Papercuts, le webzine qui tranche
Le 3 mai 1979, Margareth Thatcher devient Premier Ministre du Royaume-Uni. Elle accède au pouvoir après une campagne de presse énergique contre le parti travailliste avec ce slogan ironique « Labour is not working ». La Dame de Fer, surnom qui lui avait été attribué par un journal soviétique en raison de son anticommunisme radical, lance une série de réformes drastiques visant à résorber le chômage galopant dans les villes du nord du Royaume au travers de la baisse de la pression fiscale, par d'importantes privatisations et par une fermeté inédite face aux syndicats (notamment lors de la grande grève de 1984-85 évoquée par le film Billy Elliott).
Au moment de son arrivée au pouvoir, le punk (parmi d'autres formes de contestation issues entre autres du mouvement situationniste) fait des ravages dans les pubs anglais. Mais d'autres groupes que les Clash ou les Sex Pistols aux discours puérils mais efficaces sur les foules voient le jour. Positions plus extrêmes, discours radicaux (en raccord avec les hooligans de nombreux clubs anglais de foot, voir numéro 55 de l'excellente revue So Foot) et musique de plus en plus abrutissante : bienvenue dans le monde des Discharge, Crass et autres Exploited.
Pour les jeunes glandeurs des banlieues de Birmingham, Coventry ou Leeds, quoi de plus fascinant que la hargne et la puissance dégagée par ces musiciens ? Et quoi de plus exaltant que de se lancer dans ce concours de vitesse ? Parmi les pionniers de cette scène d'allumés de la rapidité : Mick Harris et Justin Broadrick, qui participent aux premiers jours de Napalm Death, incontestable figure tutélaire de cette nouvelle scène musicale. Après de nombreux concerts dans des endroits tous aussi pourris les uns que les autres mais avec une ambiance toujours aussi survoltée voire dangereuse, le temps vient de se faire connaître au monde. Poussé par les aides gouvernementales incitant fortement les jeunes oisifs à se bouger la rondelle, Digby Pearson va fonder le label de l'underground, Earache, qui assurera la promotion de ces jeunes combos dits grindcore.
C'est à partir de ce moment-clé (soit les années 1985-86) que Albert Mudrian devient moins intéressant tant son catalogage peut apparaître fastidieux pour le néophyte. Il nous conte en effet avec force détails l'évolution et la création de nombreux groupes de par le monde par le biais des déclarations fanfaronnes de multiples activistes de la scène. Et c'est là où l'on se rend compte très rapidement que l'on tourne en rond tant ces discours sont creux et peu intéressants. Exemple type : « Je n'avais rien d'autre à glander dans ma banlieue de merde donc je me suis mis à la guitare. J'ai rencontré un type dans un magasin de disques avec une veste à patches et notamment un patch Siege. Je me suis dit qu'il devait être un chic type et on s'est mis à faire de la musique. Et c'était cool mec ! » (discours valable pour un puceau suédois, un ado floridien désoeuvré ou un briton au chômage). Si l'on passe outre cette répétition d'éloges à la fainéantise, certains personnages apparaissent plus fascinants (ça ne veut pas dire intéressants) que d'autres et parmi eux Glen Benton, le crétin-hurleur en chef de Deicide, formation ô combien indispensable du death-metal, qui orne la couverture de cet opuscule avec sa jolie croix renversée imprimée au fer rouge sur le front.
Monte Conner en parle encore avec délectation : « Un jour j'étais assis à mon bureau et Glen Benton a déboulé, il a jeté une cassette sur mon bureau et a dit : ‘Signe-nous, putain de connard !' Et il s'est barré. J'étais au téléphone. La cassette était une démo de six titres et bien sûr ça avait été enregistré aux Morrisound Studios avec Scott Burns et je me suis dit : ‘Qu'est-ce que c'est que cette merde ?' Je l'ai écoutée et j'ai été époustouflé. C'est comme ça que Deicide a été signé chez Roadrunner ». S'ensuit une évocation de l'épisode où Benton tire sur un écureuil dans son salon, moment le plus savoureux de la lecture de cet ouvrage.
Après le succès grandissant dans les premières années des 90's, Mudrian n'oublie pas d'évoquer le revers de la médaille, à savoir la « crise » de 1995 où de nombreuses majors qui avaient pris de groupes de metal sous leurs ailes retournèrent leurs vestes au profit des chemises à carreaux de l'ouest des Etats-Unis. Mais au final tout va pour le mieux vu que le death reste underground et renaîtra de ses cendres, que l'argent c'est pas bien, et vive le son tout pourri et blablabla… Faute de goût pour finir son historique du death metal : finir avec cette grue décérébrée d'Angela Gossow !
Au final, un ouvrage plutôt mal traduit, intéressant surtout pour ses quatre premiers chapitres, utile pour qui voudrait découvrir les groupes essentiels de la scène, malgré quelques oublis (quid de la scène hollandaise, française, sud-américaine – autre que Sepultura – et surtout japonaise, évoquer aussi succinctement Brutal Truth, Incantation) mais qui pâtit avant tout du manque de conviction de ses intervenants (au contraire d'un autre ouvrage de la collection « Black metal satanique : les seigneurs du chaos », forcément plus polémique – de par les choix mêmes de l'auteur – mais bien plus effrayant à la lecture).
