Jack Ketchum | Une fille comme les autres
[Bragelonne - 2007]

« Sur ce point, je n’ai pas changé. »
La recette de ‘Marche ou crève’ (1979) rejaillit : des enfants, malgré
eux, sont embarqués à contempler et à participer au jeu de la mort, sous
l’influence d’un adulte autoritaire. Ici, il s’agit de la torture d’une gamine
dans un abri anti-atomique, dans un quartier propret de banlieue américaine,
dans les années 50.
Visuellement, on se retrouve dans une époque :
l’importance dans le foyer de la tv, du voisinage et ses non-dits, les sodas,
les tubes de musique de cette décennie… Avec des phrases courtes, ce décor, tout
prêt pour une adaptation film, s’impose et l’horreur se glisse facilement
dedans.
Le narrateur, David, est un adulte qui se replonge dans le
souvenir de son enfance et, surtout, le tragique été où, pré-ado, il fut le
témoin des sévices que subit Megan.
«
Elle représentait tout ce que je savais du sexe. Et tout ce que je savais de la
cruauté. L’espace d’un instinct, cette sensation me grisa aussi sûrement qu’un
vin capiteux. Je me sentais de nouveau l’un des leurs. »
L’intérêt de l’ouvrage réside dans l’ambiguïté des sentiments de David,
tantôt écœuré, tantôt excité, tantôt recroquevillé de terreur ou brave et épris
de justice. La progression crescendo des actes de torture, du mental des enfants
ou de la transformation (même physique) de la tortionnaire, est assez
troublante. On comprend aisément le bouche-à-oreille provoqué par ‘Une fille
comme les autres’ : une tension qui tient en haleine et ne fait décrocher le
lecteur, peu d'instants de répit et un besoin de connaître la suite. Comparable
à du Stephen King…celui-ci est, d’ailleurs, l’auteur de l'introduction de ce
roman. Monsieur King y dévoile et détaille chaque scène. A croire qu’il a voulu
pourrir le plaisir de lecture ou, même, son homologue. C’est un très mauvais
placement de texte. Donc WARNING sur l'introduction, elle pourrait tout vous
gâcher.
Le bémol de l’ouvrage est le fameux « tiré d’une histoire vraie
». Car en conclusion, soit l’auteur fait une mauvaise adaptation d’un fait
divers, soit le livre de Jack Ketchum apporte une terrible photographie de la
lâcheté humaine. Par ma naïveté, je ne peux croire que lorsque tout un quartier
(y compris les adultes) soupçonne ou est au courant, personne ne moufte. Ce
constat retranscrit dans le roman m’a beaucoup plus horrifiée que le rapport
bourreau / victime / voyeur obligé ou même les actes sévères de torture. Et la
réalité mise en doute, l’ensemble s’écroule en marshmallows, en laissant
parallèlement un goût extrêmement amer envers l’Homme.
Je garde donc un
souvenir mitigé sur l’ouvrage. D’un côté, la lecture est vraiment prenante
concernant l’horreur, les manipulations psycho, la perversion humaine, mais de
l’autre, il faut croire à une lâcheté forte de la part de l’être humain. Tout
dépendra donc du lecteur et de sa foi… ça me rappelle le film ‘L’Orphelinat’ de
Guillermo del Toro, certains trouvent la fin tragique, d’autres heureuse. Ce
livre est génial si on y croit.
[Anne A.]
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