Papercuts, le webzine qui tranche
[Titre original : Questa storia,
Parution italienne : 2005]
Certaines lectures vous font tant éprouver qu'elles vous inspirent de prime abord un mutisme impuissant, contenant tout un flot de paroles désordonnées, enthousiastes et émues. Pourtant il faudrait pouvoir l'expliquer, ce sentiment complexe, évoquer les images, les sourires conquis, les petits rires francs bondissant au-dessus des pages, le regard profond, vers l'intérieur, ce regard qui croit avoir compris la guerre, l'essence d'une histoire qui n'est pas la sienne. Une vie d'homme. Un homme qui aura laissé une impression intense dans l'existence de ceux qui auront partagé un chapitre de son parcours, de son circuit. Un circuit, oui, hanté d'automobiles rutilantes et meurtrières ; celles des premières courses, celles qui font rêver, qui appellent les foules au bord de la route. Et cet homme qui ne laisse personne indifférent, il me rappelle un peu le doux visiteur que Pasolini met en scène dans son fabuleux 'Théorème' - dont je ne connais que le livre, inoubliable plaisir littéraire -, juste pour cet impact qu'il a sur les gens, cette manière de marquer leur vie. Autre écho au grand auteur italien : l'odeur de la terre et des blés à la tombée du soir, dans la chaleur estivale qui s'apaise. On le sent très précisément, ce parfum, et on s'en enivre un peu.
Après avoir lu 'Les châteaux de la colère', on est encore pris de vertige, mais différemment. Il y a pourtant la vitesse, l'écriture qui vrombit. Il y a cette obsession de la piste et des moteurs. Mais la mélodie est différente, plus lente, plus profonde. 'Les châteaux de la colère' vous laisse enragé, abasourdi de beauté et de bruit. Ici, on se trouve profondément touché par ce même type de beauté qui dort puis affleure, puis retourne sommeiller au fond de l'onde. Une beauté inouïe qui réalise ce petit miracle que vous jugeriez un peu niais, celui de retomber amoureux de la vie, de l'amour, du destin. De saisir dans toute son étendue la courbe d'un rêve, la splendeur d'une séquence, d'une parenthèse. Il y a cette joie curieuse qui palpite encore, quelques minutes après avoir fermé le livre, et tandis que j'écris cette chronique, persuadée que je lirai un à un tous les livres de cet auteur, doucement, dans les années qui viennent, je ne peux que souhaiter de tout mon cœur que beaucoup auront la curiosité d'aller y jeter un œil, sur cette écriture de musicien, sur cet univers qui comprend si bien le silence, le regard dans le lointain. Une écriture qui donne envie, de tout, d'y aller. Une expérience intense en tous les cas.
Parution italienne : 2005]
Certaines lectures vous font tant éprouver qu'elles vous inspirent de prime abord un mutisme impuissant, contenant tout un flot de paroles désordonnées, enthousiastes et émues. Pourtant il faudrait pouvoir l'expliquer, ce sentiment complexe, évoquer les images, les sourires conquis, les petits rires francs bondissant au-dessus des pages, le regard profond, vers l'intérieur, ce regard qui croit avoir compris la guerre, l'essence d'une histoire qui n'est pas la sienne. Une vie d'homme. Un homme qui aura laissé une impression intense dans l'existence de ceux qui auront partagé un chapitre de son parcours, de son circuit. Un circuit, oui, hanté d'automobiles rutilantes et meurtrières ; celles des premières courses, celles qui font rêver, qui appellent les foules au bord de la route. Et cet homme qui ne laisse personne indifférent, il me rappelle un peu le doux visiteur que Pasolini met en scène dans son fabuleux 'Théorème' - dont je ne connais que le livre, inoubliable plaisir littéraire -, juste pour cet impact qu'il a sur les gens, cette manière de marquer leur vie. Autre écho au grand auteur italien : l'odeur de la terre et des blés à la tombée du soir, dans la chaleur estivale qui s'apaise. On le sent très précisément, ce parfum, et on s'en enivre un peu.
Après avoir lu 'Les châteaux de la colère', on est encore pris de vertige, mais différemment. Il y a pourtant la vitesse, l'écriture qui vrombit. Il y a cette obsession de la piste et des moteurs. Mais la mélodie est différente, plus lente, plus profonde. 'Les châteaux de la colère' vous laisse enragé, abasourdi de beauté et de bruit. Ici, on se trouve profondément touché par ce même type de beauté qui dort puis affleure, puis retourne sommeiller au fond de l'onde. Une beauté inouïe qui réalise ce petit miracle que vous jugeriez un peu niais, celui de retomber amoureux de la vie, de l'amour, du destin. De saisir dans toute son étendue la courbe d'un rêve, la splendeur d'une séquence, d'une parenthèse. Il y a cette joie curieuse qui palpite encore, quelques minutes après avoir fermé le livre, et tandis que j'écris cette chronique, persuadée que je lirai un à un tous les livres de cet auteur, doucement, dans les années qui viennent, je ne peux que souhaiter de tout mon cœur que beaucoup auront la curiosité d'aller y jeter un œil, sur cette écriture de musicien, sur cet univers qui comprend si bien le silence, le regard dans le lointain. Une écriture qui donne envie, de tout, d'y aller. Une expérience intense en tous les cas.
[Clémence]









