Jasper Fforde Délivrez-moi !
[Editions 10-18 - 2005]
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« OK. Cinquième point : des anomalies orthographiques. On nous a signalé des mots à l'orthographe bizarre dans des textes du XIXe et du XXe siècle, alors ouvrez l'œil. Il s'agit vraisemblablement de texteurs qui s'amusent, mais il se pourrait que le virus orthographique soit de retour.
Il y eut des gémissements de l'assemblée.
- Allons, allons, du calme… j'ai dit seulement : « il se pourrait. » Le dictionnaire de Samuel Johnson l'a vaincu après l'épidémie de 1744, et le Lavinia-Webster ainsi que l'OED contrôlent la situation, mais il faut se méfier de l'apparition de nouvelles souches. Je sais bien que c'est fastidieux, mais je veux que la moindre faute d'orthographe soit rapportée au Chat, qui la transmettra à l'agent Libris au Grand Central du Texte. »
L'Homme à la Cloche, séance de Jurifiction.
Deuxième tome de la série avec Thursday Next. L'univers mis en place avec ‘L'affaire Jane Eyre' et l'imagination débordante de l'auteur, ce tome est un pur régal. Nous découvrons une nouvelle sphère au-dessus des OpSpecs 27 (brigade luttant pour le bien de la littérature, dans le monde réel), il s'agit de la Jurifiction ! Les personnages des romans, eux-mêmes, travaillent sur l'archivage, la cohérence, les raccords entre les romans… Ils organisent également des « Programmes d'échange entres personnages ». Et ce n'est pas tout !
Car Jasper Fforde est définitivement un fou, un féru de littérature, un génie de l'intrigue et des idées. Où va-t-il chercher tout ça ?!? Entre une fin du monde rose et visqueuse, l'éradication rendue possible par les ChronoGardes, la grande firme Goliath, la résurrection des Néandertaliens (pour approfondir le sujet, je vous conseille ‘ Les Néandertals : retour après une brève absence' de Gerhard Von Squid), la migration des mammouths sur une aire de pique-nique ou encore le prisonnier du ‘Corbeau'… Les sujets sont nombreux et les wagons se raccrochent parfaitement. La loufoquerie est désormais fine et intelligente. Il faut le lire pour le croire. On entre dedans pour ne plus en sortir ; le doute lié au premier tome n'est plus. Vivement la suite ! (disponible en librairie *soupir bienheureux*)
S'embarquer avec les personnages fictifs est un beau voyage. L'auteur leur donne, de manière très originale, vie et missions. La différence entre personnages réels et fictifs est floutée, les deux se mélangent dans un agréable bazar. Les points de repère s'estompent avec un plaisir inhabituel. Tout est chamboulé, même ma citation préférée « Les coïncidences sont les pires ennemis de la vérité » (Rouletabille, dans ‘La chambre jaune' de Gaston Leroux) tombe en morceaux avec ‘Délivrez-moi'. Car le paradoxe de l'entropie est ici un élément clef de la survie de Thursday, heureusement aidée par son bocal de grains de riz et de lentilles, qui sert à déterminer : si ça sent trop la coïncidence, c'est très mauvais signe…
Tout cela peut paraître très abstrait, débridé, aussi, la meilleure façon de l'appréhender est de se procurer l'ouvrage. Ce second tome peut se lire indépendamment du premier. Les références sont suffisantes pour combler les trous. Mais vous louperiez certains clins d'œil :
« Tu lui as montré ton appareil à effacer les souvenirs, Crofty ?
- Non, dis-je.
- Mais si, voyons, me reprit Mycroft avec un sourire. »
Véritable suite, ‘Délivrez-moi !' prend un simple appui sur ‘L'affaire Jane Eyre' et s'affirme par un contenu différent et riche. Il n'est également plus uniquement question de littérature classique anglo-saxonne, comme le prouvent ce blondinet réclamant le dessin d'un mouton ou le procès absurde de l'héroïne effectué dans le roman de Kafka. Tout est détourné et nous jubilons.
