Papercuts, le webzine qui tranche
Une chanson telle un oracle, trois êtres en accomplissent la
prophétie. Un jeune fugueur, un vieillard candide, une femme au cœur
lourd de souvenirs. Chacun devra écouter et se laisser porter par la
voix du destin, passer entre les gouttes du réel, traverser
l'étonnement.
Dans ce roman initiatique, Haruki Murakami entremêle le palpable et l'ineffable, avec une extraordinaire délicatesse.
« Nous sommes à la frontière des mondes, et nous parlons un langage commun. »
Tout est double, en flottement, en transition.
Interviennent la tragédie grecque, la légende japonaise au détour d'une
forêt, d'une bibliothèque. L'auteur met en scène des personnages d'une
rare finesse, portés à transcender leur souffrance par la découverte de
sentiments majeurs.
La magie vient de cette narration, paisible, imperturbable, pourtant véhicule de terribles vagues émotionnelles, de crudité. Certaines discussions sont d'une franchise saisissante, un chapitre peut vous arracher des larmes par sa cruauté. Kafka sur le rivage est d'une complexité parfaitement maîtrisée. Le suspense prend par la main et l'ouvrage est d'une grande clarté. Au-delà du vide tant craint par ses protagonistes, du dédale de symboles, on ne voit que la pureté. Un bonheur.
En quelques mots, un ouvrage qui enthousiasme au point de souhaiter tout lire de cet auteur. Véritable coup de foudre pour un incomparable moment de lecture. Pour tout dire, j'ai laissé durer le plaisir aux derniers chapitres, arrangeant une petite pause entre chacun d'eux, juste pour retarder l'arrivée du point final, évanouissement du rêve et de sa tornade sensorielle.
[Clémence]









