Papercuts, le webzine qui tranche
Commandant et administrateur du Sénégal et dépendances de 1821 à 1827, le baron
Jacques-François Roger publie, de retour dans «
notre France orgueilleuse » cet ouvrage en 1828 allant de pair avec
‘Kélédor', une autobiographie romancée d'un jeune esclave. Parmi les premiers
jalons d'une littérature ayant pour objectif de faire connaître la culture de
l'homme colonisé. Une littérature qui n'intéressait alors que quelques amateurs
d'africanisme tout au plus, mais s'inscrivant dans un réel processus de mise en
rapport, de dépassement des aberrations nées de l'ignorance.
Si d'autres s'étaient déjà engagés dans cette voie, notre colon se montre novateur par l'usage de la fable comme dénominateur commun, comme pont envisageable pour attirer la curiosité et de fait la compréhension du Français ne s'intéressant guère à l'envers de son nouveau confort économique. Des fables qu'il a écoutées et retranscrites du wolof, des fables qu'il a dû remanier pour que leur structure et leur dimension morale correspondent aux codes des siens. Et des notes, des notes à profusion, pour expliquer tout ce qui peut l'être, pousser à l'ouverture, à la réflexion, tout en avouant parfois sa difficulté à comprendre.
Et c'est cela qui fascine, depuis le recul évident qu'induit notre présent. Ce qui fascine, c'est la pureté de ce sentiment face à l'altérité, de lire l'expérience d'un homme qui semble parfois naïf dans ses propos, mais fort de dépasser par l'évidence les babillages idéologiques de son époque. A côté de cela, le malaise que l'on perçoit, le malaise de transmettre cette vérité. Celui-ci ne passe pas par les fables, délicieusement ouvragées. Non. Ses mots à lui trahissent la difficulté qu'il ressent de transmettre ce qu'il a compris d'une culture dont il s'est imprégné avec joie. Et douces surprises.
Comment faire comprendre la beauté, les valeurs d'un peuple qui semblent si étrangères aux constructions symboliques et sociales du sien ? Comment, une fois sur ce pont, accepter qu'il existe un tel rapport de domination régi par des préoccupations d'ordre matériel invitant à l'aveuglement collectif au bon sens ? Enfin, comment inciter à la découverte de l'autre côté du miroir, sans trembler de s'opposer à l'indifférence établie, sans chercher à se justifier, mesurer, comparer ? C'est, au-delà de la fable, dans ce sens que son geste est poétique.
Si d'autres s'étaient déjà engagés dans cette voie, notre colon se montre novateur par l'usage de la fable comme dénominateur commun, comme pont envisageable pour attirer la curiosité et de fait la compréhension du Français ne s'intéressant guère à l'envers de son nouveau confort économique. Des fables qu'il a écoutées et retranscrites du wolof, des fables qu'il a dû remanier pour que leur structure et leur dimension morale correspondent aux codes des siens. Et des notes, des notes à profusion, pour expliquer tout ce qui peut l'être, pousser à l'ouverture, à la réflexion, tout en avouant parfois sa difficulté à comprendre.
Et c'est cela qui fascine, depuis le recul évident qu'induit notre présent. Ce qui fascine, c'est la pureté de ce sentiment face à l'altérité, de lire l'expérience d'un homme qui semble parfois naïf dans ses propos, mais fort de dépasser par l'évidence les babillages idéologiques de son époque. A côté de cela, le malaise que l'on perçoit, le malaise de transmettre cette vérité. Celui-ci ne passe pas par les fables, délicieusement ouvragées. Non. Ses mots à lui trahissent la difficulté qu'il ressent de transmettre ce qu'il a compris d'une culture dont il s'est imprégné avec joie. Et douces surprises.
Comment faire comprendre la beauté, les valeurs d'un peuple qui semblent si étrangères aux constructions symboliques et sociales du sien ? Comment, une fois sur ce pont, accepter qu'il existe un tel rapport de domination régi par des préoccupations d'ordre matériel invitant à l'aveuglement collectif au bon sens ? Enfin, comment inciter à la découverte de l'autre côté du miroir, sans trembler de s'opposer à l'indifférence établie, sans chercher à se justifier, mesurer, comparer ? C'est, au-delà de la fable, dans ce sens que son geste est poétique.
[Clémence]









