Anna Rozen | Vieilles peaux
[Le dilettante - 2007]
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Enfin de la finesse et de l’intelligence féminine ! RARE ! Cet
ouvrage construit en 3 parties où les mots et les expressions ne sont
pas du genre naïfs, ni niais, mais tellement féminins dans la pureté et
avec une certaine sagesse d’exécution. Les ‘vieilles peaux’ : 2
exemples dans les 2 premières parties. La troisième, un mélange de gens
de toutes sortes. Le tout, très bien agencé et exploité. Un régal pour
les yeux et la tête.
La première vieille peau est un vieil écrivain qui souhaite avoir un
successeur testamentaire pour la prospérité de ses écrits. Elle
choisit, elle trie, pour trouver la perle rare qui saura comprendre
l’ensemble de ses œuvres et dans un esprit de dévotion extrême faire
paraître ses carnets post-hume qui révélera au monde l’étendue de sa
profonde richesse et de sa modestie. Une vieille peau sec de
l’intelligentsia sous des airs de fleur bleue qui n’est en fait qu’une
charognarde, le tout à la première personne. Magnifiquement décrit,
avec toutefois de l’ironie comme tout au long du livre.
La deuxième histoire porte sur un couple de Province : Marthe et Fernand. Un papy qui se laisse étrangler par sa compagne de toujours, réaction à la manière d’un ‘cause toujours ça m’intéresse’. Une vieille peau différente de la première, une vieille peau en couple, qui se permet des réflexions de tendresse à travers ses critiques quotidiennes. Un peu, beaucoup, à la folie.
‘C’est toujours un peu comme ça avec Fernand, les courses, les corvées, les cadeaux : beaucoup de bonne volonté, mais aucune rigueur. De la gentillesse, mais pas d’ampleur. Toujours ce parfum d’à-peu-près autour de ce qu’il faisait pour elle, comme un ruban abîmé, comme un regret.’
Puis la troisième partie est rigolote et tendre. Un peu à la ‘je regarde les gens et les objets que je croise et leur invente une vie’. C’est drôle, surtout que l’auteur s’immisce dedans et interpelle le lecteur. Je me sentais bien à l’intérieur de cette partie que je souhaitais à l’infini, peut-être parce que je suis parisienne et aime bien regarder les gens, peut-être parce que j’ai déjà joué à ce jeu, peut-être parce que l’auteur semble belle comme une fleur de printemps. Pas de chichi, pas de clairvoyance, pas de tabous, pas de stéréotypes, juste de l’imagination et une manière sincère d’écrire.
‘je suis une poupée blonde avec un œil fermé, ma paupière mobile droite s’est bloquée, il doit y avoir quelque chose qui coince, poussière, bout de papier, pourquoi pas une crotte de nez.’
Pourtant à l’intérieur de l’ouvrage, du pessimisme, nous sommes ainsi, pas forcément beau, plutôt individualiste. C’est un voyage dans Paris, à travers les gens. Peut-être ceci explique cela. Avec des soucis et des secrets inavouables, et l’auteur les dissèque à l’aide d’une plume et de crocs, réussissant parfaitement à s’imprégner de certaines émotions prises sur les uns pour les poser sur d’autres, tout en restant lucide. ‘Les douleurs sont dans le détail. De loin, la vie des autres a l’air délicieusement homogène.’
J’ai beaucoup aimé ce livre, d’autant que j’avais l’impression d’être tirée vers le haut. La complexité de l’ouvrage m’invitant, au début, à penser que je n’aurais pas assez de vocabulaire pour chroniquer ce livre. Alors que pourtant pas besoin de regarder dans le dico pour comprendre ‘Vieilles peaux’ : les mots sont simples, positivement trop justes. Un auteur dont j’ai maintenant soif, car ce grand coup de frais dans les yeux m’a beaucoup plu.
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