Oui, les romans de Jasper Fforde sont une expérience à vivre. Pour les amateurs de littérature, pour ceux désirant s'évader, pour ceux qui apprécient les auteurs doudingues, pour les paranos aimant l'humour et les mondes parallèles. Une très belle découverte pour ma part, la meilleure depuis un certain temps.
Il y eut des gémissements de l'assemblée.
- Allons, allons, du calme… j'ai dit seulement : « il se pourrait. » Le dictionnaire de Samuel Johnson l'a vaincu après l'épidémie de 1744, et le Lavinia-Webster ainsi que l'OED contrôlent la situation, mais il faut se méfier de l'apparition de nouvelles souches. Je sais bien que c'est fastidieux, mais je veux que la moindre faute d'orthographe soit rapportée au Chat, qui la transmettra à l'agent Libris au Grand Central du Texte. »
L'Homme à la Cloche, séance de Jurifiction.
Deuxième tome de la série avec Thursday Next. L'univers mis en place avec ‘L'affaire Jane Eyre' et l'imagination débordante de l'auteur, ce tome est un pur régal. Nous découvrons une nouvelle sphère au-dessus des OpSpecs 27 (brigade luttant pour le bien de la littérature, dans le monde réel), il s'agit de la Jurifiction ! Les personnages des romans, eux-mêmes, travaillent sur l'archivage, la cohérence, les raccords entre les romans… Ils organisent également des « Programmes d'échange entres personnages ». Et ce n'est pas tout !
Car Jasper Fforde est définitivement un fou, un féru de littérature, un génie de l'intrigue et des idées. Où va-t-il chercher tout ça ?!? Entre une fin du monde rose et visqueuse, l'éradication rendue possible par les ChronoGardes, la grande firme Goliath, la résurrection des Néandertaliens (pour approfondir le sujet, je vous conseille ‘ Les Néandertals : retour après une brève absence' de Gerhard Von Squid), la migration des mammouths sur une aire de pique-nique ou encore le prisonnier du ‘Corbeau'… Les sujets sont nombreux et les wagons se raccrochent parfaitement. La loufoquerie est désormais fine et intelligente. Il faut le lire pour le croire. On entre dedans pour ne plus en sortir ; le doute lié au premier tome n'est plus. Vivement la suite ! (disponible en librairie *soupir bienheureux*)
S'embarquer avec les personnages fictifs est un beau voyage. L'auteur leur donne, de manière très originale, vie et missions. La différence entre personnages réels et fictifs est floutée, les deux se mélangent dans un agréable bazar. Les points de repère s'estompent avec un plaisir inhabituel. Tout est chamboulé, même ma citation préférée « Les coïncidences sont les pires ennemis de la vérité » (Rouletabille, dans ‘La chambre jaune' de Gaston Leroux) tombe en morceaux avec ‘Délivrez-moi'. Car le paradoxe de l'entropie est ici un élément clef de la survie de Thursday, heureusement aidée par son bocal de grains de riz et de lentilles, qui sert à déterminer : si ça sent trop la coïncidence, c'est très mauvais signe…
Tout cela peut paraître très abstrait, débridé, aussi, la meilleure façon de l'appréhender est de se procurer l'ouvrage. Ce second tome peut se lire indépendamment du premier. Les références sont suffisantes pour combler les trous. Mais vous louperiez certains clins d'œil :
« Tu lui as montré ton appareil à effacer les souvenirs, Crofty ?
- Non, dis-je.
- Mais si, voyons, me reprit Mycroft avec un sourire. »
Véritable suite, ‘Délivrez-moi !' prend un simple appui sur ‘L'affaire Jane Eyre' et s'affirme par un contenu différent et riche. Il n'est également plus uniquement question de littérature classique anglo-saxonne, comme le prouvent ce blondinet réclamant le dessin d'un mouton ou le procès absurde de l'héroïne effectué dans le roman de Kafka. Tout est détourné et nous jubilons.
Oui, les romans de Jasper Fforde sont une expérience à vivre. Pour les amateurs de littérature, pour ceux désirant s'évader, pour ceux qui apprécient les auteurs doudingues, pour les paranos aimant l'humour et les mondes parallèles. Une très belle découverte pour ma part, la meilleure depuis un certain temps.
[Anne A.]









