Papercuts, le webzine qui tranche
Grand Prix de l'Imaginaire 2005
« La permanence des songes appartient à la faculté de l'inutile »
Annabelle.
Tant dans le style, que dans le fond, pour les images et grâce à l'anticipation réaliste, ce serait hérésie de passer à côté de ce recueil de nouvelles de science-fiction. Beaucoup de pessimisme social et humain. Par une écriture fluide et complexe, l'auteur nous dévoile, façon polaroïds, des futurs probables pour notre société occidentale.
Claude Ecken maîtrise la Nouvelle. Notamment avec la chute cruelle, qui brutalise le lecteur en le forçant à s'asseoir et réfléchir, puis à revenir en arrière. Flagrant avec la première nouvelle (qui donne au recueil son titre). Gymnastique pour se placer dans le contexte. La diffusion de l'information se réserve depuis la loi de 2018 afin de stopper la multiplication des supports et des sources d'informations sur un événement. Au départ, on ne dirait pas non, en se remémorant la surmédiatisation de la disparition du Roi de la pop. Dans la « pratique », on y trouve effets pervers, manipulations and co. Les dérives semblent immuablement ancrées dans l'Humanité, malgré les bonnes intentions de départ.
L'ensemble des nouvelles ont ce point commun, avec également celui du désir (ou besoin) d'un petit nombre de s'échapper du système. Pas d'espoir ou peu (comme David dans ‘Eclats lumineux du disque d'accrétion'). Une marguerite surgissant du bitume du parking d'un multiplexe commercial. Qui gagne au final ?
Est-ce que le futur peut être envisagé meilleur que le présent ?
Chaque nouvelle porte sa sensibilité. Forcément, certains thèmes vous toucheront plus que d'autres. Chacun pense au futur et l'imagine, Claude Ecken nous propose donc diverses lectures potentiellement viables : décryptage du séquençage ADN et son utilisation, meilleure prévention des maladies, sécurité sociale stable, redistribution de l'ensemble des richesses, clonage pour les tâches ingrates ; ou, des lectures davantage exploratrices : univers parallèles se superposant, discussions cosmologiques avancées et voyages par faisceaux au sein de l'Univers. Une portée pas si lointaine, quelque peu palpable.
Plus qu'une plume agréable à la lecture, il y a l'exigence. L'auteur s'appuie sur une rigueur et une précision scientifiques. Hormis des notions très pointues sur les trous noirs et les univers parallèles, l'ensemble est tout de même accessible. Car ‘Le monde tous droits réservés' regroupe de vastes domaines d'approche : littérature, sciences, droit commun, justice, travail, médias. Ce qui conduit à une réelle densité de l'ensemble, pour un ouvrage qui peut se relire sans soucis plusieurs fois.
Deux nouvelles me restent gravées.
‘L'unique' pour la plaidoirie finale, mélange de rythmes et de caractères, offrant un émouvant et fort procès sur notre condition d'humain et la responsabilité de l'État. Et dans un autre thème, ‘En sa tour, Annabelle'. Très très beau poème d'amour. Mais hors du temps, car Annabelle y échappe. Son échappatoire prend la forme de la fantaisie involontaire, alors que pour Alexis Wiejack, il s'agirait du suicide.
Derrière la certaine noirceur de ces nouvelles, se cache un écrivain au visage souriant. Voici un exemple avec les idées de scénarios qu'il propose en fin d'ouvrage : « A retrousse banc : un jeune homme tombe amoureux d'un banc. Il finit par l'emporter chez lui. Suivent quelques semaines d'un bonheur intense. »
Qui aime bien le présent, châtie bien le futur ?
« La permanence des songes appartient à la faculté de l'inutile »
Annabelle.
Tant dans le style, que dans le fond, pour les images et grâce à l'anticipation réaliste, ce serait hérésie de passer à côté de ce recueil de nouvelles de science-fiction. Beaucoup de pessimisme social et humain. Par une écriture fluide et complexe, l'auteur nous dévoile, façon polaroïds, des futurs probables pour notre société occidentale.
Claude Ecken maîtrise la Nouvelle. Notamment avec la chute cruelle, qui brutalise le lecteur en le forçant à s'asseoir et réfléchir, puis à revenir en arrière. Flagrant avec la première nouvelle (qui donne au recueil son titre). Gymnastique pour se placer dans le contexte. La diffusion de l'information se réserve depuis la loi de 2018 afin de stopper la multiplication des supports et des sources d'informations sur un événement. Au départ, on ne dirait pas non, en se remémorant la surmédiatisation de la disparition du Roi de la pop. Dans la « pratique », on y trouve effets pervers, manipulations and co. Les dérives semblent immuablement ancrées dans l'Humanité, malgré les bonnes intentions de départ.
L'ensemble des nouvelles ont ce point commun, avec également celui du désir (ou besoin) d'un petit nombre de s'échapper du système. Pas d'espoir ou peu (comme David dans ‘Eclats lumineux du disque d'accrétion'). Une marguerite surgissant du bitume du parking d'un multiplexe commercial. Qui gagne au final ?
Est-ce que le futur peut être envisagé meilleur que le présent ?
Chaque nouvelle porte sa sensibilité. Forcément, certains thèmes vous toucheront plus que d'autres. Chacun pense au futur et l'imagine, Claude Ecken nous propose donc diverses lectures potentiellement viables : décryptage du séquençage ADN et son utilisation, meilleure prévention des maladies, sécurité sociale stable, redistribution de l'ensemble des richesses, clonage pour les tâches ingrates ; ou, des lectures davantage exploratrices : univers parallèles se superposant, discussions cosmologiques avancées et voyages par faisceaux au sein de l'Univers. Une portée pas si lointaine, quelque peu palpable.
Plus qu'une plume agréable à la lecture, il y a l'exigence. L'auteur s'appuie sur une rigueur et une précision scientifiques. Hormis des notions très pointues sur les trous noirs et les univers parallèles, l'ensemble est tout de même accessible. Car ‘Le monde tous droits réservés' regroupe de vastes domaines d'approche : littérature, sciences, droit commun, justice, travail, médias. Ce qui conduit à une réelle densité de l'ensemble, pour un ouvrage qui peut se relire sans soucis plusieurs fois.
Deux nouvelles me restent gravées.
‘L'unique' pour la plaidoirie finale, mélange de rythmes et de caractères, offrant un émouvant et fort procès sur notre condition d'humain et la responsabilité de l'État. Et dans un autre thème, ‘En sa tour, Annabelle'. Très très beau poème d'amour. Mais hors du temps, car Annabelle y échappe. Son échappatoire prend la forme de la fantaisie involontaire, alors que pour Alexis Wiejack, il s'agirait du suicide.
Derrière la certaine noirceur de ces nouvelles, se cache un écrivain au visage souriant. Voici un exemple avec les idées de scénarios qu'il propose en fin d'ouvrage : « A retrousse banc : un jeune homme tombe amoureux d'un banc. Il finit par l'emporter chez lui. Suivent quelques semaines d'un bonheur intense. »
Qui aime bien le présent, châtie bien le futur ?
[Anne A.]









