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Béo Festival

Divan du monde

[30/05/07 - 2007]

Ambiance tamisée pour cette soirée spécial road movie western. D'après ce sous-titre, on est du coup surpris par la première projection OEDIPIUS REQUIEM de Clément Hingrai. Avec de beaux décors dans la neige et les conséquences d'une épidémie sur enfants, dont les morts seront symbolisés pas des mannequins de bois sur les tombes. J'en ai oublié la musique, me focalisant davantage sur les images de ce court-métrage de 6 minutes. Il faut se mettre dans le bain, l'exercice sera dur, ici, il n'est plus question de s'abandonner au sens le plus actif du cinéma : la vision. Disons que cette projection est une mise en bouche.
Après une atmosphère pesante et froide d'hiver, la prochaine projection nous réchauffe par son sujet : Satan et les sorcières, les orgies et les bûchers.

HAXAN de Benjamin Christensen (1922), film expressionniste du côté suédois, avec une grosse teneur en horrible et en osé. Cours d'histoire sur les sorcières : origines, vols sur les balais et autres (le tout en version originale sous-titrée anglais). La musique est composé en live avec 2 mixeurs sur platines : les BRONNT INDUSTRIES KAPITAL avec NICK TALBOT. Libre interprétation musicale donc. Comme pour d'autres films muets musicalisés a posteriori, c'est d'abord étrange, puis on s'y fait. J'ai beaucoup aimé le passage de la réunion du Sabbat avec ses basses lourdes en contretemps. Côté film, ça déboîte. Ultra violent pour l'époque (des scènes de tortures) avec beaucoup d'idées (les cascades de pièces en retour-arrière), les jeux de lumière et les costumes, ce film est un peu comme météorite où le cinéma n'avait pas encore sa place. Tout au long de la prestation des musiciens, je suis restée sceptique. Il m'a semblé que le son et l'image n'étaient pas en accord. Peut-être trop expérimental pour moi. A part le film en lui-même, je n'ai pas accroché.

La musique a pris vraiment un sens cinéma avec le court-métrage suivant : UN RAT de Bosilka Simonovitch. Avec la présence de la réalisatrice et du compositeur de musique Maxence Cyrin. Interviewés avant la séance, ils ont malheureusement dévoilé les meilleurs passages, mais ont pu expliquer comment appréhender la musique : ici, c'est un jeu avec le point de vue. Histoire : après le décès de son père, une fille protège et est persuadée que le rat, qu'elle rencontre, est son père. Ambiance rigide et silencieuse, tout en noir et blanc, obscurité et lumière, dialogues minimalistes entre la fille et sa mère. Séquences quotidiennes. La musique est là où il faut, et se marie à l'atmosphère. Je comprends tout à coup, le subtil mélange entre image, son et silence. Une orchestration pointue comme les angles de vue, à glacer parfois le sang. Pas de musiciens, mais une grosse compréhension du travail du compositeur derrière les séquences. Un peu comme avec le livre ‘Saga' de Tonino Benacquista qui révèle le scénariste caché. A ce moment du festival, je découvre une nouvelle entité. Très intéressant et très constructif. Donc forcément un gros YES AU BEO FESTIVAL !!!

Univers davidlynchien ensuite. Pas de projection, sauf des réminiscences envers les films BLUE VELVET et TWIN PEAKS. Et sur scène, 21 LOVE HOTEL avec sa chanteuse douce et fragile à robe longue et surtout rouge. Incroyable !!! Arrivée sur de la fumée épaisse, les musiciens prennent place et la chanteuse dans la lumière. D'une voix basse et sensuelle, la chanteuse prend corps à la chanson de Blue Velvet (pas vu le film, mais l'interprétation procure d'énormes frissons) et de ses mains balance la légèreté des mots dans un anglais suave et coulant. Avec ses guitares au vibrato ambiance, tout est restitué. Fane de la série Twin Peaks, je m'attendais à être déçue. Thème de Twin Peaks. Je me suis crue au Double R, en compagnie des piliers de comptoirs, le regard fixé sur cette chanteuse (limite dans l'attente de l'apparition du géant). Ici la chanteuse, au Divan du Monde, est la même en brune des cheveux, avec une voix moins haute, mais l'émotion est équivalente. Je trépigne et je vibre. Puis vint une autre chanson de Twin Peaks, moins connue, la tension retombe. La douce chanteuse de 21 Love Hotel manie un engin à distance qui fait des vagues avec le son. Elle nage avec aisance dans les mouvements et hypnotise. Désolée les autres zicos, j'ai pas fait trop attention à vous. Parfois un piano, parfois une batterie, des lignes de basse plutôt courtes. A mon avis, le compositeur originel, Angelo Badalamenti, peut se sentir compris.

