Papercuts, le webzine qui tranche
Le Hussard, est un de ces livres que je n'aurai jamais dû lire…
Un de ces livres de hasard, de rencontre.
de ces livres mal aimés, seuls, et oubliés dans l'ombre des best seller
J'ai souvent dans les libraires, Point-Presse et autre Relais, l'impression d'être à la SPA.
Que ces livres orphelins, sont promis au pilon à brève échéance, si une main secourable ne prend,
qu'un lecteur ne les adopte, comme le chien est promis à l'euthanasie.
Mais cette rencontre avec ce livre-là, et encore plus étrange, puisque qu'il n'aurait jamais dû
être réédité, et peut-être même jamais édité tout court.
Le Hussard, je l'ai pris parce je connaissais l'auteur de “L'énigme du peintre flamand”,
et du “Le club Dumas.”
Le hussard est le premier livre d'Arturo, écrit en 1983…
“- et publié presque par hasard dans une maison d'édition avec laquelle
je n'ai jamais entretenu de bonnes relations… j'ai attendu vingt-cinq ans pour en récupérer les droits”…
(traduit de l'espagnol par Francois Maspéro, et réédité en 2004)
Il y a là déjà deux raisons matérielles pour que je le lise point….
La troisième est le hasard qui m'a fait lire “Le club Dumas”, et donc fait connaître Arturo
Arturo Perez Reverte.
La quatrième, sa présence “solitaire et glacé”. sur un rayon…
Le rayon d'un Relais, parce que le hasard a voulu que je me rende deux fois la semaine à Paris.
Ça, ce ne sont que les hasards de l'espace et du temps…
L'autre raison est dans la teneur même de ce livre, et c'est pour cela que j'écris ce billet..
Sur 186 pages, 146 pourrait être lues comme un éloge de la cavalerie légère,
des chevaux, des uniformes, des shakos, des colbacks, de la buffleterie…
Ah! , la belle chose que la cavalerie… le cheval, même en machine de guerre est une chose fascinante…
un être fascinant pour lequel on ne peut avoir que de l'amour…
cette fusion du cavalier et de sa monture, si vous êtes jamais monté à cheval vous le savez…
de la camaraderie entre frère d'arme, du sentiment de puissance et de la gloire après laquelle court tout officier…
Dans cette guerre d'Espagne, qui n'est déjà plus une guerre de défense de la patrie mais de conquête…
Il y a des années lumières entre Austerlitz et Bonaparte et cette guerre d'invasion que même l'Empereur
pour mettre son frère au pouvoir…
Alors cette “glorification” a failli me faire fermer ce livre…
Pourquoi, j'ai continué malgré mon dégoût de cet apparent panégyrique…
Peut-être est-ce là tout l'art d'Arturo, dont j'avais complètement oublié qu'il fut correspondant de guerre…
voire même qu'il était espagnol…
Peut-être, parce que comme des pierres blanches de loin en loin,
il y avait quelques mots acides sur Napoléon, l'Empereur.
quelques mots épars et désabusés sur la guerre…
Peut-être parce que c'était l'Espagne et l'Andalousie…
Peut-être parce que Arturo est un jongleur d'assiettes chinoises, et qu'au moment où vous allez laisser tomber le livre,
en un tour de main il relance votre lecture, comme le jongleur l'assiette…
Beaucoup de bonne raison de fermer ce livre…
Et puis après 146 pages dans l'attente de la bataille, de la gloire…
on sonne “La charge” à la page 147…
page 147 on est derrière la butte, en formation impeccable comme à la parade,
on n'a pas encore vu le champ de bataille…
page 148, on passe le sommet, et l'on roule comme une boule vers la bataille…
On déboule, comme le rocher de Sisyphe dévalant la pente…
Il pleut, et ce n'est pas un hasard d'avoir fait pleuvoir…
Et l'on tombe dans la réalité et l'horreur de la guerre…
Et c'est le sang, la douleur, la mort… la boue.
Ce n'est plus Austerlitz c'est Verdun…
C'est de chaque côté cette fébrilité de tuer…
fébrilité que racontent les poilus de Verdun, étonné eux même de cette sauvagerie,
ces atrocités dont ils sont capables le temps du combat…
Les rouges, les bleus, les verts, les ors, les couleurs chamarrées des uniformes disparaissent sous la boue et le sang…
les mille descriptions de donner la mort avec un sabre, sont d'une précision chirurgicale…
la tripaille des hommes et des chevaux se mêlant dans une dernière fusion sanglante et sale…
Ce livre est le plus beau plaidoyer contre la guerre et “l'illusion fondatrice” de la guerre, que j'ai jamais lu
voilà, je n'en dis pas plus. et surtout pas la fin….
car il faut que vous restiez sur la vôtre, de faim.
bien à vous.
[jmB]









