Anne Egger Robert Desnos
[Fayard - 2007]
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« Je pense à toi, Desnos qui partis de Compiègne
Comme un soir en dormant tu nous en fis récit
Accomplir jusqu'au bout ta propre prophétie
Là-bas où le destin de notre siècle saigne »
(extrait de ‘La Complainte de Robert Le Diable', dans ‘Les poètes', Louis Aragon)
A l'écrire, le chant de Jean Ferrat me monte en tête, je cherchais des explications sur cette strophe depuis un moment. C'est enfin chose faite.
Robert Desnos et ses amis surréalistes organisent des soirées où certains tombent dans un sommeil artificiel et se laissent aller aux découvertes de l'inconscient. Le poète s'y révèle visionnaire et sibyllin, déclamant des vers et griffonnant sur le papier de curieux dessins. La seconde Guerre Mondiale vient donner raison à certains de ses dires.
On découvre un écrivain aux grands yeux doux et rêveurs. Mais aussi impulsif et donneur de gifles. Des éclats de rire, une curiosité sans limites, un amour inconditionnel pour la liberté. Révolutionnaire sans parti, il emploie toute son énergie à faire entendre la voix des peuples soumis aux dictatures cubaines et latino-américaines, puis s'engage dans la Résistance. Jusqu'à ce que la Gestapo l'arrête.
Un cœur amoureux dévoué à une étoile, et enfin à une sirène. Femmes doucement cruelles et hors du commun. Et des amis dont on connait la renommée : Garcia Lorca, Neruda, Bataille, Queneau, Hemingway, Garcia Lorca, Ernst, Foujita, Prévert, etc.
Le titi parisien ne délaisse jamais la culture populaire, insuffle le folklore dans ses slogans publicitaires et distille les fantaisies oniriques sur la TSF. On le retrouve parolier, critique de cinéma. Porté par toutes les musiques qu'il présente dans ses chroniques.
Anne Egger, docteur en histoire de l'art, réalise un tour de force, celui de donner vie à une immense articulation de textes divers (extraits d'articles, poèmes, témoignages). L'homme nous est conté avec talent, si bien cerné que l'on rentre dans l'intensité de son existence au fil des années. L'entre deux guerres semble palpable, habité d'échos de jazz, de rencontres, de projets. On le suit enfin dans la neige, on le suit dans l'enfer des camps. La dernière lettre de sa compagne appelle les larmes.
L'ouvrage répond aux questions des intrigués enthousiastes et représente une excellente source d'informations pour les universitaires. J'en attendais beaucoup, je ne suis pas déçue.
[Clémence]









