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Les désastres engendrés par la peur de l'altérité, par le besoin de dominer, étendre son système de pensée par la force, tout cela par crainte de l'échange, par crainte de perdre. Comment la lâcheté s'est trouvé des avocats, des scientifiques, des prédicateurs. Aimé Césaire dénonçait le drame en 1955, à travers son 'Discours sur le colonialisme', un texte intense, violent, et tendre, au fond, par sa foi vivante en l'homme qui peut grandir.

Il dénonçait pour ouvrir les yeux fatigués et abêtis, les yeux qui se détournent, qui oublient et geignent soudain, lorsque la barbarie s'abat devant leurs portes. Le nazisme, cette sauvagerie que nous avons consentie ailleurs, se tapotant le ventre paternaliste, satisfait d'apporter sécurité, culture et juridisme par le vol, la torture et le viol. L'esprit colonialiste ne pouvait mener qu'au nazisme.

Césaire engagé, avec la négritude comme arme, et non comme fin en soi. La revendication de reconnaissance de cultures et de leur histoire, une revendication d'humanité et d'égalité. Tapant le poing sur la table pour que l'Occident reconnaisse l'erreur, le meurtre. Ecrivant avec passion pour qu'une fois l'abominable admis, qu'ensemble nous puissions dépasser, créer une société nouvelle. Puisqu'il est impossible de rallumer la flamme de ce qui fut mis en terre par les armes.

Il pensait alors au communisme, à une révolution du prolétariat. Et le communisme l'a déçu, le parti ayant encouragé la répression en Algérie, approuvé Staline et mis l'URSS au centre de l'Internationale tout en préservant un culte de la personnalité. L'erreur du communisme de s'être calqué au langage de la force, le langage existant. Plutôt que de se nourrir de la beauté de ce vœu commun et d'avancer ensemble différemment.

Au cœur de cette remise en question, cette actualité de l'urgence, de la confusion, de la blessure, comment faire au mieux avec ce qui est ? Interroger. Se planter devant chacun et questionner son rapport à l'altérité, pour que tous nous prenions conscience de notre propre endormissement, de notre hypocrisie à œuvrer les yeux mi-clos et entretenir le malaise. Sans comprendre que l'ignorance perpétue le crime odieux de ne pas reconnaître autrui.

Ce texte est toujours d'actualité, plus que jamais d'ailleurs, car il est temps de comprendre et d'avancer. La faute n'est pas enfermée dans le coffre scellé du passé. Les préjugés demeurent, la décolonisation intellectuelle a encore du chemin devant elle. Face au politiquement correct, aux concessions de représentations télévisuelles, au drame de la condamnation dès l'école à rester colonisé chez le colonisateur. Où les yeux, toujours, se détournent, jugent, s'inquiètent de leur sécurité, étalent leurs bonnes intentions devant autrui mais toujours, se méfient.

Il n'est pas question de renverser les rapports de violence, d'obtenir la culpabilité, mais de crever l'abcès, de réaliser comment tous, par l'ignorance et l'éloignement conceptuel, nous entretenons la différence, l'injustice, la barbarie.

Un regard sur l'altérité, apprendre les leçons de l'histoire et comprendre qu'il n'y a qu'un pas du comportement individuel au collectif. Face au non-blanc, au blanc. L'autre dans ce qu'il est de similaire et de différent, une affaire d'attention réelle et de respect. Peut-être commencer à s'interroger sur ses craintes et ses attentes au sein de sa propre famille, voir comment notre égoïsme naît au berceau. Qu'il est plus facile d'acquérir par la force pour se venger du peu reçu que d'écouter et d'admettre.

Aimé Césaire s'est éteint en 2008. Sa pensée, son cri, son combat, il faut les continuer. Il faut instruire, et avant cela se regarder en face. Questionner l'altérité. Dépasser les craintes qu'elle engendre et créer une société nouvelle.

Le 'Discours sur le colonialisme' n'est resté qu'une année au programme de terminale, en 1993. Le texte a fait peur par sa langue, belle, mais jugée hermétique. Il fallait pourtant privilégier la compréhension du flot vivant par rapport à l'écueil d'expliciter les mots peu usités, les personnalités oubliées. On a refusé de comprendre l'universalité de ce cri d'espoir. Parler politique à l'école semble une folle utopie. Parler du colonialisme, du bout des lèvres pour le moment, cela mènerait à expliquer à quoi mène vraiment le capitalisme. Tous deux sont une structure prônant la chosification de l'humain, et se cachant derrière des babillages hypocrites sur les droits de l'homme qui ne sauraient être que partiels, du côté des dominants.

On souhaite des groupes de conversation au collège, au lycée, entre élèves et professeurs de toutes cultures. Réfléchir ensemble, non pas pour la gloire de l'écrivain, de la littérature, de notre sacro-sainte culture, mais pour l'homme. Réfléchir demain au-delà de la feuille quadrillée, du manuel biaisé d'histoire. Faire vivre les idées et ne plus manier des boîtes. Oui, il y aurait probablement moins de candidats aux écoles de commerce, et pourtant certains s'interrogent déjà en leur sein sur des systèmes alternatifs. Un comportement évolutif commence à fleurir dans chaque domaine de notre société. A l'école de suivre, de vraiment expliquer, de cesser d'empiler les idées dans des classeurs hagards.

Découvrir la pensée de Césaire est indispensable. Textuel propose une solution percutante : le support audio. Le texte est déclamé avec feu par Antoine Vitez dont la voix transporte et fait honneur à la passion de l'auteur. Le tout accompagné d'une brillante analyse de Daniel Delas, qui nous démontre à quel point nos dignitaires peuvent encore se permettre de distribuer des sourires paternalistes lors de discours en terres colonisées par le passé, et toujours souffrant des conséquences d'hier.

[Clémence]

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Aimé Césaire - Discours sur le colonialisme

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