Arto Paasilinna | Le fils du dieu de l’orage
[Folio - 1995]


1. Pense à craindre l’orage
2. Ne fais pas mal aux petits
3. Protège la vie
4. Respecte les anciens
5. Conduis-toi humainement
6. Ne renonce pas
(extrait de la foi néo-ancestrale)
Après ‘la douce empoisonneuse’, ‘le lièvre de Vatanen’, ‘le meunier
hurlant’, je crois que j’ai trouvé mon chouchou d’auteur en Arto
Paasilinna ! Son style nordique, épuré, mais plein, ses héros
particuliers (petite vieille dans le premier, meunier simplet qui hurle
quand bonheur ou colère. Ici : le fils du dieu Ukko Ylijumala). Avec
son regard éclairé, sa poésie et son humour ponctuel (pour le sourire
surpris et ravi du lecteur), ses réflexions fines sur de nombreux
thèmes...Oui, définitivement, Arto Paasilinna est mon chouchou et ‘le
fils du dieu de l’orage’ (publié en 1984) se place comme l’une de mes
lectures préférées de l’auteur.
L’histoire : inquiétude au royaume des Dieux finnois oubliés.
Sont-ils encore d’actualité pour les hommes sur Terre ? Peuvent-ils
revenir sur le devant de la scène ? Comment faire pour récupérer les
fidèles chipés par Jésus ? Comme début de réponse, le fils du dieu de
l’orage est envoyé en Finlande contemporaine. Sa mission : enquête et
reconversion. Son apparence contraignante le force à emprunter le corps
d’un des rares derniers croyants de la religion ancestrale. Ce croyant
est Sampsa Pellervoinen et tient une boutique d’antiquités rue Ido
Roobert en ville. Il est soumis, yeux constamment rivés au sol, indécis
et sans volonté, et il se retrouve en vacances à durée indéterminée,
forcées mais appréciées. Tandis que son binôme divin, Rutja, les yeux
pleins d’éclairs bleus et de détermination, part en repérage.
Roman facile à digérer grâce à l’écriture souple et avec son
histoire genre normale, même si hallucinée. C’est beau d’y croire et de
se laisser porter, de suivre simplement ce dieu à travers sa traversée
moderne et humaine. Avec en bonus, la découverte de cette religion aux
attributions atypiques (Paara, le dieu de la banque et des intérêts
financiers, Pelto-Pekka, dieu de la bière ou encore un autre dédié
uniquement au seigle…). Première partie de l’ouvrage : constatation
divine avec adaptation humaine. Deuxième volet : action avec stratégie
de reconversion religieuse. Les deux sont drôles et agréables à lire,
mais leur rythme est différent. Celui de la deuxième partie est plus
lent, car l’action est lourde de fonctionnement : convertir via un
hôpital psychiatrique (??!) par une nouvelle méthode divine, la
fulgurothérapie (!). Chut, je n’en dirais pas plus…
Etrange, mais pourquoi pas, au contraire !!! Rutja n’hésite pas à
convaincre par des boules de feu en plein jour à Helsinki. Inspectrice
des impôts, journaliste, ouvriers, etc, les adeptes augmentent de
manière exponentielle.
Le passage que je préfère reste la première partie du roman: celle du
contact divin/humain. Rutja apprend les rudiments : manger, boire
alcoolisé, faire caca, s’adonner au plaisir charnel...Ces faits normaux
sont disséqués grâce à l’écriture fine et finnoise de l’auteur et au
regard nouveau du fils du dieu de l’orage. Un genre de microscope
objectif de nos comportements humains quotidiens et naturels. Pas
seulement en termes de gestes, mais également sur toutes sortes de
réflexions. Forcément, la religion en premier lieu, mais abordée d’une
nouvelle manière. De façon intelligente : il pointe un doigt sur les
incohérences de notre système avec légèreté, clarté et fermeté. Assez
étrange comme sensation, mais qui fait sourire par son évidence.
C’est la principale raison pour laquelle j’aime Arto Paasilinna :
sa faculté à associer histoire irréelle dans la réalité, discernement
et candeur, saupoudré d’humour (conséquence directe de la lucidité ?).
Il s’est fait plaisir ici en y ajoutant les possibilités que peuvent
offrir l’introduction du divin. Pouvoir inclure au roman des
menninkaïnens ou sylphides qui donnent de l’aide dans le bâtiment,
donne une touche différente. Je conseille donc ‘le fils du dieu de
l’orage’ pour une belle représentation d’une certaine folie nordique et
pour un plaisir de lecture contemporaine.
[Anne A.]
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