Patricia Gavoille | L’arbre dehors
[Editions Gunten - 2007]


Roman sous forme de journal intime, alternant différents protagonistes.
Le lien de l’histoire reste le même : Jeanne est à l’hôpital, à la
campagne, pour soins palliatifs. Principale personne ‘je’. On l’écoute,
alors que sa tête est pleine et que son corps se nécrose
progressivement… Pas très glop comme roman. Mais l’émotion dégagée et
la plume fine de Patricia Gavoille rendent ce roman beau et unique.
Agréable, non (forcément) : Jeanne a été enfermée contre sa volonté
dans cette chambre qu’elle n’accepte pas. Le Général, son mari, ne
désire plus sa présence chez (anciennement) eux et son fils, Paul,
culpabilise, car tiraillé entre les deux. Une stagiaire aide-soignante
‘égaye’ par ses interventions maladroites (« c’est plus difficile que
lors de mes stages précédents qui ne contenaient que du savoir faire »,
ici, il s’agit de ‘savoir vivre’).
Un huit-clos autour de cette femme qui meurt, au rythme des saisons,
des mois et de la nature. Aucun contact avec les autres pensionnaires,
tout se passe dans cette chambre avec ce point d’exclamation dessiné au
plafond et Jeanne qui ne peut plus quitter son lit.
L’atmosphère n’est pourtant pas plombante, car Jeanne est drôle et
intelligente, joue sur les mots comme une enfant capricieuse ou une
femme d’affaires. Avec les gens, avec de la tendresse, de la fermeté ou
de la naïveté, en connaissant le pouvoir séducteur de ses yeux verts.
Le refus de l’hospitalisation et son obstination de retour à la maison
la maintiennent. Parfois un peu moins, et les questions graves se
soulèvent… Personnage complexe, qui touche, qui brûle, qu’on aime, à
qui l'on souhaite prendre la main sur cette dernière ligne droite. Une
lucidité, de la légèreté, de la féminité et une certaine poésie
parsèment l’ensemble des phrases.
« Puis le silence s’installe. Je laisse venir. Quelques minutes
s’écoulent, aussi discrètes et légères qu’un troupeau d’éléphants. »
« C’est plus fort que moi. Je pleure comme une averse d’automne,
de celles dont on se demande si les nuages vont finir par s’entrouvrir,
tant l’eau du ciel est lourde. »
Patricia Gavoille nous livre avec ‘l’arbre dehors’ un roman à
l’écriture chargée en psychologies fluides et sensées, terriblement
bien amenées, sans lourdeur, avec une incroyable précision quant aux
changements de point de vue. On ne peut pas douter de sa sincérité,
grâce aux qualités d’écriture homogènes sur toute la longueur. Et
l’ouvrage apporte même plus.
‘L’arbre dehors’ fait partie de ces livres où l’émotion et la beauté
sont tellement grandes, que ce roman nous amène vers une finalité
troublante et originale. Nous ressentons une sorte d’accompagnement
moral face à la mort. Comme pour nous aider à affronter ce rituel
obligé, ce livre se place comme une épaule et s’élargit comme un
sourire compréhensif. On se lâche et on pleure sans retenue, ni honte.
Le livre nous console ! Un drôle d’effet, mais appréciable.
[Anne A.]
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