Papercuts, le webzine qui tranche
Pas de bonne histoire sans un point de départ captivant. Cela vaut ici pour le lecteur, mais aussi et surtout pour le narrateur, Victor Francés. Au hasard d'une rencontre, il se trouve à partager le temps d'une nuit le lit d'une femme mariée et mère de famille.
Enfin, c'est ce qui était prévu, car, comble de malchance, après une soirée ‘en famille' avec sa belle Marta et son tout petit garçon, une fois arrivé dans la chambre, voilà que la dame a un malaise, puis meurt subitement. Victor ne sait pas quoi faire et finit par partir, laissant derrière lui appartement, cadavre et enfant endormi, n'emportant que la trop incriminante cassette du répondeur et une impression d'inachevé dont il ne peut se défaire.
Mais cette soirée ne cessera de le hanter : n'arrivant pas à tourner la page, il va chercher à se renseigner indirectement sur le sort de cette famille et, de fil en aiguille, commencer à lier connaissance avec les proches de la défunte.
Or, c'est là que commence à se dérouler le fil de l'histoire, qui n'est en fait presque entièrement qu'une longue narration à la première personne. Nous sommes happés, sans aucun recul, par le « je » de Victor, par ses obsessions : Marta, la fuite, le mari et l'enfant, par le passé du héros et, en pointillés, par le souvenir d'un passage d'une vieille adaptation de Richard III de Shakespeare – « Demain dans la bataille, pense à moi … » - envoûtant et haché, à l'image du livre.
Cette structure déconcertante mais très maîtrisée dessert admirablement un ouvrage tout en nuances, où l'action est ressentie de l'intérieur par le narrateur comme une succession de doutes et d'hésitations, porté qu'il est par les évènements, dans une incertitude diffuse et en quelque sorte voulue par lui.
Il pourrait en effet rompre tout lien avec une histoire où il ne s'est retrouvé embarqué que par hasard. Malgré cela, il continue à s'y intéresser et à vouloir s'y insérer, sans qu'on n'arrive trop à démêler ce qui le motive le plus, de la culpabilité, de la curiosité ou d'un vague désir de se rattacher à un univers qu'il recompose par touches, qu'il découvre et imagine presque en même temps. Jusqu'à une fin en forme de révélation, qui tranche, poursuit et complète tout à la fois le reste de la narration.
Nés de ce péché originel revisité, les mille pensées, hypothèses, souvenirs, phantasmes, qui se croisent finissent par composer une œuvre à part, riche et subtile, une réflexion sur la vie et la mort, le jeu des relations, la vérité de chaque être. Une réflexion magnifiquement servie par le style de Javier Marías et par cette composition originale. De l'ensemble se dégage une certaine poésie du souvenir dont le charme perdure longtemps une fois le livre refermé…
Ce très beau livre a, accessoirement, reçu le prix Femina étranger en 1996.
Enfin, c'est ce qui était prévu, car, comble de malchance, après une soirée ‘en famille' avec sa belle Marta et son tout petit garçon, une fois arrivé dans la chambre, voilà que la dame a un malaise, puis meurt subitement. Victor ne sait pas quoi faire et finit par partir, laissant derrière lui appartement, cadavre et enfant endormi, n'emportant que la trop incriminante cassette du répondeur et une impression d'inachevé dont il ne peut se défaire.
Mais cette soirée ne cessera de le hanter : n'arrivant pas à tourner la page, il va chercher à se renseigner indirectement sur le sort de cette famille et, de fil en aiguille, commencer à lier connaissance avec les proches de la défunte.
Or, c'est là que commence à se dérouler le fil de l'histoire, qui n'est en fait presque entièrement qu'une longue narration à la première personne. Nous sommes happés, sans aucun recul, par le « je » de Victor, par ses obsessions : Marta, la fuite, le mari et l'enfant, par le passé du héros et, en pointillés, par le souvenir d'un passage d'une vieille adaptation de Richard III de Shakespeare – « Demain dans la bataille, pense à moi … » - envoûtant et haché, à l'image du livre.
Cette structure déconcertante mais très maîtrisée dessert admirablement un ouvrage tout en nuances, où l'action est ressentie de l'intérieur par le narrateur comme une succession de doutes et d'hésitations, porté qu'il est par les évènements, dans une incertitude diffuse et en quelque sorte voulue par lui.
Il pourrait en effet rompre tout lien avec une histoire où il ne s'est retrouvé embarqué que par hasard. Malgré cela, il continue à s'y intéresser et à vouloir s'y insérer, sans qu'on n'arrive trop à démêler ce qui le motive le plus, de la culpabilité, de la curiosité ou d'un vague désir de se rattacher à un univers qu'il recompose par touches, qu'il découvre et imagine presque en même temps. Jusqu'à une fin en forme de révélation, qui tranche, poursuit et complète tout à la fois le reste de la narration.
Nés de ce péché originel revisité, les mille pensées, hypothèses, souvenirs, phantasmes, qui se croisent finissent par composer une œuvre à part, riche et subtile, une réflexion sur la vie et la mort, le jeu des relations, la vérité de chaque être. Une réflexion magnifiquement servie par le style de Javier Marías et par cette composition originale. De l'ensemble se dégage une certaine poésie du souvenir dont le charme perdure longtemps une fois le livre refermé…
Ce très beau livre a, accessoirement, reçu le prix Femina étranger en 1996.
[Becky]









