Papercuts, le webzine qui tranche
Guidée par la curiosité, je me suis penchée sur cet ouvrage, en
souvenir des lectures qu'avait encouragées ma grand-mère durant mon
enfance. Qui était donc cette fameuse comtesse de Ségur, née
Rostopchine, plume mythique agitée de tendresse et de sentiments dévots
? Pour commencer, la petite Sophie passa les premières années de sa vie
dans sa Russie natale, joufflue et gourmande, vive et prompte à faire
des bêtises sévèrement réprimandées par sa mère. Elle nous en raconte
certaines dans ses « Malheurs », premier tome d'une trilogie bien
connue comprenant Les petites filles modèles et Les vacances.
Sa famille aura toujours des accointances avec le pouvoir en place, russe ou français. Son père reste une éminente figure historique: il est le général qui mit le feu à Moscou plutôt que d'abandonner la ville aux mains de Napoléon. Vient le temps du grand voyage. Sophie a dix-huit ans lorsque les Rostopchine s'installent au faubourg saint Germain, microcosme aristocrate d'une vie parisienne qu'elle découvre, éveillant un intérêt pour la politique dont elle ne se défera pas. Ses excellents rapports avec les acteurs d'une période des plus instables la feront vivre de près les troubles du XIXe siècle : depuis la Révolution de 1830, jusqu'au coup d'Etat de Napoléon III suivis de la guerre contre la Prusse et des tragiques évènements de la Commune.
Rapidement déçue par son mariage avec le comte Eugène de Ségur, décidément infidèle et peu enclin à l'amour, elle dirige rapidement l'essentiel de sa vie émotionnelle dans la maternité. Ses enfants, fort nombreux, deviennent sa principale source de joie et d'inquiétude. Son aîné, Gaston, et la petite dernière, Olga, demeurent ses favoris. La petite, intenable, se montre plus ingénieuse encore que sa mère au même âge dans ses péripéties suivies de punitions auxquelles elle répond par ses bouderies. Le jeune homme, comme Sabine, une de leurs sœurs, se décide très tôt à entrer dans les ordres et vaut à lui seul une biographie édifiante. Peintre de talent, mais surtout connu pour ses écrits religieux et sa légendaire bonté, on trouvera ça et là des écrits émus sur le « saint prélat » qui perdit la vue et accepta les épreuves de la vie avec sérénité.
J'en arrive de fait à porter quelques remarques sur le style de l'ouvrage. Est-ce le ton fortement empreint de christianisme ou simplement la volonté d'écrire, d'une main comparable à la sienne, la vie de la comtesse de Ségur ? Il n'est pas aisé de démêler l'envolée de superlatifs propres aux contes, de cet autre aspect qui m'a déroutée de prime abord. Obstacle à la lecture tout en restant objectif sur le degré d'implication religieuse de certains personnages de cette saga familiale. Les auteurs s'accordent pour juger excessive l'attitude de Madame Rostopchine qui, bouleversée par sa conversion au catholicisme se livrera à de choquantes extrémités dans l'éducation de ses enfants, affichant son mépris de la religion orthodoxe et trouvant dans un prosélytisme parfois contestable un sens à sa vie.
Du recul, certes, mais le ton demeure un peu gênant jusqu'à la fin et, à vrai dire, il s'agit de relire quelques romans de la comtesse de Ségur arrivé à l'âge adulte pour comprendre mon sentiment et les questions qui en découlent. On n'a guère l'habitude de lire des ouvrages exaltant la bonté, la foi et l'abnégation, du moins, de manière aussi ouverte. Les écrits de la romancière étaient indéniablement moralisateurs et confrontaient le bon chrétien au garnement tourné vers la méchanceté, mais convenons que ce ton était alors monnaie courante, la religion ayant une place plus importante dans l'éducation. J'ai donc pris le temps de m'adapter au ton de cette biographie, pour les raisons décrites plus haut. Rien de terrible, juste surprise et curieuse de connaître ma réaction face à cela. Je suis heureuse de me pencher sur le sujet aujourd'hui, la discussion, on en convient, est délicate et il est souvent étrange de redécouvrir ses lectures d'enfant dans toute l'étendue de leur portée symbolique.
