Papercuts, le webzine qui tranche
Le cycle d' Hypérion peut être vu comme la succession des saisons. Une structure globale pour le moins originale et cohérente.
“Hypérion” expose une situation explosive, tendue, orageuse, un peu
comme une chaude journée d'été. Tout le monde est nerveux et les
tempêtes de l'automne (la chute du Retz) s'annonce à l'horizon.
“La chute d' Hypérion” (Fall of Hyperion) est l'automne comme le
sous-entend le terme anglais « Fall ». Une saison où la nature commence
à mourir (allusion au Retz), ou les arbres perdent leurs feuilles (ici
les arbres du Bosquet de Dieu). C'est aussi la période des grandes
migrations (Extros et Technocentre) et des mises en hibernation
(Technocentre).
“Endymion” annonce un hiver monotone (le monde décrit est uniforme, il
n'a plus la diversité du Retz) avec le grand froid (la Pax) recouvrant
tout comme une chape de plomb, tout semble mort (le voyage à travers le
Styx le confirme) … Elle est d'ailleurs au centre de toute chose.
Heureusement “L' éveil d'Endymion” arrive, comme le printemps, révélant
un nouveau soleil (Endymion) montant au firmament et une renaissance
(initiée par Enée) chassant le froid de l'hiver (la Pax). Les grandes
migrations font revenir au premier plan ceux qui étaient partis pendant
l'automne (Extros et Technocentre). La nature se dévoile enfin dans
toute sa variété (Extros et Aliens).
“Hyperion”
Voici un des phénomènes majeur de la science fiction des années 90.
Qu'il plaise ou non : il fait parler de lui puisqu'il renouvelle le
genre du space opera. En véritable livre-univers il montre toute la
substance et le fonctionnement d'un monde, avec une intrigue empreinte
de mystère. Loin de sombrer dans le cliché, “Hypérion”, véritable
kaléidoscope de la SF, montre le talent de Dan Simmons : sa faculté à
jongler avec les genres de manière subtile et complexe. Il crée des
univers entiers dans lesquels évoluent ses personnages apparemment
manipulés par des puissances qui les dépassent Des enjeux énormes et
des dangers indescriptibles se dessinent.
Dans ce premier volume sept pèlerins racontent chacun leur tour leur
histoire. De là se dessine la raison pour laquelle ils accomplissent le
même voyage qui les conduit sur Hypérion vers les tombeaux du temps et
le Gritche. Le lecteur prend un réel plaisir à écouter ces histoires
très différentes, très personnelles et apprécie de ce fait l'aisance
avec laquelle l'auteur réussit à faire vivre ces sept personnalités.
“La Chute d'Hypérion”
Ce second volume met de coté le récit individuel des personnages.
Moins simple, les questions métaphysiques tissent une trame sur
laquelle se greffent tout ce qui touche les personnages : leurs
actions, leurs doutes, leurs impuissances et leurs décisions que seuls
eux peuvent prendre. L'ambition de Dan Simmons grandit dans ce second
volume de la saga qui est loin d'être terminée. Quelque chose se
prépare et le lecteur est emporté dans ce tourbillon de dangers
latents, à commencer par l'ouverture des mystérieux Tombeaux du temps.
Que cachent t-ils ? Un monstre aux mille épines et une enfant qui fait
tellement peur.
À chaque question posée une réponse mais quand les réponses appellent
d'autres questions, on se retrouve dans un flot labyrinthique
d'incompréhensions qui excite et pousse à en savoir plus. D'autant
qu'un certain pèlerin semble savoir beaucoup de choses sur le futur
comme Martin Silenius le poète.
“Endymion”
Troisième volume de la saga est un saut dans le temps. 300 ans après la fin de la guerre qui a mis un terme au monde dirigé par la technologie tel qu'il était au temps des sept pèlerins des Tombeaux du temps. Pourtant l'un d'entre eux est encore en vie. Le poète Martin Silenius avait à l'époque annoncé l'arrivée d'un messie qui par définition devait sauver le monde de la toute puissance de l'Eglise (la Pax). Endymion, un jeune homme de trente ans environ, est chargé par Silenius de protéger l'enfant des Tombeaux du temps pour qu'elle puisse accomplir sa mission. La particularité de cette fille est d'être mi-humaine mi-machine, issue de l'union d'une humaine (Brawne Lamia, ex pèlerin) et du cybride de John Keats (ancien poète). Ainsi Énée, cette mystérieuse messie, Endymion et un androïde A. Bettick devront parcourir les différentes planètes du monde d'Hypérion pour mener la jeune fille jusqu'à son lieu d'apprentissage. Elle deviendra architecte et pourra enseigner. Ce volume soulève des questions sur l'Homme, la technologie, son utilisation et la religion. La seule différence d'avec les précédents c'est que l'action n'est plus au coeur de l'histoire. Il se présente davantage comme une pause au sein de cette saga. Ce qui n'est pas pour déplaire. Les descriptions sont véritablement sublimes et font preuve d'une imagination plus que fertile. Dan Simmons assure l'évasion via ces mondes inconnus et que l'on découvre en passant par les portails distrans un moyen de voyager sans subir aucun déficit de temps qui sont sensés ne plus fonctionner. Étrange !
“L'Éveil d'Endymion”
À la fin du troisième tome, nous avions laissé Énée, messie en
devenir, et son compagnon Raul Endymion sur la planète Terre. Le but
ici va être de nous faire comprendre le rôle de chacun des
protagonistes avant de voir Enée « le messie » à l'œuvre. Dan Simmons
continuera à décrire comme à son habitude des mondes différents les uns
des autres et tout aussi beaux. Mais à coté de cela il montrera le
degré de perversion que peut atteindre l'homme corrompu par le pouvoir
et l'immortalité. Les réflexions métaphysiques que l'on a pu lire
jusqu'ici n'égalent en rien celles de “L'éveil d'Endymion” : une pure
merveille qui fait frissonner, qui transporte … L'auteur réussit un
coup de maître. Le lecteur est considéré comme un disciple de « Celle
qui Enseigne ».
La saga Hypérion prend véritablement son envol dans ce dernier volet du
parcours initiatique de l'Homme. Les références aux textes religieux,
essentiellement ceux du Bouddhisme, sont bien choisis et montre une
grande culture de l'auteur. Par ailleurs ses propres réflexions sont
d'une beauté, d'une évidence et d'une pureté qui m'ont émue et
bouleversée. La question de l'évolution humaine est une des raisons
pour lesquelles ce dernier tome est excellent. Les réflexions
philosophiques et métaphysiques sont bouleversantes du fait même de
leur évidence … mais je me répète là !
Une très belle leçon de vie en harmonie, un message de paix incontestable et une pure déclaration d'amour.
(Réédité en poche chez Pocket - 4 volumes)
[MeI]









