Papercuts, le webzine qui tranche
Les fans d'Arto ne seront pas déçus. En effet, les délicieux
ingrédients des précédents ouvrages se retrouvent ici : décors,
naïveté, humour, rencontres et situations de personnages incongrues. Un
élément poilu change : l'animal de compagnie. C'était un renard dans
‘La forêt des renards pendus', un lièvre dans ‘le lièvre de Vatanen',
ici, « Le bestial serviteur » est plus compliqué à trouver, puisqu'il
s'agit d'un ours (qui, d'ailleurs, ressemble à celui qui pêche sur la
couverture de ce roman folio).
« Avec une logique toute féminine, Astrid Sahari empoigna des deux mains les câbles sous tension. Un immense arc électrique jaillit : la pauvre femme fut d'abord saisie comme un rosbif, puis cuite à point comme un gigot à l'étouffée, et enfin desséchée et racornie comme un lavaret grillé sur la braise.
Le sort de l'ourse protégeant ses petits ne fut pas plus heureux : elle planta ses crocs dans le pied fumant de l'organisatrice de banquets et reçut comme récompense une décharge électrique peut-être encore plus terrible que la première. (…)
Deux oursons geignaient en haut d'un sapin, le cœur serré d'une peur affreuse. Ils n'avaient pas encore compris qu'ils étaient désormais orphelins. »
Pour son cinquantième anniversaire, les habitants de Nummenpäa offrent à leur pasteur Oskar un des oursons orphelins. Tendresse et complicité s'installent. Parallèlement à l'éducation de l'ours sur la civilité (ex. : maîtrise des WC humains ou de la préparation de valises de voyage), la vie du pasteur change : perte de La foi, des gens qui saoûlent…Donc naturellement, il prendra le large avec son ours.
Comme Arto et imagination riment ensemble : un ours et un pasteur sont sur un bateau, que font-ils ? Mais pardi ! Un spectacle de music-hall où le compagnon velu (comprendre, bien sûr : l'ours) repasse des chemises et se signe plein de dévotion. Spectacle qui les entraînera sur les mers jusqu'à Malte et fera un tabac lors de la convention œcuménique internationale.
Une critique aigre-douce se profile au fil des pages sur les incohérences de la religion et les possibles changements modernes pré-avortés. Sans être omniprésent, ça attache. La façon de critiquer est originale, comme ce fut le cas de ce dieu ancestral dans ‘Le fils du Dieu de l'Orage'. Mais ceci est une autre histoire (chroniquée dans Papercuts)…
La greffe. La greffe des histoires ravit, charme et encourage le lecteur à la poursuite de sa lecture. Aussi, à l'histoire principale du voyage, s'y ajoute le début d'un nouveau sport ascensionnel, des captations de messages extraterrestres, des préoccupations (très partielles) sur les conditions animales ou encore la visite d'une ancienne base militaire soviétique sur une île de la Mer Blanche. Par le côté extravagant qui se déroule calmement, on ne peut pas se gourer : Arto Paasilinna se trouve bien dans ses pages.
Cet humour décalé surprend plusieurs fois et la fraîcheur intense des lieux et des situations donne un certain regard neuf et drôle sur le monde. Troublant, attachant, mais naturellement.
Comme le nom donné à l'ours :
« Par les cornes de Belzéb… »
« Le pasteur lança un regard noir à son épouse. Le moment était mal choisi pour laisser échapper des jurons, même si le cadeau d'anniversaire laissait pantois. Mais le mal était fait, de ce jour on appela tout naturellement l'ourson Belzéb. »
Méthode simple, utilisée avec le nom du renard qui chipa un billet de 500 balles dans la neige et qui fut surnommé Cinq-Cents-Balles. Non, la prise de tête se situe ailleurs, à l'extérieur, et ne s'immisce jamais entre le lecteur et un ouvrage d'Arto Paasilinna. Juste de la détente, un côté loufoque et de la tendresse.
Suivre la péripétie du narrateur principal, par la personne de ce pasteur qui n'y croit plus trop, ou alors différemment contre tous, nous fait agréablement voyager. ‘Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen' est un bel ouvrage. Donc si vous ne connaissez pas l'auteur, celui-ci, pourquoi pas, car la magie opère très bien. Si vous connaissez, celui-là comme un autre de ses romans.