En contrepartie, j'ai été réellement touchée par l'amour véhiculé dans ces pages. Je « revois » la comtesse se ruant à la fenêtre au départ pour Londres de ses petites-filles Camille et Madeleine, leur criant qu'elle leur enverrait ses cahiers comprenant les histoires qu'elles aimaient tant, le tout départ d'une tardive - mais ô combien prolifique- production d'écrivain. Sophie de Ségur n'a vécu que pour les siens, partageant avec eux une tendresse extraordinaire, de celles qui donnent envie, d'un jour peut-être, devenir maman…
Sa famille aura toujours des accointances avec le pouvoir en place, russe ou français. Son père reste une éminente figure historique: il est le général qui mit le feu à Moscou plutôt que d'abandonner la ville aux mains de Napoléon. Vient le temps du grand voyage. Sophie a dix-huit ans lorsque les Rostopchine s'installent au faubourg saint Germain, microcosme aristocrate d'une vie parisienne qu'elle découvre, éveillant un intérêt pour la politique dont elle ne se défera pas. Ses excellents rapports avec les acteurs d'une période des plus instables la feront vivre de près les troubles du XIXe siècle : depuis la Révolution de 1830, jusqu'au coup d'Etat de Napoléon III suivis de la guerre contre la Prusse et des tragiques évènements de la Commune.
Rapidement déçue par son mariage avec le comte Eugène de Ségur, décidément infidèle et peu enclin à l'amour, elle dirige rapidement l'essentiel de sa vie émotionnelle dans la maternité. Ses enfants, fort nombreux, deviennent sa principale source de joie et d'inquiétude. Son aîné, Gaston, et la petite dernière, Olga, demeurent ses favoris. La petite, intenable, se montre plus ingénieuse encore que sa mère au même âge dans ses péripéties suivies de punitions auxquelles elle répond par ses bouderies. Le jeune homme, comme Sabine, une de leurs sœurs, se décide très tôt à entrer dans les ordres et vaut à lui seul une biographie édifiante. Peintre de talent, mais surtout connu pour ses écrits religieux et sa légendaire bonté, on trouvera ça et là des écrits émus sur le « saint prélat » qui perdit la vue et accepta les épreuves de la vie avec sérénité.
J'en arrive de fait à porter quelques remarques sur le style de l'ouvrage. Est-ce le ton fortement empreint de christianisme ou simplement la volonté d'écrire, d'une main comparable à la sienne, la vie de la comtesse de Ségur ? Il n'est pas aisé de démêler l'envolée de superlatifs propres aux contes, de cet autre aspect qui m'a déroutée de prime abord. Obstacle à la lecture tout en restant objectif sur le degré d'implication religieuse de certains personnages de cette saga familiale. Les auteurs s'accordent pour juger excessive l'attitude de Madame Rostopchine qui, bouleversée par sa conversion au catholicisme se livrera à de choquantes extrémités dans l'éducation de ses enfants, affichant son mépris de la religion orthodoxe et trouvant dans un prosélytisme parfois contestable un sens à sa vie.
Du recul, certes, mais le ton demeure un peu gênant jusqu'à la fin et, à vrai dire, il s'agit de relire quelques romans de la comtesse de Ségur arrivé à l'âge adulte pour comprendre mon sentiment et les questions qui en découlent. On n'a guère l'habitude de lire des ouvrages exaltant la bonté, la foi et l'abnégation, du moins, de manière aussi ouverte. Les écrits de la romancière étaient indéniablement moralisateurs et confrontaient le bon chrétien au garnement tourné vers la méchanceté, mais convenons que ce ton était alors monnaie courante, la religion ayant une place plus importante dans l'éducation. J'ai donc pris le temps de m'adapter au ton de cette biographie, pour les raisons décrites plus haut. Rien de terrible, juste surprise et curieuse de connaître ma réaction face à cela. Je suis heureuse de me pencher sur le sujet aujourd'hui, la discussion, on en convient, est délicate et il est souvent étrange de redécouvrir ses lectures d'enfant dans toute l'étendue de leur portée symbolique.
En contrepartie, j'ai été réellement touchée par l'amour véhiculé dans ces pages. Je « revois » la comtesse se ruant à la fenêtre au départ pour Londres de ses petites-filles Camille et Madeleine, leur criant qu'elle leur enverrait ses cahiers comprenant les histoires qu'elles aimaient tant, le tout départ d'une tardive - mais ô combien prolifique- production d'écrivain. Sophie de Ségur n'a vécu que pour les siens, partageant avec eux une tendresse extraordinaire, de celles qui donnent envie, d'un jour peut-être, devenir maman…
[Clémence]
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