Papercuts, le webzine qui tranche
The order of things (écrit par le duo norvégien Xploding Plastix)
Death is the road to Awe (B.O. The Fountain par Clint Mansell)
Wüste (titre de Einstürzende Neubauten)
Nunavut (création mondiale de Tanya Tagaq et du Kronos Quartet)
Quatuor à cordes N°3 Piesni Spiewaja (Henrik Gorecki)
Depuis 1992, il n'est pas une année où le Kronos Quartet, quatuor à
cordes américain fondé en 1973, ne pose un temps ses valises à Paris,
et plus précisément au Théâtre de la Ville.
Quatuor résolument ancré dans son époque (il n'est point question ici
de Bartok ou Beethoven, mais plutôt de Steve Reich, Lutoslawski ou
autres Schnittke) et célébré par le grand public pour sa participation
aux bandes originales des deux dernières pédanteries de Darren
Aronofsky, Papercuts ne pouvait s'empêcher de se rendre à leur
prestation en compagnie d'un public nombreux et bigarré (de la punkette
tatouée au brésilien somnolant bavant par moments sur mon épaule en
passant par la cohorte de chapeaux H&M qui trépignaient à l'entrée
en dévorant Technikart).
Et bien nous en a pris, conforté que nous étions par l'écoute préalable
d'enregistrements de l'ensemble : n'hésitez pas à vous pencher sur
leurs enregistrements de Lutoslawski – 1991 – ou de Osvaldo Gojilov en
compagnie de David Krakauer – 1997.
Une première partie de spectacle inégale : Einstürzende Neubauten passé
dans une étrange moulinette, la B.O. de The Fountain avec Mogwai en
bande d'appoint, ainsi qu'une création d'une partition du duo électro
Xploding Plastix, plutôt agréable à l'oreille bien qu'ayant totalement
disparue de ma mémoire. Clou de cette introduction à l'univers du
quatuor, les gargarismes tantôt gutturaux tantôt criards de Tanya
Tagaq, artiste inouit, « la Jimi Hendrix du chant de gorge Inouit »
selon David Harrington, premier violon de la formation, ayant travaillé
par le passé avec Björk (on aurait dû se méfier pourtant). Elle
s'encanaille ici avec chaque instrumentiste pour un résultat ayant
enflammé la foule mais qui pour ma part m'a plus fait penser au pire de
Naked City copulant avec Peeping Tom.
Après un rafraîchissement bienvenu (une bière pour ne rien vous cacher)
vient l'interprétation acoustique (et non électrique au contraire des
œuvres précédentes) du dernier quatuor en date de Henrik Gorecki.
Troisième quatuor ayant pour sous-titre ‘… des chansons sont chantées', et inspiré par un poème de l'écrivain russe Velimir Khlebnikov :
Quand les chevaux meurent, ils respirent,
Quand les herbes meurent, elles se fanent,
Quand les soleils meurent, ils s'en vont,
Quand des gens meurent, ils chantent des chansons
Résolument lent, rythmiquement déstabilisant, une impression d'agrégats de blocs sonores s'entrelaçant, se répondant, se détachant, terriblement noir malgré quelques pauses lumineuses (les fameux chants sus-cités du troisième mouvement), cette profonde réflexion sur la mort, sur le deuil permet à Gorecki de s'inscrire dans la droite lignée d'une école polonaise (Lutolawski, Penderecki en sont de beaux exemples) fortement marquée par la guerre. Expression sonore tendant vers un chao étangement beau privilégiant l'émotion loin des pures spéculations musicales viennoises – sérialisme ou pointillisme (Schoenberg, Webern puis Boulez, Stockhausen ou Berg)
Une partition créée en 2005 spécialement pour le Kronos Quartet, un écrin d'une neutralité ( surtout visuelle) de prime abord déconcertante mais qui s'avère au final bénéfique pour cette œuvre certes difficile, mais d'une rare beauté.
Kronos Quartet sera lui en la basilique de Saint-Denis le 2 juillet
prochain, dans le cadre d'un festival, pour y jouer notamment du John
Adams et du Terry Riley.
Allez-y les yeux ouverts, la basilique est belle en juillet …
[Meule]