« Aujourd'hui, en astronomie, on entend par « sérendipité » l'art de faire par hasard des découvertes intéressantes. »
« Avec une logique toute féminine, Astrid Sahari empoigna des deux mains les câbles sous tension. Un immense arc électrique jaillit : la pauvre femme fut d'abord saisie comme un rosbif, puis cuite à point comme un gigot à l'étouffée, et enfin desséchée et racornie comme un lavaret grillé sur la braise.
Le sort de l'ourse protégeant ses petits ne fut pas plus heureux : elle planta ses crocs dans le pied fumant de l'organisatrice de banquets et reçut comme récompense une décharge électrique peut-être encore plus terrible que la première. (…)
Deux oursons geignaient en haut d'un sapin, le cœur serré d'une peur affreuse. Ils n'avaient pas encore compris qu'ils étaient désormais orphelins. »
Pour son cinquantième anniversaire, les habitants de Nummenpäa offrent à leur pasteur Oskar un des oursons orphelins. Tendresse et complicité s'installent. Parallèlement à l'éducation de l'ours sur la civilité (ex. : maîtrise des WC humains ou de la préparation de valises de voyage), la vie du pasteur change : perte de La foi, des gens qui saoûlent…Donc naturellement, il prendra le large avec son ours.
Comme Arto et imagination riment ensemble : un ours et un pasteur sont sur un bateau, que font-ils ? Mais pardi ! Un spectacle de music-hall où le compagnon velu (comprendre, bien sûr : l'ours) repasse des chemises et se signe plein de dévotion. Spectacle qui les entraînera sur les mers jusqu'à Malte et fera un tabac lors de la convention œcuménique internationale.
Une critique aigre-douce se profile au fil des pages sur les incohérences de la religion et les possibles changements modernes pré-avortés. Sans être omniprésent, ça attache. La façon de critiquer est originale, comme ce fut le cas de ce dieu ancestral dans ‘Le fils du Dieu de l'Orage'. Mais ceci est une autre histoire (chroniquée dans Papercuts)…
La greffe. La greffe des histoires ravit, charme et encourage le lecteur à la poursuite de sa lecture. Aussi, à l'histoire principale du voyage, s'y ajoute le début d'un nouveau sport ascensionnel, des captations de messages extraterrestres, des préoccupations (très partielles) sur les conditions animales ou encore la visite d'une ancienne base militaire soviétique sur une île de la Mer Blanche. Par le côté extravagant qui se déroule calmement, on ne peut pas se gourer : Arto Paasilinna se trouve bien dans ses pages.
Cet humour décalé surprend plusieurs fois et la fraîcheur intense des lieux et des situations donne un certain regard neuf et drôle sur le monde. Troublant, attachant, mais naturellement.
Comme le nom donné à l'ours :
« Par les cornes de Belzéb… »
« Le pasteur lança un regard noir à son épouse. Le moment était mal choisi pour laisser échapper des jurons, même si le cadeau d'anniversaire laissait pantois. Mais le mal était fait, de ce jour on appela tout naturellement l'ourson Belzéb. »
Méthode simple, utilisée avec le nom du renard qui chipa un billet de 500 balles dans la neige et qui fut surnommé Cinq-Cents-Balles. Non, la prise de tête se situe ailleurs, à l'extérieur, et ne s'immisce jamais entre le lecteur et un ouvrage d'Arto Paasilinna. Juste de la détente, un côté loufoque et de la tendresse.
Suivre la péripétie du narrateur principal, par la personne de ce pasteur qui n'y croit plus trop, ou alors différemment contre tous, nous fait agréablement voyager. ‘Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen' est un bel ouvrage. Donc si vous ne connaissez pas l'auteur, celui-ci, pourquoi pas, car la magie opère très bien. Si vous connaissez, celui-là comme un autre de ses romans.
« Aujourd'hui, en astronomie, on entend par « sérendipité » l'art de faire par hasard des découvertes intéressantes. »
[Anne A.]









