Blaise Gauquelin | Petit et méchant
[L'Altiplano - 2007]
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Un slogan aguicheur de la part de l’éditeur : le premier roman de
Blaise Gauquelin est un mixe entre roman d’anticipation, roman
d’actualité et roman historique. Connaissant l’investissement de
l’Altiplano pour des ouvrages peu communs et sans complexe, je suis
tout de même surprise par les 15 premières pages du roman-ci. Elles
racontent le bizutage du héros façon léchouilles d’anus dans grand
manoir avec moult précisions, techniques, passions et odeurs sur les
doigts. De prime abord, ces premières pages peuvent former une barrière
potentielle pour une certaine qualité future, un genre de sélection
naturelle envers les lecteurs. Si vous n’aimez pas le scato, pas
d’inquiétude, la suite est plus que soft…
Le héros : un jeune de la TV, par son côté droit, fidèle, strict et
respectueux des volontés de sa hiérarchie, peut faire penser au Herr
Lang de ‘La mort est mon métier’. Son histoire : sexuellement libre et
sans attache, autre que professionnelle à Paris, Balthazar rencontre
par hasard un Autrichien qui lui propose un plan à trois à Vienne, en
lui précisant que c’est le coup de foudre et qu’il a été sélectionné.
Besoin de partir, donc voyage pour Vienne. Là-bas, suite aux élections
présidentielles, l’Autriche se désunit de l’Europe, coupe ses
frontières, remet sa monnaie d’origine, liberté de la presse fusillée,
l’ouverture sociale passe l’arme à gauche. Bref, le pays devient
autarcique et adepte de la pensée unique. Balthazar, notre héros, y
reste, car il y est bien. Pourquoi pas. L’Autriche comme exemple
universel d’un futur probable ou d’une histoire passée ? Lien avec
notre récente élection française ? Vision à court terme qui laisse à
réfléchir ?
Roman d’anticipation. On peut croire, nous lecteurs, à l’intuition d’un auteur quand on ressent une probable direction future (ou passée comme avec ‘La nuit des temps’) par des indices pouvant convaincre. Ici, ceux-ci sont peu nombreux, incomplets ou manquants, comme sur les détails de la vie viennoise, de la machine politique ou même sur les sentiments. Difficile d’y croire et de plonger dans ce livre. Le héros est juste un homme marié qui subit avec cynisme et s’adapte avec opportunisme. Peu d’actions pour englober le tout. Il manque quelque chose qui rendrait ce roman vivant et complet. Du coup, un sentiment d’inabouti tout au long de ma lecture (d’inconfort aussi, comme peut le suggérer le titre). Le vice aurait pu être poussé plus loin, par exemple, dans le thème de ‘l’introduction’ (et l’auteur aurait pu se faire appeler ‘le Sade des Egouts’) ou décrire vraiment la ‘face cachée’ du milieu de la TV ou des organisations contestataires. Mon sentiment général : Blaise Gauquelin n’a pas approfondi son histoire et reste à la surface, à la manière de son héros : de la distance et de la force tranquille. C’est peut-être ça la nouveauté littéraire ?
Sinon, l’écriture est belle. Les mots sont souples, pas de répétitions et une recherche dans le vocabulaire. Définitivement, l’auteur sait manier les mots. Pour le moment, avec ‘Petit et méchant’, son traitement d’histoires ne m’a pas convaincu. Mais sa maîtrise des mots et des formules laisse préjuger un prochain roman possible d’attention plus soutenue. Ici, l’histoire est trop bancale (par le héros, les situations, les détails), et est trop peu crédible pour oser prétendre à de l’actualité, à de l’historique ou de l’anticipation. Avec le vécu de l’auteur (journaliste pour la radio publique autrichienne et vivant à Vienne), on pouvait s’attendre à quelques précisions, autres que le nom des rues et les plats locaux, avec une véritable couche d’atmosphère autrichienne. Je suis déçue par l’ensemble de l’ouvrage.
C’est possible aussi que je ne fasse pas partie du public visé ou avisé pour lire un tel roman. Mais je ne l’ai pas aimé, il ne m’a rien apporté d’intéressant, ni de divertissement. Mon conseil : si vous le croisez, passez votre chemin.
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