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Goethe

Faust, édition intégrale

[Bartillat - 2009]

Notation : 5

« Aucun plaisir ne l'assouvit, aucun bonheur ne lui suffit,
Alors il court sans cesse après les formes changeantes »


La présente édition réunit pour la première fois les trois visages que Goethe a donné à son Faust durant soixante ans de son existence. En plus des deux versions connues, nous y trouvons l'Urfaust, ou version d'origine du Premier Faust tirée d'un manuscrit dont Goethe avait fait une lecture en 1773. Celle-ci est plus dépouillée, plus tragique que la version publiée en 1808. Brecht y voyait « une sorte de fontaine de jouvence », car l'on y sent la fougue, la sève de la jeunesse, que cela soit dans les désillusions de l'étudiant ou dans l'intensité de la fameuse scène du cachot. Une force qui se perd dans les fastes de la version définitive, une dimension où les allégories métaphysiques se font absentes, laissant Faust livré à lui-même face à ses actes, et ses désirs.

« où puis-je te saisir, nature infinie ? »

Le Premier Faust débute sur la soif d'un homme de génie qui, las d'accumuler des savoirs qui n'emplissent pas son âme, se tourne vers la magie pour connaître l'essence de la vie. Il signe un pacte avec Méphistophélès, esprit de la terre et puissance diabolique, puis court le monde à ses côtés, quittant la poussière gothique de ses grimoires, plongeant dans le monde de la modernité, de l'expérience.
Son acolyte évoque un Iago aux suggestions funestes qui le conduiront à détruire l'existence de la douce et innocente Marguerite.


« Voilà qui réjouit en moi le vieux conteur de fables !
Plus c'est merveilleux, et plus c'est vénérable. »


Le Second Faust, version posthume publiée en 1832, est quant à lui assez étourdissant, mêlant l'irréel éclatant au grandiose. Faust est cette fois-ci magicien à la cour de l'Empereur d'Allemagne. Il s'en va pour ce dernier chercher la belle Hélène du mythe et tombe éperdument amoureux d'elle. Interviennent une foule innombrable de voix, qui du cœur de la nuit antique, qui des clameurs d'un carnaval. Des bottes de sept lieues parcourent le paysage, un nuage dépose le héros au sommet d'une montagne. Deux éléments qui introduisent une scène centrale dans laquelle Faust réalise la beauté immobile et éternelle de la Nature avant de l'opposer à ses aspirations, à la nature de l'homme qui brûle de laisser un témoignage de son passage sur terre, trop conscient de sa condition de mortel et de fait voué au tourment. S'ensuit la guerre, les honneurs, l'acquisition fugitive des richesses. Il s'éteint, aveuglé par l'illusion d'avoir agi pour le bien commun, après avoir convoité et détruit la seule chose qu'il ne pouvait ni posséder, ni supporter : la paix et l'acceptation de sa condition.

Ce dernier point renvoie à l'œuvre de Shakespeare que Goethe avait lu avec passion et dont l'esprit plane sur les pages du Faust protéiforme. Les deux hommes ont illustré de quelle manière le chaos répond à ceux qui brisent l'harmonie du monde en tentant de quitter la place qui leur était destinée. Une position ambiguë lorsque l'évidence des ambitions personnelles mues par l'orgueil et l'ambition est dépassée. Goethe parle de tremblements de terre, de grondements lointains en parlant des soulèvements populaires, des temps révolutionnaires dont il a été témoin. Même si l'on sait que ces évènements n'ont servi que la nouvelle classe des bourgeois en utilisant les bras du peuple, on est tenté de s'interroger sur la façon dont les institutions justifient, effraient à l'aide de mythes et de religions une harmonie qui n'a rien d'égalitaire.

Cela dit, il est autre chose qui fascine dans le Faust : l'idée de conception organique de la vie. De ce mouvement perpétuel, à l'obsession, « de bas en haut » et « de gauche à droite », des hommes comme autant de cellules dans l'échelle sociale ou évoluant dans l'espace, à l'image de cette vie terrestre, cosmogonie sur laquelle Goethe s'interrogeait, suivant les « neptunistes » qui voyaient l'évolution de celle-ci par la continuité contre les « vulcanistes » qui mettaient l'accent sur les ruptures. Des réflexions épousant celles sur l'Histoire des hommes.

Il convient de se taire enfin, de conseiller à chacun de conserver précieusement cette œuvre propre à nourrir les interrogations d'une vie entière. Il n'est pas que la beauté des vers ou le fabuleux désordre de l'imaginaire de Goethe. Il y a autre chose qui rend cet ouvrage inestimable.

« le parchemin, est-ce là la source sacrée
dont une gorgée apaise pour toujours la soif ?
Tu n'es pas réconforté
Si ce réconfort ne jaillit pas de ton âme-même. »

[Clémence]

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Goethe - Faust, édition intégrale

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