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Nadine Monfils

Coco givrée

[Belfond - 2010]

Notation : 5

Il y a quelque chose de pourri au royaume de Pandore…

A Pandore, il pleut des pétales de roses, les gazons sont bien coupés et les voisins serviables ; mais au-delà de ces visions idylliques on découvre la face cachée de la ville utopique et surtout de ses habitants : les fillettes se promènent avec des poupées sans yeux, un couple s'amuse le soir dans sa cave avec une poupée gonflable, un homme séquestre sa sœur depuis des années… Nadine Monfils prend ainsi un malin plaisir à façonner l'image d'une ville « parfaite » pour mieux la détruire ensuite : une vraie Babylone moderne (le premier livre de la série de Monfils s'intitule 'Babylone Dream') où derrière des quartiers paisibles et une aspiration à la normalité, ce sont l'anormalité et la barbarie qui s'y cachent. Pandore est donc bien la ville de la décadence à l'instar de la Babylone biblique.

L'auteur n'épargne même pas ses héros : Lynch dont le chien pisse des hiéroglyphes pour l'aider à résoudre ses enquêtes, Barn qui est sur le point d'épouser une prostituée pour faire plaisir à sa mère et enfin Nicki la profileuse médium qui rêve de scènes de meurtres et qui traîne avec elle ses peluches enfantines comme unique moyen de réconfort.

L'enquête du dernier livre de Monfils débute par une disparition près de la forêt d'Arnheim située sur les hauteurs de Pandore. Ce lieu étrange est sujet à de nombreuses légendes où fantômes, sorcières et meurtriers se côtoient. A Pandore personne n'ose s'y aventurer… La forêt que décrit Nadine Monfils donne froid dans le dos mais celle-ci prend également un malin plaisir à nous faire comprendre que ce n'est pas toujours le lieu le plus sombre qui cache les pires atrocités. Comme elle nous le démontre au cours de ses trois livres ('Babylone Dream', 'Tequila frappée' et 'Coco givrée'), il faut toujours se méfier des apparences et les méchants ne sont pas toujours ceux auxquels on pense.

Malgré cette assertion assez banale de nos jours – puisque tendant à se vérifier de plus en plus souvent dans les polars contemporains – Nadine Monfils réussit une fois de plus à tirer son épingle du jeu grâce à son style mordant où ironie, humour noir et suspense se mêlent pour le plus grand plaisir du lecteur. Sous sa plume, même les crimes les plus horribles ne nous font pas arrêter la lecture tant l'envie de connaître la suite prend le dessus. Nadine Monfils joue à merveille avec ce sentiment humain qu'est la peur : sentiment trouble qui fait que même si l'angoisse est présente, l'être humain souhaite s'y confronter encore pour le plaisir de jouer avec ses propres limites émotives.

Même si avec des personnages aussi loufoques l'identification à un des héros n'est pas aisée, le nouvel opus de Monfils se lit d'une traite et ceci grâce à sa patte si particulière où le kitsch, l'horreur et l'art sont omniprésents. En effet, avec une référence à Magritte, encore plus explicite que dans ses précédents ouvrages, Monfils arrive à attiser encore plus la curiosité du lecteur qui se surprendra dès la fin de la lecture à aller fouiner sur le net pour chercher les fameux tableaux auxquels l'histoire fait allusion.


[Rosine]

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Nadine Monfils - Coco givrée

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