Papercuts, le webzine qui tranche
On serait tenté de déclarer qu'une fois qu'on a lu une autobiographie d'une rockstar, on les a toutes lues. A vrai dire, on n'aurait pas complétement tort. Le bouquin se doit de comporter la même récurrence d'ingrédients, à savoir : des femmes, des drogues, des controverses et bien sûr de la musique. Que vous lisiez Dee Dee Ramone, Keith Richards, Anthony Kiedis, Lemmy Kilmister ou Slash, vous trouverez les mêmes poncifs, ce sont des must-have. Autre point commun : nos amis sont rarement de fines plumes et requierent bien souvent l'assistance d'un scribouillard pour mettre en forme leurs propos récoltés en entretien. Bien évidemment la qualité ou le défaut intrinsèque du livre tient souvent aux talents de (ré)écriture du journaliste. En effet, aussi croustillantes que puissent être les anecdotes, elles tomberont indubitablement à plat si on peine à les comprendre.
Heureusement, l'autobiographie dont nous parlons aujourd'hui évite cet écueil. Bien écrit et bien traduit, ce livre peut se dévorer facilement en quelques jours. Structurellement, Slash narre très logiquement ses exploits de façon chronologique. De son enfance dans le milieu artistique – il a quand même eu David Bowie comme beau père et ses parents étaient potes avec David Geffen, comme quoi.. – on retiendra un couple divorcé, un jeune Saul Hudson cherchant sa place, graine de voyou, fana de BMX, désertant l'école et testant divers paradis terrestres. Le terreau favorable pour une vie de bohème. On retrouve d'ailleurs les ingrédients de façon analogue chez son voisin Anthony Kiedis. Toute cette prime jeunesse forgera ce personnage quasi-légendaire de Slash jusqu'à sa touche finale, le vol de l'accessoire ultime : le chapeau haut-de-forme. On ne se refait pas. La majeure partie du livre sera consacrée aux Guns N' Roses historiques, de leur fulgurante ascension jusqu'à leur sordide déclin. Et c'est tant mieux parce que c'est justement ce qu'on brûlait de savoir : connaître l'envers du décor d'un des plus grands groupes des 90's, enrichi en anecdotes et déclarations fracassantes.
Contrairement à ce que l'on aurait pu penser, Slash ne règle pas (trop) ses comptes. Par peur du procès ou par envie de faire partie d'une reformation du line-up originel ? C'est la rumeur persistante, l'avenir nous apportera sa réponse. Seul le manager Doug Goldstein en prend pour son grade, les autres comparses du guitariste sont reconnus talentueux et il n'est pas rare de ressentir une pointe de nostalgie dans les propos de Slash. Il faut dire qu'en regardant retrospectivement l'histoire de ce groupe, c'est surtout l'histoire d'un énorme gachis. Plonger dans cette autobiographie, c'est aussi voir à quel point les gunners étaient des gosses quand le succès leur tomba dessus. Slash n'avait que 22 ans à la sortie 'd'Appetite For Destruction' ! Dans ces conditions, pas étonnant que ce tourbillon leur fit perdre pied, surtout si l'on rajoute à tout ceci la drogue, le fric, le sexe et les magouilles manageriales. Deux seuls « vrais » albums et le groupe était cuit. On connait tous la suite...
C'est ici véritablement le point fort de cette autobiographie : comprendre ce qui a pu provoquer ce foirage monumental. Les passages sur Snakepit ou Velvet Revolver semblent du coup beaucoup plus dispensables malgré quelques similitudes étonnantes.
Même si ce livre est à réserver aux fans du guitariste, il est riche en enseignements notamment parce que Slash n'y parle pas seulement de sa petite personne mais surtout d'un groupe qui a su mettre le monde à genoux sans jamais s'en relever. C'est presque un cas d'école. Le comble pour le groupe qui voulait tout bouffer mais qui s'est fait dévorer par le système.
[Eric H.] Envoyez un message









