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Bertrand Guillot

Hors-jeu

[Le Dilettante - 2007]

Notation : 3

Ou comment un jeune loup d'entreprise, à cause d'un détour par la case chômage, se retrouve propulser dans l' (aujourd'hui défunte) émission tv ‘la cible' comme candidat, et y met corps et cœur pour réussir. Premier roman de Bertrand Guillot, on est forcément sous le charme : de l'humour, des prises de positions intelligentes, une pertinence dans les mots et dans sa structure. Malgré un milieu d'ouvrage soporifique plein d'amour et de jus de caleçon, cet ouvrage a le mérite de faire passer un bon moment intelligent.

Jean-Victor Assalti , sorti de l'Ecole et ayant fait des premiers pas très prometteurs, ce Dominant se retrouve au chômedu. Situation banale, mais qui tourmente : les démarches, les questionnements pressantes de proches, le sac de chips et les jeux vidéos pour s'occuper et pour finir moisi comme des chaussettes de célibataire dans un coin oublié d'appart. MAIS !!! Une nouvelle motivation de winner peut vite arriver : ici, contre toute attente, c'est participer à un jeu tv regardé par les ménagères de moins de 50 ans. La vie redémarre, entraînant les amourettes et l'Amour, le champagne, les nouveaux entretiens d'embauche et tout le toutim. Mais tout est désormais organisé dans un unique but : la préparation effrénée pour ce jeu ! But ultime !

Plein d'humour (second degrés, cynisme et détournement de réalisme) où j'ai explosé de rire sur plusieurs passages (le coup de la boîte de jeux !!!) ou juste souri à dents déployés (passage sur la recherche d'emails). Mais l'humour ambiant s'affaisse parfois, comme le rythme rapide et agréable des phrases. Les points forts de Bertrand Guillot ne sont pas homogènes sur la longueur de l'ouvrage. Une petite faiblesse d'intensité dans la narration, puis ça repart. Détails ou descriptions, tout y est bon. Le passage du Casino : de la sueur, de l'alcool, du jeu, un brin de folie et une belle préparation au stress de l'émission. Exemple de description d'atmosphère saisissante : on plonge dedans. Avec une structure de scénario digne d'un bon film américain, les scènes et les émotions se succèdent, rapide/lent, rigolade/déprime, sérieux/bout-en-train, conviction/doute. Un mélange de tous les ingrédients pour un cocktail qui tient le lecteur en haleine (d'ailleurs, je ne sais pas si c'est la couverture rouge fluo ou ma mine inspirée, mais on m'a demandé par 2 fois l'objet de ma lecture dans le métro, ça ne m'était jamais arrivé). Bref, un mélange détonnant et un mélangé d'étonnants avec LA question cruciale de la part du lecteur : Jean-Victor va-t-il vraiment gagné le jeu ou passer pour un louzeur auprès de ces potes ?

‘Hors-jeu' est une histoire située dans notre monde contemporain, avec son regard et ses drôles de passion. Ici la passion insolite. Vous souvenez-vous du jeu présenté par Olivier Minne, puis par Marie-Ange Nardi ? But : répondre à des questions dont les réponses sont contraintes par une lettre alphabétique. Qu'importe souvenir ou pas ! ça aurait très bien pu être un jeu inventé. Car l'envers du décor, celui des candidats (-tures) sent le réalisme (voire le vécu ?). L'annexe (ou les notes en bas de page) nous propose même une immersion temporaire. Du réel, de l'humour et des réflexions.

Hormis la détermination du protagoniste, tout ne tourne pas autour de ce jeu. Le monde des paillettes est contesté, celui des entretiens tenus en minutie, des grosses entreprises vannées ou de la société factice montrédudoigtée. Bref, les réflexions d'un homme censé sont parsemées tout au long de l'ouvrage. Parfois sur des sujets surprenants (les serveuses et l'obtention de pourliches), parfois sur des thèmes fiscaux. Du coup, la lecture prend plus d'ampleur. Le tout surplombé par une belle écriture. Rythme rapide (donc), pas de lourdeur dans l'emploi de la première personne, du néo-vocabulaire enrichi. En un mot bref : miam !

J'ai beaucoup aimé cet ouvrage, même si dans une pseudo classification, je le qualifierais de roman de plage pour intellos. Distrayant, rigolo et pertinent, plein de raisons pour lire ‘Hors-jeu'. Je le conseille aussi pour la texture du papier, très doux, épais et pourtant léger (un peu comme le roman en somme).

[Anne A.]

www.ledilettante.com/

www.myspace.com/

Bertrand Guillot - Hors-jeu

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