Papercuts, le webzine qui tranche
« Je crois qu'il mettait une sorte d'honneur à être perdant, et surtout
qu'il prolongeait son désespoir par l'imagination. » Parmi les mots que
Paul Chadourne envoya à Victoria Ocampo, un an après le suicide de
Drieu la Rochelle. Ils accompagnaient la dernière lettre que l'écrivain
avait adressé à celle qu'il considérait être « au-dessus de toutes ».
Amie des philosophes, fondatrice de la revue littéraire SUR en Argentine, Victoria est une femme auréolée de charisme et emplie d'enthousiasme pour les choses de l'esprit. Vive et piquante, dotée d'une grande beauté, elle déroute souvent les grands hommes qui lui inspirent une passion tout intellectuelle . Drieu la rencontre lors d'un repas mondain. Deux orgueils se confrontent, dans l'éclat de leurs différences, jusqu'en 1945. « Il se vengeait de sa sensibilité si vulnérable en prononçant des mots amers, atroces ».
Une relation aigre-douce, mêlant amour et amitié dans une profonde attache. Elle lit ses faiblesses, éprouve une indicible tendresse pour cet homme hanté par la Première Guerre mondiale et meurtri dans sa quête d'absolu. Il rêve d'une Europe fédérée et puissante, qu'il voit sombrer dans un nouveau marasme. Persuadé qu'une vie d'intellectuel est faite de choix, il quitte, déçu, les rangs communistes pour embrasser le fascisme, seule alternative à ses yeux dans un monde en crise. Elle ne le comprend pas, cherche à l'amener à une attitude plus sage, plus neutre. L'invite à prendre du recul, mais lui n'y croit plus. Il a assez brisé d'espoirs, s'est détourné des surréalistes, perdant là une belle amitié avec Aragon d'ailleurs. Tout lui est insipide, ou douleur. Il cherche un engagement, une cause parfaite.
Il s'est trompé. Recherché pour collaboration à la fin du conflit, il préfère se donner la mort.
Victoria Ocampo est aussi habitée par le désenchantement, l'absence. Tout en retenue face aux bavardes confidences de son ami, elle provoque en lui une faim, un respect. Les piques volent sans trêve, agitent les conversations. Et les silences porteurs d'une émotion réelle. Les déclarations, les attentes. Deux solitudes accablées, ne sachant que faire du bonheur qui leur était offert.
Elle lui présente Borges, avec qui il marchera sans fin dans les quartiers de Buenos Aires, conversant de tout et de rien, perdus dans les labyrinthes de l'histoire. En retour Victoria rencontre son ami Malraux, le seul, avec elle, à recevoir la dernière lettre.
L'ouvrage est un témoignage inédit. Introduit par le riche avant-propos de Julien Hervier, essentiel à la compréhension de ces deux personnalités complexes et de leur relation qui ne l'est pas moins. La belle aristocrate se cache derrière sa fierté, retranscrit les dialogues à son avantage. Elle est plus que présente dans son témoignage, il faut donc passer outre certains élans de la séductrice prompte à briller pour comprendre toute la fragilité de sa psyché. Ses émotions sont verbalisées avec minutie, il est passionnant de chercher la vérité derrière ses dires.
On devient vite curieux de connaître les paroles de l'écrivain, on est heureux de trouver quelques éléments essentiels par le biais du souvenir épistolaire. La lecture était animée par le désir de comprendre, d'écouter vibrer ces deux êtres par et sans leurs voix, finalement. On en sort avide de biographie.
Amie des philosophes, fondatrice de la revue littéraire SUR en Argentine, Victoria est une femme auréolée de charisme et emplie d'enthousiasme pour les choses de l'esprit. Vive et piquante, dotée d'une grande beauté, elle déroute souvent les grands hommes qui lui inspirent une passion tout intellectuelle . Drieu la rencontre lors d'un repas mondain. Deux orgueils se confrontent, dans l'éclat de leurs différences, jusqu'en 1945. « Il se vengeait de sa sensibilité si vulnérable en prononçant des mots amers, atroces ».
Une relation aigre-douce, mêlant amour et amitié dans une profonde attache. Elle lit ses faiblesses, éprouve une indicible tendresse pour cet homme hanté par la Première Guerre mondiale et meurtri dans sa quête d'absolu. Il rêve d'une Europe fédérée et puissante, qu'il voit sombrer dans un nouveau marasme. Persuadé qu'une vie d'intellectuel est faite de choix, il quitte, déçu, les rangs communistes pour embrasser le fascisme, seule alternative à ses yeux dans un monde en crise. Elle ne le comprend pas, cherche à l'amener à une attitude plus sage, plus neutre. L'invite à prendre du recul, mais lui n'y croit plus. Il a assez brisé d'espoirs, s'est détourné des surréalistes, perdant là une belle amitié avec Aragon d'ailleurs. Tout lui est insipide, ou douleur. Il cherche un engagement, une cause parfaite.
Il s'est trompé. Recherché pour collaboration à la fin du conflit, il préfère se donner la mort.
Victoria Ocampo est aussi habitée par le désenchantement, l'absence. Tout en retenue face aux bavardes confidences de son ami, elle provoque en lui une faim, un respect. Les piques volent sans trêve, agitent les conversations. Et les silences porteurs d'une émotion réelle. Les déclarations, les attentes. Deux solitudes accablées, ne sachant que faire du bonheur qui leur était offert.
Elle lui présente Borges, avec qui il marchera sans fin dans les quartiers de Buenos Aires, conversant de tout et de rien, perdus dans les labyrinthes de l'histoire. En retour Victoria rencontre son ami Malraux, le seul, avec elle, à recevoir la dernière lettre.
L'ouvrage est un témoignage inédit. Introduit par le riche avant-propos de Julien Hervier, essentiel à la compréhension de ces deux personnalités complexes et de leur relation qui ne l'est pas moins. La belle aristocrate se cache derrière sa fierté, retranscrit les dialogues à son avantage. Elle est plus que présente dans son témoignage, il faut donc passer outre certains élans de la séductrice prompte à briller pour comprendre toute la fragilité de sa psyché. Ses émotions sont verbalisées avec minutie, il est passionnant de chercher la vérité derrière ses dires.
On devient vite curieux de connaître les paroles de l'écrivain, on est heureux de trouver quelques éléments essentiels par le biais du souvenir épistolaire. La lecture était animée par le désir de comprendre, d'écouter vibrer ces deux êtres par et sans leurs voix, finalement. On en sort avide de biographie.
[Clémence]