Ne nous quittons pas sans rappeler ces quelques mots de Henry Rollins : « Le hardcore – permettons-nous d'y associer le grindcore et le death - c'est jamais que du punk joué plus vite par des gros beaufs ricains qui font de la muscu et qui passent leur temps assis dans un fauteuil à regarder du sport une bière à la main ».
Au moment de rédiger cette chronique, je dégustais une bière trappiste en regardant une étape du Tour de France…
Au moment de son arrivée au pouvoir, le punk (parmi d'autres formes de contestation issues entre autres du mouvement situationniste) fait des ravages dans les pubs anglais. Mais d'autres groupes que les Clash ou les Sex Pistols aux discours puérils mais efficaces sur les foules voient le jour. Positions plus extrêmes, discours radicaux (en raccord avec les hooligans de nombreux clubs anglais de foot, voir numéro 55 de l'excellente revue So Foot) et musique de plus en plus abrutissante : bienvenue dans le monde des Discharge, Crass et autres Exploited.
Pour les jeunes glandeurs des banlieues de Birmingham, Coventry ou Leeds, quoi de plus fascinant que la hargne et la puissance dégagée par ces musiciens ? Et quoi de plus exaltant que de se lancer dans ce concours de vitesse ? Parmi les pionniers de cette scène d'allumés de la rapidité : Mick Harris et Justin Broadrick, qui participent aux premiers jours de Napalm Death, incontestable figure tutélaire de cette nouvelle scène musicale. Après de nombreux concerts dans des endroits tous aussi pourris les uns que les autres mais avec une ambiance toujours aussi survoltée voire dangereuse, le temps vient de se faire connaître au monde. Poussé par les aides gouvernementales incitant fortement les jeunes oisifs à se bouger la rondelle, Digby Pearson va fonder le label de l'underground, Earache, qui assurera la promotion de ces jeunes combos dits grindcore.
C'est à partir de ce moment-clé (soit les années 1985-86) que Albert Mudrian devient moins intéressant tant son catalogage peut apparaître fastidieux pour le néophyte. Il nous conte en effet avec force détails l'évolution et la création de nombreux groupes de par le monde par le biais des déclarations fanfaronnes de multiples activistes de la scène. Et c'est là où l'on se rend compte très rapidement que l'on tourne en rond tant ces discours sont creux et peu intéressants. Exemple type : « Je n'avais rien d'autre à glander dans ma banlieue de merde donc je me suis mis à la guitare. J'ai rencontré un type dans un magasin de disques avec une veste à patches et notamment un patch Siege. Je me suis dit qu'il devait être un chic type et on s'est mis à faire de la musique. Et c'était cool mec ! » (discours valable pour un puceau suédois, un ado floridien désoeuvré ou un briton au chômage). Si l'on passe outre cette répétition d'éloges à la fainéantise, certains personnages apparaissent plus fascinants (ça ne veut pas dire intéressants) que d'autres et parmi eux Glen Benton, le crétin-hurleur en chef de Deicide, formation ô combien indispensable du death-metal, qui orne la couverture de cet opuscule avec sa jolie croix renversée imprimée au fer rouge sur le front.
Monte Conner en parle encore avec délectation : « Un jour j'étais assis à mon bureau et Glen Benton a déboulé, il a jeté une cassette sur mon bureau et a dit : ‘Signe-nous, putain de connard !' Et il s'est barré. J'étais au téléphone. La cassette était une démo de six titres et bien sûr ça avait été enregistré aux Morrisound Studios avec Scott Burns et je me suis dit : ‘Qu'est-ce que c'est que cette merde ?' Je l'ai écoutée et j'ai été époustouflé. C'est comme ça que Deicide a été signé chez Roadrunner ». S'ensuit une évocation de l'épisode où Benton tire sur un écureuil dans son salon, moment le plus savoureux de la lecture de cet ouvrage.
Après le succès grandissant dans les premières années des 90's, Mudrian n'oublie pas d'évoquer le revers de la médaille, à savoir la « crise » de 1995 où de nombreuses majors qui avaient pris de groupes de metal sous leurs ailes retournèrent leurs vestes au profit des chemises à carreaux de l'ouest des Etats-Unis. Mais au final tout va pour le mieux vu que le death reste underground et renaîtra de ses cendres, que l'argent c'est pas bien, et vive le son tout pourri et blablabla… Faute de goût pour finir son historique du death metal : finir avec cette grue décérébrée d'Angela Gossow !
Au final, un ouvrage plutôt mal traduit, intéressant surtout pour ses quatre premiers chapitres, utile pour qui voudrait découvrir les groupes essentiels de la scène, malgré quelques oublis (quid de la scène hollandaise, française, sud-américaine – autre que Sepultura – et surtout japonaise, évoquer aussi succinctement Brutal Truth, Incantation) mais qui pâtit avant tout du manque de conviction de ses intervenants (au contraire d'un autre ouvrage de la collection « Black metal satanique : les seigneurs du chaos », forcément plus polémique – de par les choix mêmes de l'auteur – mais bien plus effrayant à la lecture).
Ne nous quittons pas sans rappeler ces quelques mots de Henry Rollins : « Le hardcore – permettons-nous d'y associer le grindcore et le death - c'est jamais que du punk joué plus vite par des gros beaufs ricains qui font de la muscu et qui passent leur temps assis dans un fauteuil à regarder du sport une bière à la main ».
Au moment de rédiger cette chronique, je dégustais une bière trappiste en regardant une étape du Tour de France…
[Meule]









