Arto Paasilinna | Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen
[Folio - 2008]


Les fans d’Arto ne seront pas déçus. En effet, les délicieux
ingrédients des précédents ouvrages se retrouvent ici : décors,
naïveté, humour, rencontres et situations de personnages incongrues. Un
élément poilu change : l’animal de compagnie. C'était un renard dans
‘La forêt des renards pendus’, un lièvre dans ‘le lièvre de Vatanen’,
ici, « Le bestial serviteur » est plus compliqué à trouver, puisqu’il
s’agit d’un ours (qui, d’ailleurs, ressemble à celui qui pêche sur la
couverture de ce roman folio).
« Avec une logique toute féminine, Astrid Sahari empoigna des deux
mains les câbles sous tension. Un immense arc électrique jaillit : la
pauvre femme fut d’abord saisie comme un rosbif, puis cuite à point
comme un gigot à l’étouffée, et enfin desséchée et racornie comme un
lavaret grillé sur la braise.
Le sort de l’ourse protégeant ses petits ne fut pas plus heureux :
elle planta ses crocs dans le pied fumant de l’organisatrice de
banquets et reçut comme récompense une décharge électrique peut-être
encore plus terrible que la première. (…)
Deux oursons geignaient en haut d’un sapin, le cœur serré d’une
peur affreuse. Ils n’avaient pas encore compris qu’ils étaient
désormais orphelins. »
Pour son cinquantième anniversaire, les habitants de Nummenpäa
offrent à leur pasteur Oskar un des oursons orphelins. Tendresse et
complicité s’installent. Parallèlement à l’éducation de l’ours sur la
civilité (ex. : maîtrise des WC humains ou de la préparation de valises
de voyage), la vie du pasteur change : perte de La foi, des gens qui
saoûlent…Donc naturellement, il prendra le large avec son ours.
Comme Arto et imagination riment ensemble : un ours et un pasteur sont
sur un bateau, que font-ils ? Mais pardi ! Un spectacle de music-hall
où le compagnon velu (comprendre, bien sûr : l’ours) repasse des
chemises et se signe plein de dévotion. Spectacle qui les entraînera
sur les mers jusqu’à Malte et fera un tabac lors de la convention
œcuménique internationale.
Une critique aigre-douce se profile au fil des pages sur les
incohérences de la religion et les possibles changements modernes
pré-avortés. Sans être omniprésent, ça attache. La façon de critiquer
est originale, comme ce fut le cas de ce dieu ancestral dans ‘Le fils
du Dieu de l’Orage’. Mais ceci est une autre histoire (chroniquée dans
Papercuts)…
La greffe. La greffe des histoires ravit, charme et encourage le
lecteur à la poursuite de sa lecture. Aussi, à l’histoire principale du
voyage, s’y ajoute le début d’un nouveau sport ascensionnel, des
captations de messages extraterrestres, des préoccupations (très
partielles) sur les conditions animales ou encore la visite d’une
ancienne base militaire soviétique sur une île de la Mer Blanche. Par
le côté extravagant qui se déroule calmement, on ne peut pas se gourer
: Arto Paasilinna se trouve bien dans ses pages.
Cet humour décalé surprend plusieurs fois et la fraîcheur intense
des lieux et des situations donne un certain regard neuf et drôle sur
le monde. Troublant, attachant, mais naturellement.
Comme le nom donné à l’ours :
« Par les cornes de Belzéb… »
« Le pasteur lança un regard noir à son épouse. Le moment était mal
choisi pour laisser échapper des jurons, même si le cadeau
d’anniversaire laissait pantois. Mais le mal était fait, de ce jour on
appela tout naturellement l’ourson Belzéb. »
Méthode simple, utilisée avec le nom du renard qui chipa un billet
de 500 balles dans la neige et qui fut surnommé Cinq-Cents-Balles. Non,
la prise de tête se situe ailleurs, à l’extérieur, et ne s’immisce
jamais entre le lecteur et un ouvrage d’Arto Paasilinna. Juste de la
détente, un côté loufoque et de la tendresse.
Suivre la péripétie du narrateur principal, par la personne de ce
pasteur qui n’y croit plus trop, ou alors différemment contre tous,
nous fait agréablement voyager. ‘Le bestial serviteur du pasteur
Huuskonen’ est un bel ouvrage. Donc si vous ne connaissez pas l’auteur,
celui-ci, pourquoi pas, car la magie opère très bien. Si vous
connaissez, celui-là comme un autre de ses romans.
« Aujourd’hui, en astronomie, on entend par « sérendipité » l’art de faire par hasard des découvertes intéressantes. »
[Anne A.]
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