Papercuts, le webzine qui tranche
Dernier ouvrage de Camus, il vous laissera comme les précédents en
plein désarroi face à un monde condamné qu'il analyse avec autant
d'acuité que de désespoir. Cela lui vaut d'ailleurs le prix Nobel en
1957.
Dans ce gigantesque monologue, un certain Jean-Baptiste Clamance
déverse sur l'inévitable duplicité de la nature humaine. Au travers de
ce personnage, au premier abord diablement agaçant par sa suffisante,
on découvre peu à peu la confession derrière la parade.
Un événement aura tourné la fierté vers l'intériorité. La découverte de
sa propre lâcheté, de sa générosité par intérêt. Le besoin de rayonner
afin d'oublier la peur de l'abandon. L'individu, intelligent et absolu
de froideur ouvre son cœur à un inconnu désireux de l'écouter, retiré
dans un bar douteux d'Amsterdam.
Le narrateur se fait « juge-pénitent », dressant avec art son triste portrait afin que le reste de l'humanité puisse s'y refléter. Camus reprochait cela aux existentialistes. Il y eut grande brouille avec Sartre à ce propos quelques années auparavant car il refusait de s'engager à leurs côtés. D'origine pamphlétaire, donc, l'ouvrage inclut finalement son auteur qui trace les contours d'une faiblesse dont personne n'est exempt, pas même celui qui a le mérite d'y voir clair.
Camus offre à son personnage un amour de la symbolique qui ne le caractérisait guère. Si Clamance se réfugie dans une ville de ponts et d'eaux froides, c'est pour mieux se punir de ne pas avoir secouru une jeune femme de la noyade. Le mouvement concentrique des canaux lui rappelle celui des cercles de l'enfer de Dante. Pourtant, une rédemption est secrètement espérée, dans l'évocation d'une vie simple et sincère sur les rivages grecs ou dans la pureté d'une neige citadine malheureusement trop vite mêlée de boue.
Lyrisme et théâtralité venant agrémenter le propos, La Chute regorge d'images et d'ambiguïtés sur la religion, la philosophie ou simplement la psyché de l'auteur, le personnage étant assez profond pour que quelques interrogations aient lieu d'être.
[Clémence]