Puis un des clous de la soirée : CLAIRE DITERZI, compositrice de la BO du long métrage REQUIEM FOR BILLY THE KID (sortie en salle le 10 janvier 2007). Film réalisé par une femme, Anne Feinsilber, et musique par une autre femme. Donc film sauce western vu par leurs yeux, moins durs que le duo Sergio Leone/Ennio Morricone. Docu-fiction se déroulant en 2003 sur Billy the Kid et Pat Garrett. Ici, Claire Diterzi est sur scène, seule et simplement munie d'une guitare sèche. Elle joue en live sur la projection d'extraits du film. Aidée tout de même d'une bande son, elle y met son cœur, de la bonne humeur et de la passion. Un combiné d'un tout avec l'enchaînement des extraits : de la grandeur, de la route vers l'ouest, le port des armes, les cowboys, les tombes, les paysages désertiques, des persos, des images d'archives…Côté musique : une guitare sèche, des clochettes, des bruits de sabot de cheval, une chanson entièrement sifflée à la bouche, une reprise de ‘knocking on heavens doors' de Guns and Roses, des instruments chelous, mais surtout une voix poussée à bout et dans toutes ses possibilités, sur un fond de country. Très impressionnant de la part d'une jeune femme frêle, modeste et brillante sur scène. Applaudissements de folie, courbettes et sourires, les rideaux se ferment.

Prochain groupe : MORIARTY, qui ont eu dixit la petite voix dans le micro ‘carte blanche' pour leur show. Bizarrement de l'attente, alors que toute la soirée s'était très bien enchaînée niveau timing. Une voix informe : interdiction désormais de fumer dans la salle. Puis, ouverture des rideaux sur un décor : une télé noir et blanc bancale qui grésille des émissions, abat-jour rouge vieillot, tête de biche empaillée, vieux tourne-disques, rocking chair…et le groupe, avec sa chanteuse autant imposante physiquement que vocalement. Tous sont réunis dans un parfait tableau de composition, serrés les uns aux autres sur scène, avec au centre la chanteuse aux bottes et robe turquoise bouffante, complètement à l'aise avec sa voix rauque et chatouillante. Ambiance road movie réussi, mais sans movie, juste de l'ambiance. Avec des titres comme ‘Born to be Wild', ‘Jumbo Jim' ou ‘For Several Dollars', on est hors du temps, dans une atmosphère créée par Moriarty. On se retrouve en plein Saloon, on imagine des danses de country, on tape dans les mains, on entend presque la fameuse porte à battants claquée. 2 guitaristes sexy et motivés, un contrebassiste fou qui frappe son instrument, le cogne du poing, le caresse à l'archet ou aux doigts, un gars à l'harmonica (muni d'un jack) ou à la guimbarde (avec des galères d'utilisation pour peu d'effets sonores sensibles…). Une très belle reprise, très soft et langoureuse de ‘Bang Bang (My Baby Shot Me Down)' de Nancy Sinatra. Ce groupe laisse coi par l'ambiance créée et l'interprétation. Un régal pour les yeux et les oreilles, le tout sous forme de théâtre musicale. Banco à la carte blanche !

Ensuite, Dj PerverPanda mixe et une projection est prévue (films EAKS). Pas le temps, pas l'envie, je me retire. Jusqu'à chez moi, je garderai en tête le dernier morceau du Dj. Mais surtout, que cette soirée fût excellente, car très complète. Des courts-métrages, des longs, des musiques avec ou sans projection, la présence de réalisateurs ou des compositeurs (qui jouent en live ou pas), du vieux film et du très récent, des libres interprétations ou de la mise en scène. Bref un tout dans une seule soirée, pour deux passions : le cinéma et la musique. Le lieu fut parfait pour créer cette ambiance (petite lumière, balcons, chaises et tables avec bougies…). Chapeau aux organisateurs et aux artistes ! Je conseille ce festival et reviendrai l'année prochaine !

[Anne A.]

www.myspace.com/lebeofestival

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