Papercuts, le webzine qui tranche

« Les barrières entre réalité et fiction sont plus minces que nous ne l'imaginons, un peu comme un lac gelé. Des centaines de personnes peuvent le traverser, mais un soir, ça dégèle à un endroit, et quelqu'un tombe dans le trou. Le lendemain matin, la couche de glace s'est déjà reformée. Vous avez lu ‘Dombey et Fils' de Dickens ?
- Bien sûr. »


Dans un monde pas tout à fait comme le nôtre, mais pas si différent, Thursday Next enquête. Elle fait partie des OpSpects 27. Cette brigade combat les fraudes littéraires (telles les contrefaçons, le marché noir, les mauvaises traductions ou adaptations). Par les circonstances, sa forte personnalité s'introduira dans l'édition originale de ‘Jane Eyre' de Charlotte Brontë, car l'héroïne s'est fait kidnapper…

Premier roman et premier tome d'une (sûrement) longue série, on met du temps avant de réellement rentrer dans l'histoire. Le lecteur doit maîtriser, puis comprendre la loufoquerie (ou même simplement trouver l'intérêt), avant de se jeter aveuglément dans l'histoire. Et ça démarre au quart de tour ; dès la première phrase du livre, on tilte :
« Mon père avait une tête à arrêter les pendules. Je ne veux pas dire par là qu'il était laid ; c'était l'expression employée par les ChronoGardes pour décrire quelqu'un qui avait le pouvoir de ralentir le débit du temps. »

Un univers, mais surtout une brigade, une enquête, un méchant.
Un vrai. Achéron Hadès aime le Mal, et son plaisir : les grand auteurs de littérature classique anglo-saxonne ! Et on ne plaisante pas avec ceci Outre-Manche et dans le monde de Thursday.
Forcément, il y a donc énormément de références aux auteurs classiques.
« Bonsoir, fit le Barman. Quel est le point commun entre un corbeau et un bureau ?
- Poe a écrit sur les deux ?
- Excellent, rit-il. Qu'est-ce que j'vous sers ?
- Un demi Vorpal (1), s'il vous plaît. »
(1) mot inventé par Lewis Carroll pour son poème Jabberwocky. (N.d.T.)

Pour les amateurs de ce genre de littérature, ‘L'affaire Jane Eyre' doit être un régal. Pour les autres, on passe à côté, mais on côtoie facilement. L'histoire est assez débordante d'éléments pour être appréciée sans connaître toutes ces références. J'adore le passage sur cette visite au Presbytère de Haworth et la rencontre avec Rochester, mais seulement sur le principe, pas en connaissance de cause.

« Au fait, ç'a marché, tonton, la machine à gommer les souvenirs ?
- la quoi ?
- la machine à gommer les souvenirs. Tu étais en train de la tester la dernière fois qu'on s'est vu.
- je ne vois pas de quoi tu parles. »

(dialogue entre Thursday et son oncle Mycroft)

Avec de nombreuses touches d'humour, on respire, on sourit, on est loin du quotidien grisâtre. Une expérience de vraie lecture divertissante, déroutante et pleine de surprises. Un roman différent, original et bien ficelé. Mais, comme je le reproche à Matt Ruff (‘Bad Monkeys', ‘La proie des âmes' ou ‘Un requin sous la lune'), à trop vouloir éparpiller la loufoquerie, certains raccords sont parfois bancals. Dommage.
Mais j'attends avec impatience la suite…

[Anne A.]

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Jasper Fforde - L'affaire Jane Eyre

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