes.
L’auteur s’enlise également de temps à autre dans des descriptions bloquant totalement l’action et l’attention du lecteur. Pour le reste, on assiste surtout à des idées – plus ou moins bonnes - pour sauver le couple, mais rien ne fait vraiment voyager. Alexandre Jardin prône surtout le libertinage comme solution miracle… On est bien loin de l’ambition affichée du départ. Finalement toute cette histoire sent un peu le cul triste et on regrette juste que le roman ne se termine pas par un vrai bain de sang provoqué par un amant malheureux de son sort sur l’île… Là au moins, on se serait plus amusés.
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