James Ellroy | Ma part d'ombre
[Rivages/Noir - 1999]


James Ellroy réalise son autobiographie avec pour élément central le meurtre de sa propre mère.
Cet ouvrage se découpe en plusieurs chapitres, voire trois niveaux de température.
Le premier précise le déroulement de l’enquête après le meurtre. Les suspects, les interrogatoires, les numéros de téléphone, on suffoque par la froideur et le détail. Le sentiment étrange de détachement de la part de l’auteur rend vraiment mal à l’aise.
La seconde partie est consacrée à la bio même de l’auteur à partir de ce meurtre. Une période sombre. La vie avec son père, la haine envers sa rouquine de mère, les excréments de chien, l’alcoolisme, la drogue, le raisonnement voilé de la réalité, une enfance et une adolescence chaotiques, trempées dans l’acide et la solitude. Le lecteur se sent oppressé. Forcément, l’auteur confesse la souillure et l’obsession, et nous, spectateurs, nous partageons cette intimité malsaine. Coupables ? Oui, le côté voyeurisme rend complice de la personne « je » de l’auteur.
Heureusement, la troisième partie détend (mais ennuie un peu). L’atmosphère est toujours sombre. Désormais l’obsession devient nécessité comprise et non plus description sans prise d’une dérive. Une trentaine d’années se sont écoulées et James Ellroy décide de rouvrir le dossier non-classé de sa mère. En finir avec la rouquine. Autre ambiance, lourde, mais contrôlée. Les détails foisonnent et la lutte piétine dans la nuit, stagne et n’avance toujours pas. Combien d’espoirs s’évaporent à l’écoute des messages laissés sur le répondeur ?
On dira qu’un auteur romance forcément sa biographie. A la lecture de celle-ci, on émet des doutes. On retrouve cette ambiance sous pression et écorchée vive du ‘Dahlia noir’. ‘Ma part d’ombre’ l’explique et y fait d’ailleurs beaucoup référence. Le froid dans la description, la profusion de détails et de personnages, la fièvre des mots, l’obsession des enquêteurs… La particularité du style de l’auteur est indéniable.
‘Ma part d’ombre’ ne laisse pas insensible. Sorte de double thérapie, avec d’un côté la réouverture de la plaie constituée par le meurtre, et de l’autre, le besoin d'écrire la période de sa vie faite d’ombres et de fantômes. La noirceur est palpable.
Rarement un ouvrage ne m’avait autant chamboulée, autant mis mal à l’aise. A de nombreuses reprises, j’ai pensé stopper la lecture.
‘Ma part d’ombre’ est un ouvrage que je conseille après avoir lu d’autres écrits de James Ellroy. A mon avis, en première rencontre, c’est ardu et cela n’aurait pas le même impact.
[Anne A.]
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