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Oscar Wilde, écrivain, esthète, homme du monde, n'a pas fini de faire rêver. Par la grâce de l'imagination de Gyles Brandreth le voilà à présent transformé en fin limier. Notre dandy se voit de fait jeté dans les rouages de l'analyse criminelle lorsqu'il découvre par hasard le corps d'un ami, jeune garçon beau à en mourir, égorgé au milieu d'une chambre étrangement éclairée aux chandelles. L'hédoniste Oscar se lance alors à la recherche de la vérité, entraînant à sa suite Robert Sherard, son ami, futur biographe et notre narrateur, et plaçant ses pérégrinations sous la figure tutélaire et amicale de Conan Doyle dont il vient fort opportunément de faire la connaissance.

Tous les ingrédients du genre sont réunis : le cadavre disparu et son corollaire, le crime impossible à prouver, le colis macabre en écho aux tristes exploits de Jack l'Eventreur, et surtout la référence explicite et récurrente au grand Sherlock Holmes. Et pourtant… entre conversations littéraires et collations dans les restaurants les plus huppés du temps, et malgré les innombrables trajets en cabs, l'enquête semble ne pas avancer, sauf bien sûr pour l'esprit subtil du génial détective improvisé. Robert, notre Watson de fortune, paraît en effet presque complètement laissé en dehors des cogitations d'Oscar, tout comme nous… Jusqu'au dernier acte, dans une mise en scène très classique qui aurait ravi Agatha Christie : devant tous les acteurs du drame sagement réunis dans un salon, autour du détective, la vérité est enfin révélée et tant pis si elle n'est pas des plus vraisemblables…


Car, autant ne pas le cacher, l'ouvrage n'est pas sans décevoir un peu : il souffre du défaut commun à beaucoup de romans à ancrage historique, celui de vouloir à tout prix rattacher son histoire à un modèle reconnu, tentation d'autant plus forte ici qu'Oscar Wilde a réellement fait partie de l'élite intellectuelle. Dès lors, son amitié historique avec Conan Doyle pourrait sembler autoriser la présence en filigrane de son héros, si la référence n'était si insistante. Oscar est ainsi posé comme un rival déclaré du fameux locataire de Baker Street et, par une curieuse mise en abyme, le détective de papier se voit imité par un personnage réel… devenu lui aussi un héros de roman. G. Brandreth n'a certes pas osé le hisser jusqu'au rôle de modèle de Holmes, ce qui aurait pu faire frémir un holmésien un peu frileux, mais les réflexions en forme de clin d'œil que l'auteur place à tout va dans la bouche d'Oscar n'en peuvent pas moins se révéler répétitives…

L'ensemble se caractérise ainsi par un soin un peu trop appliqué, une bonne volonté trop manifeste de donner à tout prix corps à une figure du passé, de recréer assez artificiellement une époque. Cet aspect peut-être un peu superficiel de l'enquête masque mal ce qui paraît être le but profond du roman, une évocation de l'homosexualité à la fin du XIXe siècle et, à travers elle, faire avant tout le procès d'une condamnation, offrir à Oscar Wilde une réhabilitation perçue avec les yeux de notre époque. Et, quoique cette remise en question des mentalités et cette peinture sociale ne peuvent sans doute pas se comparer avec certains romans d'Anne Perry (son ‘Mariage impossible' par exemple, dont l'intrigue prend place quelques années plus tôt), l'ouvrage fait tout de même mouche en nous communicant sa nostalgie d'une personnalité originale, pleine d'aisance et de fantaisie. De fait, tandis qu'Oscar détective nous laisse sur notre faim, Oscar le charmeur arrive à nous retenir par sa verve et ses répliques spirituelles.

En bref, ce livre, quoiqu'un peu inconsistant, n'en reste pas moins une lecture assez agréable, un intéressant "à la manière de" Conan Doyle qui reprend avec un certain bonheur le style du maître. Par cette parenté évidente, ce ‘Meurtre aux chandelles', s'il n'est pas tout à fait un pastiche à proprement parler, pose l'intéressante question de la réception d'une œuvre classique de la littérature policière à ses débuts.


[Becky]

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Gyles Brandreth - Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles

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