Gyles Brandreth | Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles
[Editions 10/18 - 2008]


Oscar Wilde, écrivain, esthète, homme du monde, n’a pas fini de faire
rêver. Par la grâce de l’imagination de Gyles Brandreth le voilà à
présent transformé en fin limier. Notre dandy se voit de fait jeté dans
les rouages de l’analyse criminelle lorsqu’il découvre par hasard le
corps d’un ami, jeune garçon beau à en mourir, égorgé au milieu d’une
chambre étrangement éclairée aux chandelles. L’hédoniste Oscar se lance
alors à la recherche de la vérité, entraînant à sa suite Robert Sherard,
son ami, futur biographe et notre narrateur, et plaçant ses
pérégrinations sous la figure tutélaire et amicale de Conan Doyle dont
il vient fort opportunément de faire la connaissance.
Tous les ingrédients du genre sont réunis : le cadavre disparu et son
corollaire, le crime impossible à prouver, le colis macabre en écho aux
tristes exploits de Jack l’Eventreur, et surtout la référence explicite
et récurrente au grand Sherlock Holmes. Et pourtant… entre conversations
littéraires et collations dans les restaurants les plus huppés du
temps, et malgré les innombrables trajets en cabs, l’enquête semble ne
pas avancer, sauf bien sûr pour l’esprit subtil du génial détective
improvisé. Robert, notre Watson de fortune, paraît en effet presque
complètement laissé en dehors des cogitations d’Oscar, tout comme nous…
Jusqu’au dernier acte, dans une mise en scène très classique qui aurait
ravi Agatha Christie : devant tous les acteurs du drame sagement réunis
dans un salon, autour du détective, la vérité est enfin révélée et tant
pis si elle n’est pas des plus vraisemblables…
Car, autant ne pas le cacher, l’ouvrage n’est pas sans décevoir un peu :
il souffre du défaut commun à beaucoup de romans à ancrage historique,
celui de vouloir à tout prix rattacher son histoire à un modèle reconnu,
tentation d’autant plus forte ici qu’Oscar Wilde a réellement fait
partie de l’élite intellectuelle. Dès lors, son amitié historique avec
Conan Doyle pourrait sembler autoriser la présence en filigrane de son
héros, si la référence n’était si insistante. Oscar est ainsi posé comme
un rival déclaré du fameux locataire de Baker Street et, par une
curieuse mise en abyme, le détective de papier se voit imité par un
personnage réel… devenu lui aussi un héros de roman. G. Brandreth n’a
certes pas osé le hisser jusqu’au rôle de modèle de Holmes, ce qui
aurait pu faire frémir un holmésien un peu frileux, mais les réflexions
en forme de clin d’œil que l’auteur place à tout va dans la bouche
d’Oscar n’en peuvent pas moins se révéler répétitives…
L’ensemble se caractérise ainsi par un soin un peu trop appliqué, une
bonne volonté trop manifeste de donner à tout prix corps à une figure du
passé, de recréer assez artificiellement une époque. Cet aspect
peut-être un peu superficiel de l’enquête masque mal ce qui paraît être
le but profond du roman, une évocation de l’homosexualité à la fin du
XIXe siècle et, à travers elle, faire avant tout le procès d’une
condamnation, offrir à Oscar Wilde une réhabilitation perçue avec les
yeux de notre époque. Et, quoique cette remise en question des
mentalités et cette peinture sociale ne peuvent sans doute pas se
comparer avec certains romans d’Anne Perry (son ‘Mariage impossible’ par
exemple, dont l’intrigue prend place quelques années plus tôt),
l’ouvrage fait tout de même mouche en nous communicant sa nostalgie
d’une personnalité originale, pleine d’aisance et de fantaisie. De fait,
tandis qu’Oscar détective nous laisse sur notre faim, Oscar le charmeur
arrive à nous retenir par sa verve et ses répliques spirituelles.
En bref, ce livre, quoiqu’un peu inconsistant, n’en reste pas moins une
lecture assez agréable, un intéressant "à la manière de" Conan Doyle qui
reprend avec un certain bonheur le style du maître. Par cette parenté
évidente, ce ‘Meurtre aux chandelles’, s’il n’est pas tout à fait un
pastiche à proprement parler, pose l’intéressante question de la
réception d’une œuvre classique de la littérature policière à ses
débuts.
[Becky]
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